Une pression américaine de longue date

Donald Trump a relancé une obsession structurelle américaine pour le Groenland en menaçant, samedi 17 janvier 2026, d’imposer des droits de douane de 10 % sur les exportations de huit pays européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, etc.) dès le 1er février, avec une hausse à 25 % au 1er juin si le Danemark ne cède pas le territoire arctique. Ressources minières rares, position stratégique en Arctique face à la Chine et à la Russie : Washington y pense depuis les années 1860 (après l’achat de l’Alaska), avec des offres formelles sous Truman (1946 : 100 millions de dollars en or) ou des bases militaires renforcées pendant la guerre froide. Trump applique simplement sa méthode transactionnelle et brutale, qualifiée de chantage par Paris et qualifiée d’« inacceptable ».

La réponse de l’Élysée : miser sur Bruxelles

Dimanche matin, l’entourage d’Emmanuel Macron a indiqué via l’AFP que le président demanderait l’activation de l’instrument anti-coercition de l’Union européenne si les surtaxes se concrétisent. Cet outil, adopté en 2023 et jamais déclenché, permet théoriquement des représailles lourdes : tarifs ciblés sur des produits américains, restrictions d’investissements US, exclusion des marchés publics européens. Macron serait en contacts permanents avec ses homologues pour une réponse « unie », avec une réunion d’urgence des ambassadeurs de l’UE à Bruxelles le même jour.

Un « bazooka » sur le papier, mais…

L’instrument semble adapté : riposte rapide sans passer par l’OMC, ciblage de secteurs sensibles pour Washington (tech, agriculture, services). Pourtant, son déclenchement nécessite une majorité qualifiée des Vingt-Sept, ce qui expose à des négociations interminables, exemptions pour les pays les plus alignés sur les USA, ou dilution du message. L’UE a déjà eu du mal à riposter fermement aux précédentes menaces trumpiennes (2018-2020), finissant souvent par des concessions asymétriques. L’estomac européen tiendra-t-il vraiment pour une guerre commerciale ouverte avec son allié militaire principal ?

Les faiblesses d’une Europe à 27 – et le précédent chinois

L’histoire des ripostes commerciales européennes face aux États-Unis reste mitigée : beaucoup de déclarations fortes, peu d’actions durables. Divisions internes, veto déguisés, crainte des représailles sur l’énergie, la défense ou les chaînes d’approvisionnement : les eurosceptiques français y voient le symptôme classique d’une paralysie bruxelloise.

Il est frappant de noter que la France et l’UE n’ont pas hésité à agiter (et appliquer) des hausses de tarifs similaires récemment contre la Chine : depuis fin 2024, des droits antidumping et anti-subventions allant jusqu’à 35,3 % (plus les 10 % de base) frappent les véhicules électriques chinois, pour tenter de contrer les subventions d’État et le dumping. Ces mesures, toujours en vigueur en 2026 (avec des discussions sur un remplacement par des prix minimums pour éviter l’escalade), ont ralenti les importations pures mais pas stoppé l’adaptation chinoise (via hybrides ou usines locales).

Face à Pékin, l’UE a donc utilisé une stratégie et une réthorique protectionniste sans trop tergiverser. Face à Washington, le même outil anti-coercition risque de rester lettre morte ou de se transformer en nouveau compromis mou – d’autant plus que la vassalisation de l’Europe par les États-Unis, souvent évoquée dans les analyses géopolitiques, pourrait jouer un rôle. Cette idée, qui décrit l’UE comme économiquement et militairement dépendante (via l’OTAN, les accords commerciaux ou les chaînes d’approvisionnement), suggère que Bruxelles hésiterait à défier vraiment son « suzerain » américain, préférant des arrangements discrets qui préservent l’illusion de souveraineté. Parier sur ce mécanisme collectif, où Paris doit convaincre des capitales comme Budapest, Varsovie ou Dublin, semble risqué. Pour beaucoup, la souveraineté économique française mériterait une défense plus nationale ou via des alliances bilatérales pragmatiques, plutôt qu’un outil où le consensus l’emporte souvent sur l’efficacité.

Conséquences possibles pour les Français

Si les tarifs américains s’appliquent, les prix des produits high-tech US pourraient grimper, avec des perturbations sur les chaînes d’approvisionnement et un risque inflationniste. Une riposte européenne ciblée pourrait faire reculer Trump, mais si elle s’enlise dans les procédures, on risque une nouvelle illustration de l’impuissance collective. D’autres dirigeants (Giorgia Meloni qualifie la menace d’« erreur ») affichent leur solidarité, mais l’histoire incite à la prudence : les postures fermes se transforment parfois en « capitulation élégante ».

Cette crise autour du Groenland met en lumière les limites d’une Europe qui brandit des outils puissants mais rarement utilisés – ou utilisés sélectivement selon l’adversaire. L’annonce de l’entourage de Macron vise à montrer une réponse, mais son efficacité dépendra de la capacité réelle des Vingt-Sept à s’entendre et à frapper fort, sans céder à une dynamique de vassalisation qui mine la crédibilité européenne. Pour les Français attachés à leur souveraineté, la vraie question est simple : vaut-il mieux miser sur Bruxelles ou préparer une riposte plus autonome ? Les prochains jours diront si cet instrument anti-coercition devient un levier concret… ou reste une belle annonce de plus.

Sources

  • Le Parisien : « Le “bazooka” commercial de l’UE : Macron va demander l’activation » (18 janvier 2026)
  • Ouest-France : « Emmanuel Macron veut activer l’instrument anti-coercition de l’UE » (18 janvier 2026)
  • Midi Libre : « Groenland : Emmanuel Macron requiert l’activation de l’instrument anti-coercition de l’UE » (18 janvier 2026)
  • Les Echos : « Groenland : les Européens promettent une “réponse ferme” aux menaces douanières de Trump » (18 janvier 2026)
  • The Economist, New York Times, South China Morning Post : analyses sur les tarifs UE sur VE chinois (2024-2026)
  • Reuters, Bloomberg : contexte sur l’instrument anti-coercition et les précédents commerciaux (2025-2026)
  • Sources historiques : Proposed United States acquisition of Greenland (archives confirmées en 2026)