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Dans un monde où la géopolitique ressemble à une partie d’échecs jouée avec des grenades dégoupillées, Israël vient de rappeler qu’il n’a pas l’intention de perdre sans emporter tout le plateau avec lui. Une déclaration récente attribuée à Benjamin Netanyahu – « Si Israël tombe, le monde entier tombe » – n’est pas une simple hyperbole pour galvaniser ses soutiens. Elle est l’écho glaçant d’une doctrine bien réelle et terrifiante : l’option Samson. Une stratégie qui, sous des airs de tragédie biblique, pourrait transformer le Moyen-Orient, et au-delà, en un champ de ruines radioactives.
Samson, le kamikaze biblique devenu doctrine nucléaire
L’option Samson tire son nom du héros biblique qui, capturé et humilié par les Philistins, a fait s’effondrer un temple sur lui-même et ses ennemis dans un ultime acte de vengeance. Appliquée à la stratégie israélienne, cette doctrine est une menace à peine voilée : si Israël devait être menacé d’anéantissement – par une invasion militaire ou une attaque massive – il déchaînerait son arsenal nucléaire pour une « riposte massive » de dernier recours. Peu importe les conséquences, pour Israël ou pour le reste du monde. C’est la version géopolitique du « après moi, le déluge ».
Officiellement, Israël maintient une politique d’« ambiguïté nucléaire », refusant de confirmer ou d’infirmer la possession d’armes nucléaires. Mais les experts ne s’y trompent pas. Selon des estimations crédibles, Israël disposerait d’un arsenal de 80 à 400 ogives nucléaires, développé en secret depuis les années 1950 avec l’aide de la France, comme le souligne l’historien Avner Cohen dans Israel and the Bomb. Des révélations comme celles de Mordechai Vanunu, un ancien technicien du centre nucléaire de Dimona, en 1986, ont levé le voile sur un programme que tout le monde sait exister, mais que personne n’ose officiellement reconnaître.
Une menace globale drapée dans l’opacité
Ce qui rend l’option Samson particulièrement corrosive, c’est son ambiguïté même. Israël joue sur deux tableaux : d’un côté, il brandit la menace d’une apocalypse nucléaire pour dissuader ses ennemis – Iran, Hezbollah, et autres – de pousser trop loin leurs ambitions. De l’autre, il se cache derrière un silence officiel, évitant les obligations internationales comme la signature du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Une hypocrisie que les États-Unis, complices de longue date, ont entérinée dès 1969, lorsque Nixon et Golda Meir auraient scellé un pacte tacite : Israël garde ses bombes dans l’ombre, et Washington ferme les yeux.
Mais cette stratégie a un coût. En refusant de clarifier ses intentions, Israël alimente les pires spéculations. Que se passerait-il si, face à une menace existentielle, un gouvernement israélien acculé décidait d’appuyer sur le bouton rouge ? Les cibles ne se limiteraient pas aux États voisins. Comme le souligne le journaliste israélien Gil Ronen dans le Jerusalem Post, l’option Samson pourrait « causer des dommages irréparables à l’ensemble du monde ». Traduction : si Israël tombe, il pourrait entraîner l’humanité entière dans une spirale de destruction, que ce soit par des frappes directes ou par les retombées globales d’un hiver nucléaire.
Netanyahu, le pyromane en chef
La déclaration de Netanyahu, relayée par des médias internationaux en octobre 2024, n’a rien d’anodin. Elle s’inscrit dans une longue lignée de provocations calculées. En 2015, peu avant les attentats du Bataclan, il avait déjà averti une journaliste française que si l’Occident ne soutenait pas Israël dans sa lutte contre le terrorisme, ce dernier frapperait à sa porte. Plus récemment, en septembre 2024, il affirmait pouvoir « mettre les nations à genoux d’un simple clic », une allusion à peine déguisée aux capacités cybernétiques et nucléaires d’Israël.
Netanyahu joue un jeu dangereux. En agitant l’épouvantail de l’option Samson, il espère renforcer la position d’Israël comme puissance intouchable, tout en justifiant des politiques de plus en plus agressives – que ce soit à Gaza, au Liban ou face à l’Iran. Mais ce faisant, il transforme Israël en un paria international, un État qui, sous prétexte de survie, menace de devenir le fossoyeur de l’humanité. Comme le rappelle Emmanuel Macron dans une mise en garde datant de 2025, Israël « a été créé par une décision de l’ONU » et ne peut ignorer indéfiniment les résolutions internationales.
Une doctrine qui divise
L’option Samson cristallise les peurs et les fantasmes d’un conflit apocalyptique. Elle alimente aussi les tensions, certains y voyant une preuve de bellicisme israélien, tandis que d’autres estiment que le monde se porterait mieux sans cette menace constante. Ces débats reflètent une réalité plus large : l’option Samson n’est pas qu’une stratégie militaire, c’est un état d’esprit. Elle reflète la mentalité d’un État qui, entouré d’ennemis, a choisi de vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête – et de celle du monde entier.
Vers un point de non-retour ?
En jouant avec le feu nucléaire, Israël risque de provoquer l’incendie qu’il prétend vouloir éviter. Si la dissuasion fonctionne aujourd’hui, qu’en sera-t-il demain, face à un Iran nucléaire ou à une escalade incontrôlable au Moyen-Orient ? L’option Samson est une arme à double tranchant : elle protège Israël en terrifiant ses ennemis, mais elle expose aussi le monde à un risque inacceptable. En 2008, Martin van Creveld, professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem, notait que parler des armes nucléaires israéliennes pouvait mener à « l’arrestation, au procès et à l’emprisonnement » dans le pays. Cette culture du secret, combinée à des déclarations provocatrices comme celle de Netanyahu, est une recette pour le désastre.
Il est temps que la communauté internationale brise ce tabou. Israël doit être tenu responsable de ses ambiguïtés nucléaires, et les grandes puissances – États-Unis en tête – doivent cesser de jouer les complices silencieux. Car si l’option Samson venait à être activée, il n’y aura pas de vainqueur. Seulement des cendres.