Lors d’un récent échange à la commission des affaires étrangères, Caroline Yadan, députée Renaissance aux accents de porte-parole officieux de Tel-Aviv, a une fois de plus tenté de jouer les procureurs autoproclamés. Cette fois-ci, sa cible était Dominique de Villepin, ancien Premier ministre et figure respectée de la diplomatie française. Mais comme souvent avec Yadan, l’arroseur s’est retrouvé arrosé, et son offensive s’est soldée par un revers cinglant, aussi prévisible qu’un lever de soleil sur le Néguev.

Il faut dire que la parlementaire ne manque jamais une occasion de brandir son drapeau pro-israélien, avec une ferveur qui frôle parfois la caricature. Que ce soit sur les plateaux télévisés, dans les couloirs de l’Assemblée ou sur les réseaux sociaux, Yadan semble avoir fait de la défense inconditionnelle d’Israël sa raison d’être politique. À se demander si son siège au Palais Bourbon ne serait pas qu’un tremplin avant une reconversion plus logique : pourquoi ne pas traverser la Méditerranée et postuler directement à la Knesset ? Là-bas, au moins, son zèle trouverait un écho naturel, sans avoir à se fatiguer à convaincre une opinion française de plus en plus sceptique.

Face à de Villepin, dont l’éloquence et la stature internationale ne souffrent aucune comparaison avec les saillies pavloviennes de la députée, Yadan a cru pouvoir marquer des points en le mettant en difficulté. Elle a tenté de le coincer en exhumant des propos tenus dans l’émission Le Quotidien, qui avaient fait polémique à l’époque, lorsqu’il avait abordé la question de la « domination financière » et ses dérives. Dans une manœuvre aussi maladroite que malhonnête, Yadan a accusé de Villepin de flirter avec des théories complotistes, espérant sans doute le discréditer aux yeux de l’opinion. Mauvais calcul. L’ancien chef de la diplomatie française, rompu aux joutes verbales, a répondu avec une main de fer, justifiant de manière constructive ses propos et persistant sans ciller. « On voit bien que c’est parce qu’il y a des grands capitaines oligarques d’industries qui sont capables de manipuler cette information, que nous sommes dans cette « dérive information » absolument majeure », a-t-il déclaré, avant d’étayer son propos avec des chiffres implacables : 90 % de la presse française est détenue par 10 milliardaires, 55 % pour la presse audiovisuelle, et 45 % des plateformes numériques. Difficile de ne pas acquiescer lorsqu’on prend le temps d’écouter, tant les faits parlent d’eux-mêmes.

Mais Yadan ne s’est pas arrêtée là. Dans une tentative désespérée de salir son adversaire, elle a également insinué des liens troubles entre de Villepin et des fonds qataris, une accusation aussi éculée que mal étayée. Là encore, l’ancien ministre a balayé l’attaque avec une aisance déconcertante, dénonçant les motivations derrière ces rumeurs : « On voit bien l’intérêt des gens qui lancent ce type de rumeurs », a-t-il asséné, mettant à nu les manœuvres de ceux qui, comme Yadan, préfèrent les insinuations aux arguments. Une réponse qui, loin de le fragiliser, a renforcé sa crédibilité face à une adversaire visiblement à court d’idées.

Comme si cela ne suffisait pas, Yadan, visiblement peu habituée à être remise à sa place, a tenté de reprendre la main… sur X. Dans un élan de communication aussi maladroit que révélateur, la députée a partagé un extrait vidéo de l’échange, où l’on peut voir les questions qu’elle a posées à de Villepin. Problème : elle a soigneusement omis d’inclure la réponse de ce dernier, préférant sans doute éviter que ses abonnés ne découvrent l’ampleur de sa déconvenue. Une manœuvre qui en dit long sur sa conception de la transparence – ou plutôt, de son absence. Car en coupant l’extrait au moment opportun, Yadan espérait peut-être redorer son blason auprès de sa communauté pro-israélienne, mais elle n’a fait que souligner sa difficulté à assumer la réalité d’un débat qu’elle a elle-même initié.

Ce n’est pas la première fois que Caroline Yadan se prend les pieds dans le tapis de sa propre croisade. Son obsession à défendre Israël, même dans ses excès les plus indéfendables, la place régulièrement en porte-à-faux avec une réalité géopolitique complexe, où le manichéisme n’a plus sa place. À force de vouloir transformer chaque débat en tribune pour Tel-Aviv, elle finit par lasser, voire agacer, jusqu’à ses collègues de la majorité qui, eux, savent parfois faire preuve de nuance.

Alors, Caroline Yadan, députée française ou ambassadrice officieuse d’un État étranger ? La question mérite d’être posée. En attendant, son dernier revers face à de Villepin, suivi de cette tentative maladroite de réécrire l’histoire sur X, ne fait que confirmer une chose : à trop vouloir jouer les pyromanes, on finit par se brûler les doigts. Peut-être serait-il temps pour elle de réviser sa stratégie – ou de réserver un aller simple pour Tel-Aviv

Tweet de Caroline Yadan

L’échange entre Yadan et de Villepin