Illustrattion réalisée par Contre7
Condamné à 33 ans de prison par la justice tunisienne dans un procès qualifié de « complot contre la sûreté de l’État », Bernard-Henri Lévy, figure emblématique de l’intellectuel engagé made in France, voit son nom officiellement accolé à des accusations d’atteinte grave à un pays souverain. Derrière les cris d’orfraie des médias occidentaux et les communiqués larmoyants d’ONG au service d’intérêts bien précis, une question dérangeante persiste : et si, au fond, la Tunisie avait raison ? Et si BHL n’était pas seulement un écrivain baroudeur au brushing impeccable, mais bien l’exécutant d’une stratégie d’ingérence globale au service d’un pouvoir non élu, mais extrêmement influent ?
Le dossier tunisien est lourd, et il ne vient pas de nulle part. Il s’inscrit dans la continuité de ce que BHL a toujours été : un pompier pyromane qui, sous couvert de défendre la démocratie, souffle sur les braises de la division pour détruire des États qui échappent à l’agenda de ses commanditaires. On se souvient de la Libye. En 2011, c’est lui qui introduit les représentants du Conseil national de transition auprès de Sarkozy, plaidant en faveur d’une intervention militaire. Résultat : un pays livré aux milices, des trafics d’êtres humains à ciel ouvert, un chaos géopolitique durable. BHL s’en est vanté lui-même, affirmant dans The New Yorker qu’il avait « amené la France en guerre » (New Yorker, 2011).
En Ukraine, dès 2014, il monte au front – non pas le front militaire, mais celui des caméras et des alliances stratégiques. Il se transforme en VRP zélé de la résistance ukrainienne, oubliant curieusement les exactions du régiment Azov et les lois discriminatoires contre les russophones. Il ne s’agit pas ici d’un engagement sincère, mais d’une ligne directrice constante : défendre systématiquement tout ce qui sert l’extension de l’OTAN et de l’influence américaine, quitte à piétiner les principes qu’il prétend défendre. Bernard-Henri Lévy ne soutient pas la démocratie ; il soutient les régimes alignés sur Washington et Tel Aviv. Les autres, comme Kadhafi ou aujourd’hui Kaïs Saïed, sont à éliminer. Par tous les moyens.
La justice tunisienne accuse BHL d’avoir conspiré avec des acteurs locaux, dont Kamel Eltaïef, pour fomenter un soulèvement contre les
autorités. Mais au-delà des alliances locales, ce que pointe la Tunisie, c’est une mécanique bien huilée : celle d’un homme qui agit toujours dans l’intérêt d’un axe atlantiste et sioniste, qui n’hésite pas à instrumentaliser les droits de l’homme pour installer des régimes favorables aux intérêts occidentaux, notamment israéliens. On ne compte plus les interventions de BHL en faveur de Tel Aviv. Il a soutenu sans réserve toutes les campagnes militaires israéliennes, même les plus contestées. Il a refusé de qualifier d’« apartheid » le traitement des Palestiniens par Israël et affirmé n’avoir « jamais vu une armée aussi démocratique que les forces de défense israéliennes » (source : Wikipédia, Bernard-Henri Lévy).
Mais la cerise sur le gâteau, c’est sa réaction implicite à l’égard de Human Rights Watch. Aujourd’hui, il bénéficie de leurs critiques contre le procès tunisien – dénoncé comme arbitraire, expéditif, sans transparence. Soit. Mais quand HRW publie des rapports sur les crimes de guerre commis par Israël à Gaza, quand elle parle de colonisation illégale, de bombardements indiscriminés, que dit alors BHL ? Il les accuse d’antisémitisme, ou de partialité. Deux poids, deux mesures. Les ONG sont des références quand elles protègent ses amis, et des officines idéologiques quand elles s’attaquent à son camp. Une posture classique chez les agents d’influence.
Quant à la France, qui serait censée donner des leçons de justice à la Tunisie, qu’elle balaie devant sa propre porte. L’affaire d’Outreau reste gravée comme une honte judiciaire nationale : des innocents enfermés pendant des années sur la base de témoignages délirants. Plus récemment, la justice française s’est montrée particulièrement indulgente dans des affaires de violences graves. Combien de récidivistes libérés pour « surpopulation carcérale » ? Combien de peines non exécutées ? Pendant ce temps, un pays qui décide de juger fermement une ingérence étrangère est accusé de dérive autoritaire. La vérité, c’est que la France, et plus largement l’Occident, n’acceptent les jugements que lorsqu’ils confortent leurs intérêts.
BHL n’est pas un philosophe humaniste. Il est un stratège idéologique. Ses interventions ne sont jamais désintéressées, et elles suivent toujours la même boussole : affaiblir les États souverains non-alignés, promouvoir des changements de régime en faveur de l’OTAN et d’Israël, maquiller
tout cela sous un vernis de morale. La Tunisie, aujourd’hui, met le doigt sur cette hypocrisie. Pour la première fois, un État ose dire tout haut ce que d’autres murmurent à voix basse : BHL n’est pas un intellectuel, c’est un opérateur.
Alors bien sûr, le procès n’est pas exempt de critiques. Il est probable que les conditions de jugement n’aient pas respecté les standards occidentaux. Mais peut-on reprocher à un pays du Sud de se défendre avec les moyens du bord, quand ceux du Nord usent de la puissance économique, médiatique et militaire pour imposer leur loi sans jamais rendre de comptes ? Peut-on se permettre de juger la Tunisie, quand nous acceptons sans sourciller les ingérences de BHL et ses comparses en Afrique, au Moyen-Orient ou en Europe de l’Est ? Peut-on encore croire que cet homme agit seul, sans soutien, sans financement, sans réseau ?
Non. Bernard-Henri Lévy ne conspire pas par lubie personnelle. Il fait partie d’un système. Un système d’influence, d’idéologie, de manipulation. Un système dont les rouages sont parfois judiciaires, parfois médiatiques, parfois militaires. Mais un système toujours orienté dans une seule direction : celle du pouvoir globalisé, sans enracinement, sans frontières, sans opposition.
Contre7, ici, pose les vraies questions. Et vous, vous avez le droit de penser autrement. Mais encore faut-il avoir toutes les cartes en main.