L’administration Trump vient de publier la mesure la plus intrusive jamais imposée aux voyageurs bénéficiant du programme d’exemption de visa. Dès que la proposition sera adoptée – et elle le sera probablement –, tout citoyen français, allemand, japonais ou australien qui voudra poser un pied aux États-Unis devra livrer :

  • l’intégralité de son historique sur les réseaux sociaux des cinq dernières années,
  • tous les numéros de téléphone utilisés pendant cette période,
  • toutes les adresses e-mail des dix dernières années,
  • et, cerise sur le gâteau, les noms complets, dates de naissance, lieux de naissance et adresses actuelles de tous ses proches (parents, frères et sœurs, conjoint, enfants).

Un simple week-end à New York ou un match de la Coupe du monde 2026 deviendra donc un strip-tease numérique intégral devant les services de renseignement américains.

Sous couvert de « sécurité nationale », les États-Unis transforment des millions de touristes en suspects par défaut. Le message est clair : vous êtes alliés, certes, mais pas assez pour qu’on vous fasse confiance. C’est la version 2.0 du Patriot Act appliquée aux vacanciers : on ne vous demande plus un passeport, on vous demande votre vie.

Et l’hypocrisie est totale. Le pays qui donne des leçons de liberté au monde entier met en place un dispositif que même Pékin n’ose pas imposer aux visiteurs étrangers. On imagine déjà les supporters européens renoncer à leurs billets pour la Coupe du monde plutôt que de livrer la liste de leurs ex et les tweets de 2020 écrits à 3 h du matin après trois verres de trop. Tant pis pour les hôtels, les restaurants et les compagnies aériennes : la paranoïa passe avant l’économie.

Cette dérive n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une course mondiale à la surveillance : ETIAS en Europe, formulaires « social media » au Canada et en Australie, crédit social en Chine. Mais les États-Unis, avec cette proposition, remportent la palme de l’arrogance. Ils ne demandent plus un visa, ils exigent une reddition sans condition.

On nous dira que c’est « pour notre sécurité ». La même excuse qui justifie depuis vingt ans la mise sur écoute massive, les listes noires opaques et les refus d’embarquement sans explication. Pendant ce temps, les vraies menaces – terrorisme intérieur, cyberattaques étatiques – continuent de prospérer tranquillement.

La bonne nouvelle ? La mesure est ouverte aux commentaires publics jusqu’au 9 février 2026. La mauvaise ? Dans le climat actuel, ces commentaires risquent de finir dans la même corbeille que les droits fondamentaux.

Alors oui, boycotter les États-Unis devient une option moralement défendable. Après tout, la Statue de la Liberté n’a pas été conçue pour accueillir des voyageurs nus, scannés et fichés. Elle était censée éclairer le monde, pas l’espionner.

Sources :

  • U.S. Customs and Border Protection, « Collection of Information on the Electronic System for Travel Authorization (ESTA) », Federal Register, 9 décembre 2025
  • Department of Homeland Security, Notice of Proposed Rulemaking, Docket No. USCBP-2025-0007
  • Electronic Frontier Foundation, communiqué du 10 décembre 2025
  • Association of Corporate Travel Executives, estimation d’impact sur le tourisme 2026, 11 décembre 2025