Le Danemark a livrés Merkel, Hollande et les dirigeants européens à la NSA
La National Security Agency (NSA) des États-Unis a intercepté de manière systématique les communications privées de plusieurs chefs d’État et de gouvernement européens, ainsi que de nombreux ministres et hauts responsables politiques. Cette opération d’une ampleur exceptionnelle n’a pas été menée depuis le sol américain, mais depuis le territoire d’un pays membre de l’Union européenne et de l’OTAN : le Danemark.
Les faits établis
Une enquête conjointe menée par la radiotélévision publique danoise DR, la chaîne allemande NDR, la Süddeutsche Zeitung, la Sveriges Television (Suède), la NRK (Norvège) et plusieurs autres médias européens a révélé en mai 2021 l’existence d’un partenariat secret ultra-étroit entre la NSA et le service de renseignement militaire danois (Forsvarets Efterretningstjeneste, FE).
Grâce à cet accord, la NSA a obtenu un accès direct et illimité aux données brutes transitant par les câbles sous-marins de fibre optique qui arrivent au Danemark, l’un des principaux points d’entrée internet en Europe du Nord. La station d’interception clé se trouvait sur l’île d’Amager, à quelques kilomètres de Copenhague (site connu sous le nom de code « Sandholm » ou « Amager Station »).
Les cibles identifiées incluent :
- Angela Merkel, chancelière fédérale d’Allemagne
- François Hollande, président de la République française (2012-2017)
- Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères
- Jean-Marc Ayrault, successeur de Fabius
- Frank-Walter Steinmeier, alors ministre des Affaires étrangères allemand
- Peer Steinbrück, candidat SPD à la chancellerie en 2013
- Sigmar Gabriel, ministre allemand de l’Économie
- Plusieurs responsables politiques suédois et norvégiens de premier plan
Les interceptions ont été particulièrement intenses en 2012 et 2013, c’est-à-dire au moment même où ces dirigeants négociaient les plans de sauvetage de la zone euro, les sanctions contre la Grèce et la réponse à la crise financière.
Le mécanisme technique
Le système, baptisé en interne « Operation Dunhammer » par les Danois, permettait à la NSA d’insérer ses propres « sélecteurs » (numéros de téléphone, adresses e-mail, mots-clés) dans le flux de données danois. Résultat : appels téléphoniques, SMS, historiques de navigation, courriels et métadonnées étaient aspirés en temps réel. Les services danois fournissaient les données brutes sans aucun filtrage préalable, y compris celles de leurs propres alliés européens.
Sources primaires de l’enquête (mai 2021)
- Enquête interne ultra-secrète du FE danois réalisée entre 2014 et 2015 (rapport « Operation Dunhammer »), dont neuf sources internes ont accepté de parler aux journalistes.
- Documents classifiés remis à DR et aux partenaires européens.
- Témoignages de hauts responsables du renseignement danois ayant eu accès au programme.
Réactions officielles danoises (2020-2021)
En août 2020, le gouvernement danois a brutalement limogé l’ensemble de la direction du FE (chef du service, directeur opérationnel et plusieurs cadres supérieurs) après la découverte de ces pratiques.
En novembre 2020, une commission d’enquête indépendante a été créée.
Le 30 mai 2021, la ministre danoise de la Défense, Trine Bramsen (social-démocrate), a publiquement déclaré :
« L’espionnage systématique d’alliés proches est inacceptable. »
Ce que cela signifie concrètement
Pendant que les dirigeants européens croyaient négocier en toute confidentialité la survie de l’euro et les sanctions contre Athènes, leurs conversations étaient écoutées en direct par une puissance étrangère, avec la complicité active d’un État membre de l’Union.
Ce n’est pas un « incident » : c’est une violation délibérée et prolongée de la souveraineté européenne, menée depuis le sol même de l’UE, par un allié qui se présente comme le défenseur des démocraties occidentales.
Quatre ans après les révélations Snowden sur l’écoute directe du téléphone d’Angela Merkel, la NSA n’avait manifestement rien changé à ses pratiques : elle avait simplement délocalisé l’opération chez un partenaire européen plus discret.
L’Europe reste, en 2025, incapable de se doter d’une infrastructure de communication sécurisée indépendante et continue de dépendre de câbles et de routeurs sous contrôle ou influence américaine. L’affaire danoise n’est pas un scandale du passé : c’est la démonstration brutale que la souveraineté numérique européenne n’existe toujours pas.
Sources principales de cet article :
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La NSA a espionné Merkel et ses alliés européens grâce aux services danois
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Le Danemark, complice de la NSA dans l’espionnage de dirigeants européens