Neutralité sélective : Retailleau censure le drapeau palestinien, pas l’israélien

Par Nicolas. G et Vincent VDO

Dans un pays qui se targue d’être la patrie des droits de l’homme, où Emmanuel Macron vient de reconnaître officiellement l’État palestinien à l’ONU le 22 septembre, on pourrait espérer un minimum de cohérence républicaine.

Que Nini ! Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur sortant et figure des Républicains, a préféré jouer les censeurs zélés. Au nom d’une « neutralité du service public » invoquée comme un mantra, il a ordonné aux préfets de s’opposer – et au besoin de saisir la justice – contre tout pavoisement de drapeaux palestiniens sur les mairies françaises. Résultat : des décisions de tribunal express pour faire retirer ces symboles de solidarité, comme à Malakoff ou Bezons, où la maire Nessrine Menhaouara a dû renoncer sous la menace d’amendes.

 Mais cette neutralité-là sent furieusement la partialité. Car quand il s’agit de drapeaux israéliens, M. Retailleau et son ministère font preuve d’une discrétion assourdissante. À Nice, par exemple, le maire Christian Estrosi a laissé flotter l’étendard israélien sur son hôtel de ville pendant plusieurs mois, en « soutien aux otages » après les attaques du 7 octobre 2023. Des recours citoyens ont été déposés, et que s’est-il passé ? Le tribunal administratif a d’abord rejeté l’injonction pour « défaut d’urgence » en mai 2024. Et ce n’est que bien plus tard, en juin 2025, que la justice a contraint au retrait, jugeant que le geste était devenu un « soutien à l’État israélien ». Pendant tout ce temps, pas un mot de Beauvau, pas une circulaire aux préfets, pas une menace de saisie judiciaire.

 À Antony ou ailleurs dans les Hauts-de-Seine, des drapeaux israéliens ont pavoisé pendant plus de 19 mois sans que l’État n’émette la moindre réserve. « Deux poids, deux mesures », s’indigne à juste titre Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers, qui pointe du doigt cette incohérence flagrante.

Et que dire des drapeaux ukrainiens, qui ont fleuri sur les mairies françaises dès 2022 sans que quiconque ne crie à la violation de la neutralité ? Retailleau lui-même, alors chef des Républicains au Sénat, saluait même leur installation à l’hémicycle avec un « respect et soutien » emphatique. Soudain, pour la Palestine – un État fraîchement reconnu par la France, dont le peuple endure un génocide à Gaza –, la « neutralité » redevient une arme de répression.

 Cette posture n’est pas anodine. Elle révèle une instrumentalisation éhontée du droit pour étouffer toute expression de solidarité avec les Palestiniens, au moment même où plus de 80 mairies de gauche – de Nantes à Saint-Denis – ont bravé l’interdit pour hisser le drapeau en signe de paix et de justice.

Sur les réseaux sociaux, les voix indignées se multiplient, dénonçant une « complicité » face au génocide en cours.

Bruno Retailleau n’est pas neutre : il est partisan. Sa « neutralité » est un voile pudique jeté sur un parti pris pro-israélien qui divise plus qu’il n’apaise, et qui heurte de front la politique étrangère de Macron. En sabotant un geste symbolique d’espoir pour la paix au Proche-Orient, il ne protège pas la République : il la ridiculise. Il est temps que les Français exigent une vraie égalité devant les symboles – ou que Retailleau admette enfin qu’il n’y croit pas.