Un an et demi après avoir proclamé un « soutien inconditionnel » à Israël, Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, tente de se racheter une conduite. Ce jeudi 10 avril 2025, sur France Inter, elle a reconnu avoir « eu tort de choisir ce mot », admettant que son soutien sans nuance, exprimé trois jours après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, avait été mal interprété. Un mea culpa qui intervient dans un contexte géopolitique mouvant, marqué par le récent voyage d’Emmanuel Macron en Égypte et sa déclaration fracassante sur une possible reconnaissance de l’État palestinien d’ici juin 2025. Mais ce rétropédalage de Braun-Pivet, loin de réparer les dégâts, trahit un opportunisme éhonté. Les Français, eux, ne sont pas dupes : ses positions, désormais bien connues, ne s’effacent pas d’un simple coup de gomme.
Un soutien « inconditionnel » qui a fait des vagues
Retour en octobre 2023. À peine trois jours après l’attaque du Hamas contre Israël, Yaël Braun-Pivet, depuis le perchoir de l’Assemblée nationale, déclarait « au nom de la représentation nationale » un « soutien inconditionnel » à Israël, « pays ami ». Une minute de silence pour les victimes israéliennes avait suivi, mais pas un mot pour les civils palestiniens, déjà touchés par les bombardements de représailles israéliens. Cette prise de position, d’une partialité criante, avait déclenché un tollé, notamment à gauche. La France insoumise, par la voix de Jean-Luc Mélenchon, avait dénoncé un « soutien inconditionnel au massacre », refusant de participer à une marche contre l’antisémitisme organisée par Braun-Pivet et Gérard Larcher, président du Sénat.
À l’époque, Braun-Pivet n’avait pas cillé. Elle s’était même rendue en Israël deux semaines plus tard, un voyage de soutien qui lui avait valu de nouvelles critiques pour son manque de distance face à un conflit complexe. Mais aujourd’hui, alors que le bilan humain à Gaza s’alourdit – des dizaines de milliers de morts, majoritairement des civils, selon les Nations unies – et que l’opinion publique internationale se montre de plus en plus critique envers la politique israélienne, la présidente de l’Assemblée nationale semble avoir senti le vent tourner.
Macron en Égypte : un virage diplomatique qui met Braun-Pivet au pied du mur
Ce revirement intervient dans un contexte diplomatique marqué par le récent voyage d’Emmanuel Macron en Égypte, les 7 et 8 avril 2025. Lors de cette visite, le président français a rencontré son homologue égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, pour discuter de la situation au Proche-Orient, notamment du rôle de l’Égypte dans les négociations de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas. Mais c’est une déclaration inattendue qui a retenu l’attention : Macron a annoncé que la France « envisage sérieusement » de reconnaître l’État palestinien d’ici juin 2025, une décision qu’il a qualifiée de « nécessaire pour rétablir un équilibre dans la région » et répondre aux « aspirations légitimes du peuple palestinien ».
Ce virage, bien que prudent – Macron a pris soin de préciser que cette reconnaissance dépendrait de « conditions précises » et d’un « consensus international » – marque une rupture avec la position traditionnellement mesurée de la France sur le conflit israélo-palestinien. Il intervient alors que la pression monte, tant au niveau national qu’international, pour condamner les exactions israéliennes à Gaza et soutenir une solution à deux États. En Égypte, Macron a également appelé à un « cessez-le-feu immédiat » et à une « augmentation massive de l’aide humanitaire » pour Gaza, des propos qui contrastent avec le silence de Braun-Pivet sur la question humanitaire en 2023.
Ce changement de ton de l’Élysée place Yaël Braun-Pivet dans une position inconfortable. En 2023, son « soutien inconditionnel » s’alignait sur une ligne macroniste qui privilégiait les alliances stratégiques avec Israël. Mais aujourd’hui, alors que Macron semble vouloir redorer son image sur la scène internationale – et peut-être apaiser une gauche française de plus en plus critique – Braun-Pivet se retrouve isolée, contrainte de rétropédaler pour ne pas apparaître en décalage avec la nouvelle orientation de l’exécutif.
Un revirement dicté par la pression
Le mea culpa de Braun-Pivet n’a rien d’une prise de conscience sincère. Il coïncide non seulement avec le virage diplomatique de Macron, mais aussi avec la sortie, ce 10 avril, de son livre À ma place, où elle tente de se présenter comme une femme politique « humaine » et « proche des Français ». Le timing est trop parfait pour être honnête. Ajoutons à cela les critiques qui ont entaché son image depuis 2023 : sur les réseaux sociaux, elle est devenue une cible pour ceux qui lui reprochent une « complicité » avec un État accusé de crimes de guerre, certains allant jusqu’à parler de « soutien au génocide ». Ces accusations, parfois excessives, ont laissé des traces. En reconnaissant aujourd’hui son erreur, Braun-Pivet tente de désamorcer la polémique, mais elle ne fait qu’alimenter le soupçon d’opportunisme.
Car les Français ne sont pas naïfs. Braun-Pivet peut bien regretter ses mots, elle ne regrette pas ses actes. Elle l’a d’ailleurs affirmé sur France Inter : elle « ne regrette pas » son voyage en Israël en 2023, malgré les critiques. Derrière les excuses, la réalité est limpide : Braun-Pivet a soutenu sans réserve la politique israélienne à un moment où les images de Gaza montraient déjà l’ampleur des destructions. Son « soutien inconditionnel » n’était pas une maladresse sémantique, mais une position politique assumée, en phase avec une certaine frange de la macronie qui a longtemps fermé les yeux sur les souffrances palestiniennes.
Une posture qui ne trompe plus
Ce revirement, loin de réhabiliter son image, souligne son manque de cohérence. Comment croire en la sincérité d’une femme politique qui, après avoir défendu bec et ongles une position, change de discours dès que les circonstances l’exigent ? Yaël Braun-Pivet se rêve peut-être en figure progressiste, comme elle le prétend dans son livre, mais ses actes parlent plus fort que ses mots. En 2023, elle a choisi son camp, et ce n’était pas celui de la nuance ou de la justice. Aujourd’hui, elle tente de rattraper le coup, surfant sur le virage diplomatique de Macron pour se donner une contenance. Mais le mal est fait.
Macron, de son côté, n’est pas exempt de critique. Son annonce en Égypte, bien que saluée par certains comme un pas vers une diplomatie plus équilibrée, sent elle aussi l’opportunisme. Après des années d’inaction face à la crise à Gaza, le président français semble vouloir se racheter une image progressiste à l’approche de la fin de son mandat. Mais les mots, aussi prometteurs soient-ils, ne suffisent pas. La reconnaissance de l’État palestinien, si elle se concrétise, devra s’accompagner d’actions concrètes pour peser sur Israël et mettre fin à l’occupation. Sans cela, elle ne sera qu’un énième coup de communication.
Une leçon pour l’avenir ?
Le revirement de Yaël Braun-Pivet, tout comme la déclaration de Macron en Égypte, est symptomatique d’une classe politique française qui préfère suivre les courants de l’opinion plutôt que de défendre des principes. À l’heure où le conflit israélo-palestinien continue de diviser, la France aurait besoin de voix courageuses, capables de condamner les exactions des deux côtés tout en œuvrant pour une solution à deux États. Mais ni Braun-Pivet, avec son opportunisme flagrant, ni Macron, avec ses promesses tardives, ne semblent à la hauteur de cet enjeu. Braun-Pivet, en particulier, a montré qu’elle n’était pas une dirigeante de conviction, mais une politicienne prête à changer de veste au gré des polémiques et des directives de l’Élysée.
En définitive, Yaël Braun-Pivet peut bien retirer le mot « inconditionnel » de son vocabulaire, et Macron peut bien multiplier les déclarations en faveur de la Palestine. Ils ne retireront pas de la mémoire collective les images de leur inaction – ou pire, de leur partialité – face à un conflit qui continue de faire des victimes. Les Français méritent mieux que des dirigeants qui se contentent de suivre le sens du vent. Ils méritent des leaders qui assument leurs positions, agissent avec cohérence et placent la justice au cœur de leur action. Sur ce point, Braun-Pivet et Macron ont encore beaucoup à prouver.