Le 2 décembre 2025, Vladimir Poutine a prononcé une phrase limpide :
« Nous n’avons pas l’intention de faire la guerre à l’Europe, mais si l’Europe le souhaite et commence, nous sommes prêts dès maintenant. »
Une déclaration défensive, conditionnelle, prononcée dans le cadre des négociations ukraino-américaines. Rien qui ne justifie un titre de fin du monde. Et pourtant, en quelques heures, la quasi-totalité des grands médias français a transformé cette mise en garde en menace d’invasion imminente. Tronquer, amplifier, effrayer : tel est devenu le triptyque gagnant du journalisme de panique. Pendant ce temps, le même pouvoir politique qui dénonce la « désinformation » rêve de mettre un « label » sur la vérité… avant de battre en retraite face à l’indignation générale.
Les mots exacts contre les titres racoleurs
Poutine n’a jamais dit « je vais faire la guerre à l’Europe ». Il a dit : si vous la déclenchez, nous répondrons.
C’est une nuance de taille. C’est même toute la différence entre un discours de dissuasion et une déclaration de guerre.
Mais la nuance ne fait pas de clic.
Les maîtres du clickbait et leurs propriétaires
- Les Échos : « Poutine se dit prêt à faire la guerre à l’Europe »
Propriétaire : Bernard Arnault (LVMH), première fortune de France. - BFMTV : bandeau « Poutine : si l’Europe veut la guerre, nous sommes prêts » (sous-entendu : il la veut)
Propriétaire : Rodolphe Saadé (CMA CGM), 17e fortune mondiale. - Le Point : « Si l’Europe veut la guerre, nous sommes prêts, menace Vladimir Poutine »
Propriétaire : François Pinault (Kering/Artémis). - Franceinfo (service public) : même framing alarmiste, même omission de la condition.
Propriétaire : vos impôts. - La Voix du Nord, L’Union, 20 Minutes, Sudinfo : tous dans le giron du groupe belge Rossel, champion de la presse régionale et roi du titre qui fait peur.
En résumé : trois milliardaires du luxe et du transport maritime, un groupe belge, et l’État lui-même contrôlent l’essentiel des titres qui ont déformé les propos de Poutine.
La concentration de la propriété médiatique n’a jamais été aussi flagrante – ni aussi pratique quand il s’agit de vendre de la peur en gros.
Macron et le label fantôme
Le 19 novembre 2025, Emmanuel Macron déclarait vouloir « une labellisation faite par des professionnels » pour distinguer « les sites d’information » des « réseaux qui font de l’argent avec de la pub ».
Une idée séduisante sur le papier : certifier la fiabilité des sources pour protéger le public de la désinformation.
Deux semaines plus tard, le même Macron assure n’avoir « jamais parlé de label d’État » et que toute cette polémique est « une fleur qui a éclos dans le débat médiatique ».
Traduction : l’idée a été enterrée sous le tollé.
Dans un sens c’est dommage ! Un label honnête aurait pu être utile… notamment pour signaler les titres qui, précisément, tronquent les citations de chefs d’État pour générer du trafic.
Conclusion
Le 2 décembre 2025, des milliardaires et l’État français ont transformé une phrase défensive en menace de guerre mondiale parce que la peur rapporte plus que la rigueur.
Le même jour, le président qui voulait « labelliser » l’information sérieuse reculait face à la bronca.
Résultat : personne n’est labellisé, tout le monde est suspect, et la confiance dans les médias continue de s’effondrer.
La prochaine fois qu’un titre vous annoncera que « Poutine veut raser Paris », souvenez-vous de cette phrase complète, de ces propriétaires, et de ce label qui n’a jamais vu le jour.
La vérité, elle, n’a pas besoin de bandeau rouge clignotant pour exister.
Elle a juste besoin qu’on arrête de la couper en deux pour faire du clic.