Dans une intervention qui marquera les annales de la maladresse stratégique, Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), a eu l’idée pour le moins audacieuse de vanter le yuan numérique chinois comme source d’inspiration pour l’euro numérique. Oui, vous avez bien lu : la Chine, championne incontestée de la surveillance étatique, est désormais présentée comme le phare qui guidera l’Europe vers sa dystopie monétaire numérique. Une déclaration qui brille par son culot et son sens du contretemps.

En août 2025, Lagarde a encensé le e-CNY, la monnaie numérique chinoise, pour son déploiement à grande échelle et son prétendu service rendu à « tous les citoyens ». Une formule lisse, presque poétique, qui semble ignorer le revers de la médaille : un système où chaque transaction est scrutée, chaque citoyen tracé. Un modèle d’efficacité, certes, mais surtout un cauchemar pour quiconque chérit sa vie privée. Difficile de ne pas sourire face à une telle proposition, quand on sait que l’Europe, avec son RGPD et ses citoyens jaloux de leurs libertés, risque de voir dans cet exemple une menace plus qu’une inspiration.

Car, soyons sérieux un instant, brandir la Chine comme étendard est une faute de goût monumentale. Dans un continent où la moindre collecte de données déclenche des tollés, vanter un système synonyme de contrôle social, c’est comme vendre un barbecue à un militant végan. Les Européens, déjà méfiants envers l’euro numérique, craignent légitimement que leurs transactions soient pistées, leurs habitudes disséquées, voire leurs comptes gelés sur un caprice bureaucratique. Citer la Chine, où le numérique est un outil de surveillance bien rodé, c’est jeter de l’huile sur le feu des sceptiques.

On imagine presque Lagarde, avec un enthousiasme déconcertant, lançant : « Regardez comme c’est fluide à Pékin ! Une monnaie numérique pratique, qui sait toujours où vous êtes et ce que vous achetez. Le progrès, non ? » Sauf que ce progrès, pour beaucoup, ressemble à une plongée dans un roman de George Orwell. L’euro numérique, présenté comme une réponse aux cryptomonnaies ou aux systèmes asiatiques, se retrouve ainsi entaché d’une référence qui fleure bon le paradoxe. Chapeau pour l’effet dramatique.

Derrière cette sortie, on devine une tentative maladroite de Lagarde de justifier l’euro numérique comme un mal nécessaire dans la course technologique mondiale. Mais en choisissant l’exemple chinois, elle braque les projecteurs sur ce que beaucoup redoutent : un futur où la commodité monétaire rime avec contrôle. Et c’est là que le bât blesse. Comment annoncer aux peuples européens que leur avenir financier pourrait lorgner du côté d’un crédit social à peine maquillé ? Comment leur vendre une monnaie numérique centralisée, quand la référence invoquée évoque tout ce que l’Europe prétend rejeter ?

La réponse, peut-être, est que la BCE devrait ranger l’exemple chinois au placard et opter pour une communication moins provocatrice. Plutôt que de glorifier un modèle autoritaire, elle pourrait insister sur des garanties solides : anonymat des transactions, protection des données, refus de toute surveillance. Car, ironie suprême, en citant la Chine, Christine Lagarde a offert un cadeau inespéré aux détracteurs de l’euro numérique : une preuve par l’absurde que ce projet, mal défendu, pourrait mener tout droit vers un contrôle social que l’Europe jure pourtant d’éviter. Alors, Madame Lagarde, pour la prochaine, pourquoi ne pas piocher un exemple moins… explosif ? Quelque chose de plus suisse, peut-être. Moins de surveillance, plus de neutralité : ça éviterait, au moins, les rires amers dans l’auditoire.