Dong Jun, ministre chinois de la Défense
Ce jeudi 26 juin, la ville chinoise de Qingdao a accueilli une réunion des ministres de la Défense de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), un forum regroupant des pays d’Asie, d’Europe de l’Est et du Moyen-Orient. Présidée par le ministre chinois de la Défense, Dong Jun, cette rencontre a réuni des représentants de dix États membres – Chine, Russie, Inde, Pakistan, Iran, Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizstan et Biélorussie – ainsi que des observateurs, dont l’Afghanistan. Organisée dans un contexte de tensions internationales croissantes, cette réunion illustre les ambitions de l’OCS d’affirmer son rôle dans la sécurité régionale et mondiale.
Contexte et participants
La réunion intervient quelques jours après le sommet de l’OTAN à La Haye (24-25 juin 2025), où les membres ont annoncé une augmentation de leurs budgets militaires face aux défis posés par la Russie et la Chine. À Qingdao, Dong Jun a accueilli des homologues clés, dont le Russe Andreï Belousov, l’Indien Rajnath Singh, l’Iranien Aziz Nasirzadeh – présent dans un contexte de trêve récente avec Israël – ainsi que des représentants d’Asie centrale. Cette diversité géographique reflète la composition élargie de l’OCS, qui s’est étendue depuis sa création en 2001 par la Chine, la Russie et quatre pays d’Asie centrale, pour inclure l’Inde, le Pakistan et l’Iran ces dernières années.
Objectifs et discours officiels
Selon l’agence Chine nouvelle, Dong Jun a qualifié l’OCS de « force importante pour le multilatéralisme et la sauvegarde de la stabilité stratégique mondiale ». Il a appelé à une coopération renforcée pour contrer les impacts de l’unilatéralisme, du protectionnisme et des dynamiques hégémoniques, tout en plaidant pour une approche favorisant la certitude et la prospérité régionale. La Chine a réaffirmé sa disposition à collaborer avec les membres de l’OCS en matière de défense et de sécurité, une position soutenue par les participants qui ont exprimé leur volonté de promouvoir la stabilité et le développement.
Le ministre russe Belousov a mis en avant une coordination militaire croissante avec la Chine, tandis que l’Inde a insisté sur la nécessité d’aligner les objectifs de l’OCS avec les aspirations de ses populations. L’Iran, quant à lui, a vu dans cette plateforme une opportunité de renforcer ses liens avec des partenaires non occidentaux dans un contexte de tensions régionales.
Enjeux géopolitiques
L’OCS, qui représente environ 42 % de la population mondiale et 24 % de la superficie terrestre, se positionne comme un acteur clé dans la gouvernance globale. Historiquement axée sur la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme et le séparatisme, l’organisation élargit désormais son champ d’action aux questions énergétiques, commerciales et militaires. La réunion de Qingdao, organisée dans une ville abritant une base navale stratégique, souligne l’importance croissante de la coopération militaire entre ses membres.
Les discussions ont probablement abordé les récents développements internationaux, notamment la trêve fragile entre l’Iran et Israël, soutenue par des médiations internationales, ainsi que les tensions en Ukraine, où la Russie maintient son offensive. La Chine, qui affirme une neutralité dans ce conflit, est néanmoins observée pour son soutien économique à Moscou, tandis que ses relations avec l’Inde restent marquées par des différends frontaliers. Ces divergences internes pourraient compliquer l’unité de l’OCS, malgré ses ambitions communes.
Dynamiques régionales et internationales
En Asie centrale, l’OCS joue un rôle dans la stabilisation des frontières et la gestion des ressources, notamment via des projets énergétiques impliquant le Kazakhstan et l’Ouzbékistan. Au Moyen-Orient, l’adhésion de l’Iran en 2023 a ajouté une nouvelle dimension, avec des discussions sur la sécurité régionale. Parallèlement, la rencontre survient alors que l’Occident renforce ses alliances, l’OTAN ayant récemment appelé à une vigilance accrue face aux « menaces hybrides » émanant de l’Est.
La Chine, en tant que moteur économique de l’OCS, cherche à équilibrer ses relations avec la Russie et l’Inde, tout en évitant une escalade avec les États-Unis. Des analystes estiment que Pékin privilégie une diplomatie prudente, notamment sur les questions d’armement, bien que des spéculations persistent sur une possible coopération militaire avec l’Iran.
Perspectives et défis
La réunion de Qingdao marque une étape dans l’évolution de l’OCS, qui pourrait devenir un forum de médiation ou de coordination face aux polarisations mondiales. Cependant, son efficacité dépendra de sa capacité à surmonter les rivalités internes et à traduire ses engagements en actions concrètes. La prochaine réunion, prévue en 2026 selon le calendrier habituel de l’organisation, offrira un indicateur de sa trajectoire.
Dans un monde marqué par des blocs concurrents, l’OCS représente une alternative multilatérale, mais son influence reste conditionnée par les équilibres internes et les relations de ses membres avec les puissances occidentales. Cette dynamique continuera d’évoluer dans les mois à venir, alors que les tensions géopolitiques persistent.