La Haute Autorité de Santé a publié le 13 novembre 2025 un rapport intitulé « Pertinence de prescrire la vitesse de sédimentation (VS) », suivi le 17 novembre 2025 d’un communiqué recommandant de ne plus prescrire cet examen. Cette décision intervient alors que la VS représentait encore près de 16 millions d’actes remboursés en 2023, pour un coût annuel d’environ 12 millions d’euros. La HAS justifie cette suppression par l’économie de quelques millions d’euros pour la Sécurité sociale, un argument budgétaire pourtant dérisoire à l’échelle du système de santé. Dans le même temps, même si aucune annonce spectaculaire n’a été faite, les D‑dimères ont fait l’objet de restrictions progressives depuis 2020 : les recommandations de bonne pratique stipulent qu’ils ne doivent être utilisés que dans les suspicions fortes d’embolie pulmonaire ou de thrombose ; en 2021, leur usage en ambulatoire, notamment dans le contexte post-Covid ou post-vaccinal, est explicitement jugé inutile. En clair : la VS est officiellement retirée des usages de routine fin 2025, et les D-dimères sont progressivement exclus de nombreux actes diagnostiques.
Ces décisions ont surpris les médecins. La VS est un marqueur d’inflammation utilisé depuis des décennies, indispensable pour détecter des inflammations lentes, des maladies auto-immunes, des vasculites ou des syndromes diffus que la CRP ou d’autres marqueurs ne captent pas nécessairement. Les D-dimères sont un outil essentiel pour repérer des thromboses, des micro-thromboses et des anomalies de coagulation ; depuis la Covid-19, ils ont été mis au cœur de la compréhension de nombreuses complications vasculaires et de syndromes de longue durée. Supprimer l’une pour « économiser » quelques millions, et restreindre l’autre par des recommandations successives, revient à priver les cliniciens de deux examens permettant de voir ce que d’autres ne montrent pas.
La logique est claire : réduire la capacité de détecter des inflammations subtiles ou des phénomènes thrombo-emboliques liés à des infections ou à leurs suites. Supprimer la VS, c’est rendre moins visibles les inflammations chroniques ou les syndromes persistants. Limiter les D-dimères, c’est réduire la détection des micro-thromboses et des anomalies vasculaires post-infectieuses ou post-vaccinales. Moins ces tests sont prescrits, moins de diagnostics sont posés, moins de signaux faibles remontent, moins les statistiques dérangent. Ce que l’on ne mesure plus n’existe plus officiellement.
À cet égard, le cas britannique est éclairant : le gouvernement du Royaume-Uni a été accusé par les médias de « dissimulation » après une décision de la UK Health Security Agency (UKHSA) de ne pas publier des données susceptibles d’établir un lien entre la vaccination contre la Covid-19 et la surmortalité. Un article du The Telegraph du 15 novembre 2025 explique que l’agence sanitaire a argué que la diffusion de ces données pourrait causer « détresse ou colère » aux proches des défunts. Cet exemple renforce l’idée que, au-delà de la France, des États ou institutions sanitaires prennent des mesures qui limitent volontairement l’accès aux données ou aux analyses susceptibles de questionner le récit officiel. Il crée un parallèle direct avec la décision de la HAS : tous deux s’inscrivent dans une logique où le pouvoir définit ce qui peut être vu, analysé, quantifié.
Les médecins de terrain y voient une perte d’outils, une standardisation imposée et une gestion administrative qui prend le dessus sur la logique clinique. Ils rappellent que ces tests, peu coûteux et précieux, permettent d’explorer des symptômes diffus dans une période où la médecine devrait élargir son champ d’investigation. La suppression de la VS en novembre 2025, justifiée par une économie marginale, et les restrictions silencieuses des D-dimères depuis 2020 ne relèvent pas d’une optimisation technique, mais d’un resserrement sur ce qui peut être vu, diagnostiqué et documenté. À l’heure où les séquelles du Covid restent mal comprises, limiter ces outils revient à contrôler l’information médicale plus qu’à améliorer la santé publique.