Illustration réalisée par Contre7
Pendant des décennies, l’eugénisme était le tabou absolu de nos sociétés modernes. Associé aux crimes du nazisme et aux programmes de stérilisation forcée, il était synonyme d’horreur totalitaire. Pourtant, aujourd’hui, sous les habits policés du marché, il refait surface dans les cliniques de reproduction du monde entier. Plus subtil, plus technologique, plus rentable aussi. On ne parle plus d’« épuration », mais de « choix parental ». Ce glissement sémantique dissimule mal une réalité : l’eugénisme n’a pas disparu, il a changé de visage.
Comprendre l’eugénisme
L’eugénisme désigne l’ensemble des pratiques visant à sélectionner ou améliorer le patrimoine génétique humain. Il peut prendre deux formes :
- Eugénisme positif : favoriser la reproduction de certains individus jugés « supérieurs ».
- Eugénisme négatif : empêcher la reproduction de ceux jugés « inférieurs ».
Dans les années 1930, des pays comme les États-Unis, la Suède ou l’Allemagne ont mis en place des politiques eugénistes institutionnelles. Aujourd’hui, les outils ont changé : tests génétiques, sélection embryonnaire, modification CRISPR… mais la logique reste la même : façonner l’humain.
Héritage du passé : quand les nazis inspiraient les laboratoires
modernes
Les nazis ont mené des milliers d’expériences pseudo-scientifiques au nom de l’idéologie eugéniste. Leurs objectifs : justifier la supériorité raciale aryenne, éliminer les gènes jugés « dégénérés », et optimiser la reproduction des « bons gènes ». Le docteur Josef Mengele, tristement célèbre pour ses tests sur des jumeaux à Auschwitz, a conduit des expériences barbares dont les résultats, bien que scientifiquement biaisés, ont été conservés et parfois consultés après la guerre.
L’opération Paperclip (dont le micro documentaire est accessible sur le site Contre7) mise en place par les États-Unis après 1945, a permis d’exfiltrer plus de 1 600 scientifiques nazis, dont des médecins impliqués dans ces programmes. Ces scientifiques ont travaillé pour la NASA, les services de renseignement, et des universités américaines. Les données sur l’hypothermie, la déshydratation ou la haute altitude issues de ces crimes ont été étudiées par l’armée américaine et certaines agences biomédicales.
Des laboratoires comme Cold Spring Harbor Laboratory, autrefois piliers de l’eugénisme américain, ont poursuivi des recherches sur la génétique humaine en changeant simplement de vocabulaire : de l’« eugénisme » à la « biologie du développement ».
Ainsi, malgré leur origine ignoble, certaines connaissances tirées de l’eugénisme nazi ont bel et bien irrigué la recherche occidentale d’après-guerre, posant un dilemme éthique majeur : faut-il utiliser des données issues de crimes contre l’humanité ?
Le passage sur l’héritage des expériences eugénistes nazies a été intégré après la section sur le cadre légal international.
Le cadre légal international
La condamnation de l’eugénisme à l’échelle internationale s’est manifestée à travers plusieurs textes de référence, à commencer par la Convention d’Oviedo adoptée en 1997 sous l’égide du Conseil de l’Europe, qui prohibe clairement toute intervention visant à modifier le génome humain transmissible aux générations futures. La même année, l’UNESCO a proclamé la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’homme, affirmant que le génome constitue un patrimoine commun de l’humanité et ne saurait faire l’objet de discriminations. Plus récemment, en 2021, le Comité d’éthique de l’Organisation mondiale de la santé a exprimé une opposition ferme à toute modification héréditaire du génome, tant que les conditions éthiques, scientifiques et sociales ne sont pas rigoureusement garanties.
Le cadre légal en France et en Europe : un vernis éthique contourné
En France, la loi de bioéthique encadre très strictement les pratiques de sélection génétique. Toute modification du génome humain transmissible est interdite (article L. 2131-4 du Code de la santé publique), de même que la sélection embryonnaire à des fins de convenance (choix du sexe, des traits physiques ou cognitifs). Seuls les diagnostics préimplantatoires sont autorisés dans un cadre strictement médical pour éviter la transmission de maladies graves. La gestation pour autrui y est également interdite. Sur le papier, le cadre semble rigide.
Au niveau européen, la Convention d’Oviedo (1997) interdit la modification du génome germinal humain et la sélection embryonnaire non médicale. Mais cette convention n’a pas été ratifiée par tous les États membres, ce qui limite son efficacité. Chaque pays membre de l’Union européenne conserve en réalité une grande liberté en matière de procréation assistée. L’Espagne, la Belgique, la Grèce ou les Pays-Bas adoptent des approches plus libérales : sélection d’embryons, don anonyme, GPA sous conditions…
Résultat : de nombreux couples européens, y compris français, contournent les lois nationales en se rendant dans des pays plus permissifs pour bénéficier de pratiques interdites chez eux. Ce tourisme génétique illustre une hypocrisie : on condamne publiquement l’eugénisme, tout en tolérant son externalisation dans des cliniques étrangères aux protocoles peu regardants.
Des pays où l’eugénisme est devenu une offre commerciale
Dans des pays comme l’Ukraine, les États-Unis, la Russie, la Géorgie, la Chine ou la Thaïlande, les cliniques de reproduction assistée proposent aux clients étrangers de choisir les embryons selon des critères génétiques ou esthétiques : sexe, absence de maladie, taille, couleur des yeux, QI présumé…
En Ukraine, véritable plaque tournante de la GPA commerciale, certaines agences vont jusqu’à proposer des garanties contractuelles sur les traits de l’enfant. Les donneuses d’ovocytes sont sélectionnées sur diplôme, origine ethnique et apparence. Le tout au nom du « droit à l’enfant parfait ».
Aux États-Unis, des cliniques comme California Cryobank ou The Genetics & IVF Institute permettent aux parents de sélectionner un embryon selon des scores polygéniques prédisant des traits cognitifs ou comportementaux.
En Chine, même si la modification génétique germinale a été condamnée suite au scandale He Jiankui (2018), le pays continue de développer des bases de données ADN massives et investit dans le tri génétique.
Quelques exemples concrets
BioTexCom est une clinique ukrainienne spécialisée dans la GPA (gestation pour autrui), proposant des forfaits « tout compris » à partir de 40 000 euros, incluant mère porteuse, ovocytes, hébergement et démarches juridiques.
Derrière l’apparence clinique, c’est un véritable marché du corps féminin : des femmes précaires louent leur ventre à des couples étrangers riches, dans un cadre juridiquement flou et moralement discutable.
En 2020, l’affaire des bébés parqués dans un hôtel de Kyiv avait choqué l’opinion : enfants en attente de livraison, mères porteuses invisibles, dérives commerciales à peine déguisées.
BioTexCom propose aussi une base de données de donneuses avec choix physique — bébé sur catalogue —, poussant la logique de la GPA vers la marchandisation de l’humain.
Sous couvert de « droit à l’enfant », c’est une exploitation légalisée de la misère. Une industrie rentable qui transforme le désir parental en business mondialisé, sans se soucier des conséquences humaines et éthiques.
La clinique GGRC (Georgian Genetic Reproduction Center), basée à Tbilissi, est devenue l’un des piliers du marché international de la GPA, notamment en partenariat avec Tammuz Family, une agence israélienne très active dans ce secteur.
Sous couvert de « reproduction assistée », GGRC propose des programmes de gestation pour autrui encadrés par l’État géorgien, mais taillés pour une clientèle étrangère fortunée.
Bien que la loi géorgienne autorise la GPA uniquement pour les couples hétérosexuels mariés, les agences contournent cette restriction en jouant sur les juridictions internationales. La clinique travaille main dans la main avec des avocats spécialisés, permettant une filiation rapide et des transferts d’enfant vers l’étranger en quelques semaines.
Les tarifs oscillent entre 50 000 et 80 000 euros selon les options (choix de la donneuse, nombre de tentatives, suivi juridique), et les services sont vendus comme une « solution clé en main » : contrat, mère porteuse, logement, accouchement en clinique privée et même photos de grossesse.
La logique ? Un enfant sur mesure dans un pays à faible coût, avec une main-d’œuvre féminine corvéable et remplaçable.
Le processus est encadré par un tribunal, mais il ne garantit pas l’absence de pressions sociales ou économiques sur les mères porteuses, souvent issues de milieux pauvres.
Derrière le vernis légal, c’est la GPA low cost pour couples occidentaux qui veulent éviter les lois plus strictes de leur propre pays.
GGRC, comme d’autres cliniques géorgiennes, propose une chaîne de production humaine bien huilée : donneuse d’ovocyte + mère porteuse + accouchement privé + prise en charge administrative du nourrisson. L’enfant est ensuite exporté comme un colis, avec des passeports délivrés en urgence et un anonymat garanti pour la mère biologique.
À travers GGRC, la Géorgie est devenue une terre d’exploitation reproductive, offrant aux pays occidentaux un accès bon marché au ventre féminin, sans débat démocratique ni prise en compte des enjeux éthiques.
Ce n’est plus du soin, c’est de la sous-traitance humaine. Et pendant ce temps, les enfants naissent… au milieu d’une logique de contrat, de livraison et de profit.
Une hypocrisie mondiale
Les pays européens, qui interdisent officiellement ces pratiques, ferment les yeux lorsque leurs citoyens se rendent à l’étranger pour en bénéficier. On externalise l’eugénisme pour garder la bonne conscience. Ce double discours empêche tout débat de fond sur les dérives du transhumanisme appliqué à la reproduction.
Pendant ce temps, le marché du « bébé sur mesure » explose. Les sociétés de biotechnologies, les cliniques privées et les plateformes de mise en relation investissent ce nouveau filon. La vie humaine devient un produit personnalisable.
Pour conclure :
Loin d’avoir disparu, l’eugénisme s’est muté en un système de tri sophistiqué, privatisé et mondialisé. Il est à la fois le fruit de la technologie et du consumérisme, dopé par l’idéologie de l’optimisation permanente. Ce nouveau visage de l’eugénisme mérite un débat profond. Faute de quoi, nous risquons de normaliser ce que l’histoire considérait hier encore comme un crime contre l’humanité.
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