Dans le bureau Ovale, Benyamin Netanyahou a pris une claque qu’il n’oubliera pas. Face à un Donald Trump en roue libre, le Premier ministre israélien s’attendait à un pacte de guerre contre l’Iran, peut-être même à un clin d’œil complice pour ses fantasmes d’intervention musclée. Au lieu de cela, il a encaissé une humiliation en direct : Trump, avec un sourire en coin, a annoncé des « discussions directes » avec Téhéran sur son programme nucléaire. Selon la BBC, Netanyahou, pétrifié, a laissé son masque de faucon se fissurer – un visage « nerveux », décomposé, comme celui d’un homme qui voit son château de cartes s’effondrer. Pour ce champion de la confrontation, habitué à dicter les termes du jeu, ce revers signé Trump, sous l’ombre encombrante de la Chine, marque la fin d’une illusion.

Car derrière cette volte-face américaine, il y a plus qu’un simple caprice de Trump. L’Iran, paria des sanctions made in USA, doit sa survie économique à un allié de poids : la Chine. Pékin, qui engloutit plus de 90 % des exportations pétrolières iraniennes – environ 1,5 million de barils par jour –, offre à Téhéran une bouée de sauvetage face à la « pression maximale » de Washington. Cette manne pétrolière, souvent acheminée via des circuits opaques pour défier les sanctions, fait de la Chine un acteur clé dans le bras de fer régional. Trump, obsédé par sa croisade contre Pékin – tarifs douaniers, rivalité technologique, guerre d’influence –, sait que chaque baril iranien renforce un adversaire qu’il rêve d’affaiblir. En tendant la main à l’Iran pour des pourparlers (avec une réunion prévue le 12 avril à Oman), il tente un coup de poker : reprendre l’initiative, contourner la Chine, et peut-être même fissurer l’axe sino-iranien. Netanyahou, lui, n’y voit qu’une trahison.

Ce n’est pas faute d’avoir tout misé sur une autre partition. Sous Netanyahou, Israël s’est enlisé dans une politique radicale qui confond bravade et aveuglement. Attaques clandestines contre des sites nucléaires iraniens, assassinats ciblés, rhétorique apocalyptique : le chef du Likoud a transformé la menace iranienne en fonds de commerce, au point d’en faire une obsession nationale. Pendant des années, il a martelé que la diplomatie était une faiblesse, plaidant pour une guerre totale avec le soutien américain. Mais voilà que Trump, son supposé parrain, préfère jouer les négociateurs plutôt que les pyromanes, laissant Netanyahou seul avec ses rêves de feu et de sang. La BBC décrit un homme « nerveux », revenu bredouille de Washington – pas de concessions commerciales, pas de chèque en blanc, juste une gifle publique qui expose son impuissance.

Cette déroute n’est pas qu’un fiasco personnel : elle met à nu l’impasse d’une stratégie israélienne prisonnière de ses extrêmes. Porté par une coalition où les ultra-nationalistes et les religieux fanatiques dictent l’agenda, Netanyahou a fait d’Israël un État qui hurle plus fort qu’il ne calcule. À force de brandir la guerre comme horizon, il n’a pas vu que le monde – même sous un Trump imprévisible – évoluait sans lui. La Chine, en soutenant l’Iran, fragilise déjà les sanctions qu’il chérit ; Trump, en négociant, lui vole le conflit qu’il préparait. Et pendant que les pourparlers avancent, assortis d’une menace trumpienne (« l’Iran sera en grand danger si ça échoue »), Netanyahou reste sur le carreau, réduit à un rôle de figurant dans une partie qu’il pensait mener.

Ce 7 avril, ce n’est pas seulement son visage qui s’est décomposé face à Trump – c’est tout son mythe. Combien de temps encore pourra-t-il jouer les durs, alors que la Chine prospère sur le pétrole iranien et que même son allié américain le lâche pour un jeu plus subtil ? Netanyahou voulait une guerre ; il a eu une leçon. Et pour une fois, ce n’est pas lui qui écrit la fin.