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    Après avoir envisagé de confisquer les trottinettes pour lutter contre la délinquance, Gérald Darmanin s’attaque aujourd’hui… aux téléphones portables.

    Son dernier coup d’éclat ? Une directive envoyée aux procureurs pour permettre aux policiers de saisir les téléphones des vendeurs et consommateurs de stupéfiants. À Bayonne, l’expérience est déjà en cours. Et puisque le génie sécuritaire n’attend pas, l’idée est d’étendre cette méthode « révolutionnaire » à tout le territoire. Champagne.

    Derrière la communication musclée, une question toute simple surgit : confisquer un téléphone, sans décision de justice préalable, est-ce bien respectueux de nos libertés fondamentales ? Rappelons que, selon l’article 66 de la Constitution française, l’autorité judiciaire est gardienne de la liberté individuelle. Or un téléphone, aujourd’hui, n’est pas un simple gadget : c’est une extension de notre vie privée, de nos communications professionnelles, familiales, médicales. Sans validation judiciaire, cette confiscation équivaut ni plus ni moins à une perquisition sauvage. Mais bon, quand il s’agit de « montrer les muscles » à quelques mois d’élections, on n’est plus à une entorse près à l’État de droit.

    Pire encore : cette confiscation pourrait se retourner contre les forces de l’ordre elles-mêmes. Jusqu’à présent, les téléphones des trafiquants représentaient une mine d’or pour les enquêteurs : messages cryptés certes, mais souvent interceptables ; conversations analysables ; réseaux démantelables grâce à la surveillance discrète. En coupant brutalement l’accès à ce filon, Darmanin risque surtout de pousser les trafiquants à s’organiser autrement, via des messageries clandestines plus hermétiques, ou pire, à revenir à des méthodes physiques, beaucoup plus difficiles à tracer pour la police. Un progrès spectaculaire digne d’un stratège du dimanche.

    Comme toujours, sous couvert de « bonnes intentions », on s’attaque aux symptômes, jamais aux causes. Et au passage, on rogne un peu plus les libertés publiques, en espérant que les Français, drogués à la peur, applaudissent l’initiative.

    Le plus ironique ? Ceux qui seront les premiers touchés par cette mesure ne seront ni les gros bonnets du trafic international ni les réseaux ultra-structurés. Non. Ce seront les petits consommateurs, les gamins pris avec un joint dans la poche, à qui on confisquera le téléphone pour « participation à un trafic ». Et tant pis s’ils ratent un appel pour un entretien d’embauche ou s’ils ne peuvent plus joindre leur famille. La France 2025, c’est ça : un pays où l’on s’attaque aux lampistes pour donner l’illusion qu’on mène une guerre contre les cartels.

    Darmanin voulait sans doute marquer les esprits. Il a surtout confirmé une chose : en matière de libertés publiques, comme en matière de stratégie de lutte contre le trafic, son ministère avance à vue… et souvent en marche arrière.