Un titre biblique pour trois cas isolés
Dans le grand barnum médiatique français, 20 Minutes excelle une fois de plus dans l’art du sensationnel. Le 18 décembre 2025, ce quotidien gratuit nous annonçait avec une gravité théâtrale : « Disparue depuis des décennies, la lèpre fait son retour en Europe ». La lèpre, rien que ça ! Cette maladie millénaire, symbole de malédiction et d’exclusion, ressuscitée pour terrifier les foules modernes. Sauf que derrière ce titre apocalyptique se cachent… trois cas importés, parfaitement maîtrisés et sans aucun risque de contagion locale.
Infectée après un séjour en Indonésie
— 20 Minutes (@20Minutes) December 18, 2025
➡️ https://t.co/DZgdwqxtsq pic.twitter.com/yHotsxm3lY
Les faits que 20 Minutes relègue en bas de page
Reprenons calmement ce que le journal omet de mettre en avant. Deux cas en Roumanie chez des travailleuses indonésiennes employées dans un salon de massage, et un cas en Croatie chez un ouvrier népalais. Tous les trois proviennent de zones endémiques et ont été détectés rapidement. Aucune transmission autochtone. En Europe, l’OMS recense chaque année une poignée de cas similaires – 97 en 2024, dont plus de 70 % importés. En France même, on enregistre environ vingt diagnostics annuels, presque tous liés à des voyages ou à l’immigration. Rien qui justifie le moindre début de panique.
La recette infaillible du clic et de la peur
Pourquoi alors transformer ces incidents sporadiques en « retour » spectaculaire ? La réponse est simple : les clics. Dans l’arène numérique impitoyable, un titre alarmiste est une arme de destruction massive d’attention. Curiosité, inquiétude, indignation : tout est bon pour faire monter les vues, les partages et, surtout, les revenus publicitaires. Sur X, le post de 20 Minutes a récolté des centaines d’interactions, souvent pour dénoncer… le sensationalisme lui-même. Ironie délicieuse.
Quand l’argent public finance la propagande par la peur
Et qui paie pour ce petit jeu ? En partie, le contribuable. 20 Minutes, qui se targue d’être financé à 98 % par la publicité, bénéficie néanmoins des aides publiques accordées à la presse française : régimes fiscaux avantageux, tarifs postaux préférentiels, et parfois subventions directes ou indirectes. En 2023, l’État a distribué plus de 204 millions d’euros d’aides directes à la presse. Une partie de cet argent sert à maintenir un système où l’exagération prime sur la rigueur, où l’on préfère effrayer plutôt qu’informer.
Une malhonnêteté intellectuelle assumée
Cette tactique n’est pas propre à 20 Minutes, mais elle est particulièrement cynique chez un média qui se veut « accessible » et « proche des gens ». La lèpre est une maladie curable à 100 % avec des antibiotiques courants, peu contagieuse, et déjà assez stigmatisée dans les pays endémiques. Elle n’avait pas besoin qu’un journal européen en rajoute une couche pour gonfler son audience.
Le vrai virus : le sensationalisme chronique
Il est temps que les médias comme 20 Minutes cessent de jouer les prophètes de malheur avec l’argent public en poche. Dans un paysage médiatique indépendant comme le nôtre, nous choisissons les faits, la nuance et la transparence – sans filet de subventions pour amortir les mauvaises habitudes. Lecteurs, la prochaine fois qu’un titre vous hurle au loup, demandez-vous qui profite vraiment de votre peur. La vraie épidémie qui ronge notre information ? Le sensationalisme. Et contre cela, le seul remède reste votre discernement.