Illustration réalisée par Contre7

    L’année 2024 a été un triomphe pour les États où la « justice » s’écrit au sabre, à la corde ou par injection létale. Dans ces pays, le droit n’est pas l’expression de la raison, mais le bras armé d’un pouvoir religieux ou dictatorial. Charia islamique stricte, lois antiterroristes floues, justice expéditive militaire : voilà les piliers juridiques qui ont permis à au moins 1 153 personnes d’être exécutées l’année dernière, selon le dernier rapport d’Amnesty International. Et encore, ce chiffre ne prend pas en compte les exécutions clandestines ou étatiques gardées secrètes, notamment en Chine.

    L’Iran, sous le régime des ayatollahs, applique une interprétation ultra-rigoriste de la charia, où les crimes tels que l’adultère, l’apostasie, la sodomie ou encore le trafic de drogue peuvent mener à la pendaison. Résultat : au moins 853 personnes exécutées en 2024, dont la moitié pour des délits liés aux stupéfiants. Des femmes, des membres de minorités comme les Baloutches ou les Kurdes, des opposants politiques. L’Iran exécute non seulement en masse, mais aussi en silence, souvent sans procès équitable.

    L’Arabie saoudite, monarchie absolue dirigée par MBS, reste fidèle à sa tradition de décapitation publique en vertu de la charia wahhabite. En 2024, 196 personnes ont été exécutées, soit deux fois plus que l’année précédente. Là aussi, les motifs sont variés : meurtre, sorcellerie, homosexualité, critiques du régime, trafic de drogue. Une « justice divine » qui punit plus pour effrayer que pour réformer.

    L’Irak, sous couvert de « lutte contre le terrorisme », applique une législation martiale post-État islamique. En 2024, au moins 52 personnes ont été exécutées pour des liens supposés avec des groupes terroristes. Les procès sont souvent expéditifs, les preuves manquent, les condamnations tombent. C’est la loi de l’exemple, du choc, de la peur.

    Mais ces pratiques ne sont pas cantonnées au Moyen-Orient. Les États-Unis, bastion de la démocratie autoproclamée, ont eux aussi exécuté 24 personnes en 2024, principalement dans des États du Sud très conservateurs. La peine de mort y est légale dans 24 États, héritée d’un vieux système punitif profondément ancré dans la culture carcérale américaine.

    À Singapour, ce sont neuf condamnés à mort qui ont été pendus, tous pour des infractions liées aux stupéfiants. Dans cette cité-État ultra-sécuritaire, la possession de quelques grammes d’héroïne peut suffire à valoir la peine capitale. Au Yémen, en pleine guerre civile, au moins 38 personnes ont été exécutées, dans un système judiciaire contrôlé tantôt par le gouvernement, tantôt par les rebelles houthis.

    En tout, 15 pays ont officiellement exécuté des condamnés en 2024, soit le chiffre le plus bas depuis des décennies. Une « bonne nouvelle » ? Pas vraiment, car ces pays concentrent tous les abus, toutes les dérives, tous les silences gênants. Et la communauté internationale ? Elle condamne mollement, commerce fermement, et détourne les yeux dès qu’il s’agit de pétrole ou de contrats militaires.

    Peut-on encore parler de « justice » quand des États décident de la vie ou de la mort sur la base de lois religieuses ou d’articles flous sur la sécurité intérieure ? Faut-il tolérer ces pratiques au nom du relativisme culturel ou les dénoncer clairement ? La diplomatie des droits de l’homme, comme souvent, s’arrête à la porte des intérêts économiques.

    Sources :

    • Amnesty International, “Global: Recorded executions hit their highest figure since 2015”, avril 2025 — amnesty.org
    • The Guardian, “Executions at 10-year high after huge increases in Iran, Iraq and Saudi Arabia”, 8 avril 2025 — theguardian.com
    • Wikipedia, “Capital punishment in Saudi Arabia” — en.wikipedia.org
    • Death Penalty Information Center, « Execution Database 2024 — United States » — deathpenaltyinfo.org