Moins de trois mois après son investiture en tant que 47e président des États-Unis, Donald Trump imprime déjà sa marque sur la scène internationale. Entre mesures économiques audacieuses, repositionnements diplomatiques et déclarations fracassantes, son retour à la Maison-Blanche dessine les prémices d’un bouleversement des équilibres mondiaux. Retour sur les principaux changements observés à ce jour.

Une politique commerciale offensive

Dès son entrée en fonction le 20 janvier, Trump a concrétisé une promesse centrale de sa campagne : un retour au protectionnisme. Une taxe de 10 % sur la majorité des importations, assortie de tarifs plus élevés pour certains partenaires, a été imposée par décret. Cette mesure, visant à relocaliser les emplois industriels américains, a suscité des réactions contrastées. Si l’Union européenne et le Canada envisagent des contre-mesures, la Chine adopte pour l’instant une posture d’attente, laissant planer la menace d’une escalade commerciale mondiale.

Climat et énergie : un virage assumé

Fidèle à sa ligne de 2017-2021, l’administration Trump a officialisé le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat, une décision symbolique mais lourde de conséquences. Parallèlement, une politique énergétique axée sur l’exploitation accrue des hydrocarbures – résumée par le slogan « forer à tout-va » – repositionne les États-Unis comme un contre-modèle face aux efforts mondiaux de décarbonation. Ce choix pourrait accentuer les divergences avec des partenaires comme l’Europe, qui ambitionne un leadership climatique.

Moyen-Orient : une trêve fragile

Sur le plan diplomatique, Trump a marqué des points avec une trêve entre Israël et le Hamas, négociée sous médiation américaine et conclue peu avant son investiture. Lors de son discours inaugural, il a célébré la libération d’otages comme une victoire personnelle, se posant en « faiseur de paix ». Pourtant, la pérennité de cet accord reste incertaine dans une région volatile.

Ukraine : vers un règlement imposé ?

Concernant le conflit russo-ukrainien, Trump a suggéré une résolution rapide, potentiellement au prix de concessions territoriales de Kiev. Critiquant Vladimir Poutine pour son refus de négocier, il semble chercher à limiter l’engagement américain, une approche qui pourrait redéfinir les rapports avec Moscou et tester la solidarité de l’OTAN.

Alliances en mutation

La présence de dirigeants comme Giorgia Meloni (Italie) et Javier Milei (Argentine) à l’investiture, contrastant avec l’absence de figures traditionnelles comme les leaders britannique ou allemand, illustre un glissement vers des partenariats fondés sur des visions idéologiques convergentes. Cette inflexion pourrait fragiliser des alliances historiques, notamment si Trump conditionne le soutien militaire américain à des engagements financiers accrus des alliés.

Le canal de Panama : une menace dans le viseur chinois

Trump a également surpris en évoquant une possible reprise du contrôle du canal de Panama, accusant le pays de mauvaise gestion et la Chine d’en tirer profit. Ce canal, par lequel transite 5 % du commerce maritime mondial, reste une artère stratégique pour les États-Unis. Si cette déclaration a conduit Panama à saisir l’ONU, elle s’inscrit dans une rivalité plus large avec Pékin. La Chine, qui a investi dans des projets portuaires près du canal et renforcé ses liens avec Panama depuis 2017, est clairement visée. Bien que la menace ait pris de court par son audace, elle prolonge une méfiance exprimée dès le premier mandat de Trump envers l’expansion chinoise dans l’hémisphère occidental. Pékin, prudent, a qualifié ces propos de « provocations inutiles », évitant pour l’heure une escalade directe. Cette sortie illustre une volonté de réaffirmer la domination américaine face à un rival perçu comme une menace croissante, même si une action concrète semble encore hypothétique.

Un monde en suspens

Ces premières initiatives traduisent une ambition claire : placer les intérêts américains au cœur de la stratégie globale. Si elles ouvrent des opportunités pour certains partenaires, elles génèrent aussi une incertitude palpable parmi les acteurs traditionnels du multilatéralisme. Les prochains mois diront si ce retour en force marque un tournant durable ou un simple soubresaut dans un ordre mondial en pleine recomposition.