Illustration réalisée par Contre7
Depuis quelques semaines, une rumeur agite les réseaux sociaux : le nombre de millionnaires aurait littéralement explosé en Ukraine en pleine guerre. Vrai ou intox ? À y regarder de plus près, il y a une grosse nuance : en Ukraine, le terme « millionnaire » désigne toute personne ayant déclaré plus d’un million de hryvnias… soit environ 25 000 euros. On est donc loin du cliché du millionnaire au sens occidental du terme. En réalité, ce sont surtout des contribuables aisés, dont le nombre a certes augmenté de 61 % en un an, avec plus de 17 000 déclarations au-dessus de ce seuil.
En revanche, un autre phénomène est bien réel : la fortune des milliardaires ukrainiens, elle, a bondi de façon spectaculaire ces deux dernières années. Rinat Akhmetov, par exemple, a quasiment doublé sa richesse, passant de 4 à près de 8 milliards de dollars, tandis que d’autres grandes fortunes comme celles de Viktor Pinchuk ou Petro Porochenko ont aussi connu des hausses impressionnantes.
Y a-t-il un lien avec l’aide européenne ?
Officiellement, non. L’Union européenne affirme que ses aides, massives (50 milliards d’euros sur plusieurs années), sont destinées à la stabilité macroéconomique, aux services publics et à la reconstruction. Mais dans les faits, ces fonds ont contribué à stabiliser l’économie ukrainienne, créant un climat plus favorable pour les grandes entreprises… dont certaines appartiennent précisément à ces milliardaires. Difficile donc de ne pas y voir un effet indirect.
Et les soupçons de corruption ? Là encore, plusieurs rapports soulèvent des zones grises :
Norad (2024) a pointé des risques élevés de corruption dans la gestion de l’aide, notamment dans l’énergie et la santé.
CIPE (2024) a évoqué des failles persistantes malgré des systèmes de suivi numérique sophistiqués.
OLAF (2025) a carrément révélé des irrégularités graves dans un projet européen lié à l’achat de générateurs.
Bref : si l’explosion des millionnaires est une fausse info alimentée par un abus de langage, la croissance fulgurante des milliardaires, elle, est bien réelle. Et même si aucune preuve directe ne lie ces enrichissements aux aides européennes, des rapports sérieux alertent sur les risques de corruption systémique. De quoi nourrir la méfiance, une fois de plus.