C’était beau à voir. Pendant des années, l’extrême droite française s’est appliquée à se refaire une virginité politique en se collant à Israël comme une moule à son rocher. Marine Le Pen jurait qu’elle n’avait plus rien à voir avec les saillies antisémites de son père, Bardella multipliait les clins d’œil au lobby pro-israélien, et Zemmour, lui, avait carrément fait de Tel-Aviv la capitale de son imaginaire identitaire. Israël, ce phare de l’Occident, ce modèle de virilité militaire, ce bastion de la civilisation face à « l’islam conquérant ». Bref : la caution parfaite pour prouver qu’on pouvait être d’extrême droite sans être accusé d’antisémitisme.

Sauf qu’aujourd’hui, le château de cartes tremble. Et pas un peu. Car voici qu’Israël ne se contente plus de martyriser Gaza ou de provoquer l’Iran : il se permet de menacer la France sur son propre territoire. Oui, la France, rien que ça. Macron, le président caméléon, celui qui a tout avalé et tout toléré depuis des années, a même dû sortir de sa torpeur pour déclarer : « La France se défendra. » Une phrase digne de De Gaulle, prononcée par… Macron. C’est dire si la situation devient grotesque.

Et là, silence radio du côté de ceux qui, hier encore, faisaient la queue pour lécher la botte israélienne.

Car le dilemme est simple, brutal, implacable :

Option 1 : continuer à soutenir Israël coûte que coûte, au risque de passer pour des traîtres à la patrie, des larbins qui acceptent qu’un État étranger menace la souveraineté française.

Option 2 : retrouver un minimum de dignité souverainiste, dénoncer les pressions de Tel-Aviv et dire « la France d’abord »… mais perdre aussitôt les bénédictions médiatiques, financières et politiques qui leur servaient de marchepied.

Zemmour est le plus mal en point. Toute sa rhétorique repose sur le fantasme que le salut de la France passe par un alignement total sur Israël. Mais que vaut ce récit quand Israël pointe désormais du doigt Paris ? C’est un peu comme si le prophète se faisait démentir par son dieu. Humiliation garantie. Bardella, lui, tentera l’équilibrisme : « soutien à Israël dans la lutte contre le terrorisme », mais condamnation « de toute menace sur la France ». Traduction : un numéro de claquettes qui ne trompera personne, sauf peut-être ses militants hypnotisés. Marine Le Pen, plus prudente, jouera la montre, guettant le sens du vent médiatique. Bref, aucun courage, aucune cohérence : de la tactique à courte vue, comme toujours.

Le problème est plus profond.

L’extrême droite pensait s’acheter une respectabilité en jurant fidélité à Israël. Elle croyait désamorcer les accusations d’antisémitisme en embrassant la cause sioniste. Mais en politique, la loyauté ne se donne jamais gratuitement : elle se paie. Et quand vient l’addition, elle est souvent salée. Aujourd’hui, Israël leur renvoie en pleine figure ce qu’ils refusaient de voir : Tel-Aviv n’a pas d’amis, seulement des instruments.

Cette crise est donc une leçon cruelle : à force de vouloir plaire aux puissants, on finit toujours par s’y soumettre. Et quand ces puissants décident de vous menacer, il ne reste plus qu’à choisir : aboyer contre son maître ou continuer à se coucher en espérant une caresse. Dans les deux cas, la posture est indigne d’un parti qui prétend défendre la France.

Alors oui, le soutien inconditionnel à Israël, cette trouvaille stratégique censée les blanchir et les hisser au rang de parti « fréquentable », pourrait bien devenir leur poison. Et l’histoire retiendra que l’extrême droite française, en croyant troquer son vieil antisémitisme contre une philo-sionisme de façade, a juste réussi à troquer une chaîne contre une autre.

La France menacée par Israël, Macron contraint de jouer au chef de guerre, et l’extrême droite incapable de choisir entre la patrie et Tel-Aviv, voilà la scène : tragique, comique, grotesque.

Un moment de vérité qui ne pardonnera pas les ambiguïtés.