Illustrattion réalisée par Contre7

    Dans l’indifférence générale, une scène surréaliste s’est déroulée au cœur même de la Vieille Ville de Jérusalem. Le 19 avril 2025, lors de la cérémonie du Feu sacré, célébrée chaque année à l’Église du Saint-Sépulcre — l’un des lieux les plus saints de la chrétienté — des policiers israéliens, armés jusqu’aux dents, ont pénétré dans l’édifice religieux. Objectif : disperser les fidèles, dont certains pourtant munis d’autorisations officielles. L’un des agents n’a pas hésité à braquer son arme en direction d’un chrétien en prière.

    Un événement isolé ? Pas vraiment.

    L’enquête d’une oppression rampante

    Si cette image d’un policier pointant une arme dans une église a fait le tour des réseaux sociaux alternatifs, elle n’est que la partie émergée d’un iceberg bien plus inquiétant. Depuis plusieurs années, les violences, humiliations et pressions contre les chrétiens de Terre sainte s’intensifient. À Jérusalem même, pourtant au cœur des trois grandes religions monothéistes, les chrétiens sont de plus en plus considérés comme des intrus.

    Un rapport publié en avril 2024 par l’ONG Christian Media Center et relayé par le Catholic World Report fait état de 111 incidents violents contre des chrétiens ou des lieux de culte chrétien. Cela inclut des crachats sur des prêtres, des graffitis insultants, des attaques contre des processions religieuses, des incendies volontaires et des profanations de lieux saints.

    « On nous insulte, on nous crache dessus, parfois même devant des policiers qui ne réagissent pas », confie un prêtre franciscain à Vatican News. 

    Des lois taillées sur mesure pour restreindre le christianisme

    Mais au-delà des agressions physiques, c’est un climat politique et législatif qui pose question. En mars 2023, deux députés ultra-orthodoxes israéliens, Moshe Gafni et Yaakov Asher, ont déposé une proposition de loi visant à interdire toute tentative de prosélytisme chrétien. Si elle venait à être adoptée, cette loi rendrait passible de peines de prison allant jusqu’à un an toute personne partageant la foi chrétienne à autrui, notamment auprès de mineurs.

    Face au tollé international, Benjamin Netanyahu a promis que cette loi ne serait pas votée. Pourtant, le simple fait qu’elle ait été soumise à la Knesset traduit un changement profond dans la perception des chrétiens en Israël.

    L’Église réagit : silence ou résistance ?

    Face à cette situation, les autorités chrétiennes s’indignent. Le Patriarcat latin de Jérusalem a dénoncé à plusieurs reprises des « attaques ciblées » et des « violences systématiques » contre les lieux de culte. En février 2023 déjà, l’Église avait fermé les portes du Saint-Sépulcre en signe de protestation contre les taxes imposées par la municipalité de Jérusalem, qu’elle jugeait discriminatoires.

    Plus récemment, en ce week-end pascal, le World Council of Churches, regroupant plus de 500 millions de chrétiens dans le monde, a publié un communiqué pour dénoncer les « restrictions sévères à la liberté de culte imposées aux chrétiens palestiniens » à l’occasion de la Semaine Sainte.

    « Nous appelons le gouvernement israélien à respecter la liberté religieuse, pierre angulaire de toute démocratie digne de ce nom », peut-on lire dans le communiqué du Conseil œcuménique des Églises.

    Le pape François sort de sa réserve

    Le pape François, connu pour sa diplomatie prudente, n’a pas gardé le silence cette fois-ci. Dans son message Urbi et Orbi du 20 avril 2025, il a évoqué explicitement la communauté chrétienne de Gaza et de Jérusalem :

    « Je pense aux populations de Gaza, et en particulier à sa communauté chrétienne, où le terrible conflit continue de provoquer des morts et des souffrances. Je prie aussi pour les fidèles du Saint-Sépulcre, qu’ils puissent prier en paix. »

    Une déclaration sobre mais lourde de sens dans le contexte actuel.

    Un message politique ?

    L’image d’un policier armé dans une église, lors d’une cérémonie pacifique et religieuse, ne peut être considérée comme un simple excès de zèle. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large : celle d’un durcissement identitaire en Israël, de plus en plus influencé par les franges ultra-nationalistes et religieuses.

    Derrière les discours sur la sécurité, c’est en réalité une mise sous pression des minorités — chrétiennes et musulmanes — qui se met en place. Ce climat d’oppression, discret mais constant, vise à faire comprendre que la Terre sainte appartient à une seule confession, une seule idéologie. Les autres ? Tolérées, à condition de rester invisibles.

    Une escalade préoccupante

    L’Église du Saint-Sépulcre n’est pas un simple monument : elle est un symbole universel, un sanctuaire de paix, foulé chaque année par des millions de pèlerins du monde entier. Y voir un homme en uniforme, arme braquée sur un fidèle, lors d’une cérémonie sacrée, est un choc. Un symbole fort, glaçant. Et un avertissement.

    Ce n’est pas un incident isolé, ni même un excès ponctuel. C’est le reflet d’une politique de plus en plus assumée de marginalisation des minorités chrétiennes. Sous couvert de sécurité, sous prétexte de maintien de l’ordre, c’est un climat de peur qui s’installe, lentement mais sûrement. Les chrétiens de Jérusalem sont poussés dehors, comme les mots d’un religieux local le résument : « Nous devenons des étrangers sur notre propre terre. »

    Face à cela, le silence complice des grandes démocraties occidentales, toujours promptes à défendre la liberté religieuse quand elle est bafouée ailleurs, pose question. Où sont les condamnations officielles ? Où sont les sanctions, les rappels à l’ordre ? Pourquoi cette indignation sélective ?

    Un test pour les consciences

    Cet épisode devrait résonner bien au-delà des cercles religieux. Car ce qui est en jeu ici dépasse la simple question chrétienne : il s’agit de savoir 

    si le droit de prier en paix, de croire en liberté, peut encore exister dans une région censée incarner la foi, le pardon, et la coexistence.

    Si même dans un lieu comme le Saint-Sépulcre, la prière devient un acte suspect, potentiellement criminalisé, alors que reste-t-il des valeurs fondatrices des droits de l’homme ?

    Chez Contre7, nous continuerons à documenter ces dérives, à donner la parole à ceux que l’on veut faire taire, à enquêter là où les autres détournent les yeux.

    Parce qu’informer, c’est résister.

    Sources :

    • Premier Christian News, Israeli Forces Assault Christians at Church of the Holy Sepulchre, 20 avril 2025
    • Vatican News, Urbi et Orbi 2025, 20 avril 2025
    • Catholic World Report, Report Reveals Escalation of Violence Against Christians in the Holy Land, avril 2025
    • Middle East Monitor, Christians will face jail in Israel for proselytising under proposed bill, mars 2023
    • World Council of Churches, Communiqué spécial Pâques 2025
    • Reuters, Pope calls for Gaza ceasefire, 20 avril 2025