Alors que la situation est toujours chaotique à Gaza, le cessez-le-feu fragile instauré en octobre 2025 reste constamment violé. Le Hamas conserve le contrôle de la sécurité, des revenus fiscaux et des services publics dans plusieurs zones, tandis que des affrontements sporadiques persistent, que l’aide humanitaire demeure gravement entravée et que l’occupation partielle israélienne dans l’est du territoire, combinée à des sièges renforcés, entretient un climat d’instabilité permanente et de violations récurrentes du droit international humanitaire.
Les États-Unis et Israël ont lancé, le 28 février 2026, une campagne militaire conjointe de grande ampleur contre l’Iran
Les frappes aériennes et missiles ont visé Téhéran, des centres nucléaires, des installations de missiles balistiques, des bases de la Garde révolutionnaire (IRGC) et des sites de commandement. Washington et Tel-Aviv présentent ces opérations comme préventives, visant à neutraliser le programme nucléaire iranien et à affaiblir les capacités régionales du régime, malgré des évaluations des renseignements américains et israéliens indiquant que l’Iran n’a pas développé d’arme nucléaire active – par exemple, des rapports officiels américains confirment que Téhéran a suspendu son programme d’armes nucléaires en 2003 et n’en poursuit pas la construction, bien que des préoccupations subsistent sur son enrichissement d’uranium à des niveaux élevés et ses capacités potentielles. L’Iran a riposté par des salves massives de missiles et de drones contre Israël, des bases américaines dans le Golfe (Qatar, Koweït, Bahreïn, Émirats) et d’autres sites régionaux. Le bilan provisoire fait état de plusieurs centaines de morts et blessés côté iranien (militaires et civils), avec un risque immédiat d’élargissement (fermeture possible du détroit d’Ormuz, activation complète du « front de résistance »).
Après ces frappes sur l’Iran, Israël a intensifié massivement les bombardements dans le sud de Beyrouth et au Liban.
Dès les 2-5 mars 2026, l’armée israélienne a multiplié les frappes aériennes sur la banlieue sud de la capitale (Dahiyeh, bastion historique du Hezbollah), ainsi que sur d’autres zones du sud-Liban et de la Bekaa. Des ordres d’évacuation massifs ont été adressés à plus de 500 000 personnes. Ces opérations, officiellement destinées à démanteler les infrastructures et les commandements du Hezbollah (qui a activé son soutien militaire direct à l’Iran), ont provoqué au moins plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés selon les autorités libanaises, dans un contexte d’escalade régionale directe liée aux événements en Iran.
Réactions internationales
Russie
Condamnation sans équivoque d’un « acte d’agression armée pré-planifié et non provoqué contre un État souverain membre de l’ONU ». Moscou accuse Washington et Tel-Aviv de chercher un changement de régime sous couvert nucléaire et affirme n’avoir « aucune preuve crédible » d’un programme d’arme atomique iranien en cours. Le ministre Lavrov exige un cessez-le-feu immédiat et un retour exclusif à la diplomatie.
Chine
Pékin se déclare « fermement opposé » à toute frappe militaire unilatérale. Le ministre Wang Yi exige l’arrêt immédiat des hostilités et le respect de la souveraineté, de la sécurité et de l’intégrité territoriale de l’Iran. La Chine, principal partenaire économique de Téhéran, appelle à une reprise sans condition des négociations multilatérales.
France
Le président Macron a qualifié les frappes de « dangereuses pour la stabilité régionale et mondiale » et souligné qu’elles intervenaient « en dehors du cadre du droit international ». Paris, ni informée ni associée à l’opération, a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU. La France condamne les ripostes iraniennes indiscriminées mais insiste sur « l’arrêt immédiat des bombardements » et la reprise des négociations sur le nucléaire, les missiles et la déstabilisation régionale (déclaration conjointe E3 avec l’Allemagne et le Royaume-Uni).
Allemagne
Le chancelier Friedrich Merz a exprimé un soutien aux objectifs des frappes américano-israéliennes (fin du programme nucléaire iranien, fin du « jeu destructeur » du régime), tout en soulignant les risques d’escalade et en appelant à planifier le « jour d’après » en Iran. Berlin n’a pas participé aux frappes et refuse toute implication militaire directe pour l’instant, mais partage les préoccupations sur les activités nucléaires et balistiques de Téhéran. Dans la déclaration conjointe E3 (avec la France et le Royaume-Uni), l’Allemagne condamne les ripostes iraniennes indiscriminées contre des pays de la région et se dit prête à des actions défensives proportionnées si nécessaire. Merz a évité de commenter la légalité des frappes initiales, insistant sur le fait qu’il n’est pas temps de « donner des leçons » aux alliés.
Espagne
Le Premier ministre Pedro Sánchez a exprimé une opposition très ferme : « Non à la guerre ». Madrid qualifie les frappes d’« unilatérales, injustifiées et illégales », comparables à l’erreur stratégique de 2003 en Irak. L’Espagne a refusé l’utilisation de ses bases américaines (Rota et Morón) et exige une désescalade immédiate ainsi qu’un strict respect du droit international.
Italie
Le gouvernement Meloni adopte une ligne prudente : pas d’entrée en guerre, respect formel des accords sur les bases mais aucune implication directe. Le ministre de la Défense Crosetto a regretté que l’opération ait été lancée « sans que les alliés en soient informés », plaçant l’Europe devant le fait accompli. Rome exprime une forte inquiétude face à l’escalade et a activé des mesures de protection pour ses ressortissants et pour Chypre (déploiement de moyens anti-missiles).
Autres positions notables
- Union européenne (von der Leyen) : appel à la « retenue maximale de toutes les parties » et au respect du droit international.
- ONU (Guterres) : condamnation de l’escalade des deux côtés et rappel des obligations de la Charte.
- Pays du Golfe : condamnation des ripostes iraniennes sur leur territoire (violations de souveraineté).
- Canada et Australie : soutien explicite aux opérations américano-israéliennes.
- Plusieurs États européens (Grèce, Pays-Bas) ont renforcé leur défense aérienne à Chypre pour intercepter d’éventuels drones ou missiles.
Synthèse géopolitique
Cette séquence – frappes directes sur l’Iran suivies d’une intensification immédiate au Liban – marque une rupture stratégique majeure : passage d’un conflit par procuration à une confrontation ouverte impliquant puissances nucléaires et risques systémiques (prix de l’énergie, prolifération, migrations, fermeture du Golfe). La très grande majorité des acteurs internationaux (y compris parmi les alliés traditionnels des États-Unis) met l’accent sur l’illégalité des frappes préventives, les conséquences humanitaires imprévisibles et la nécessité urgente d’une désescalade et d’un retour au dialogue. Les soutiens explicites restent minoritaires. La situation reste extrêmement volatile au 6 mars 2026 ; toute nouvelle extension (opération terrestre au Liban, blocage d’Ormuz, implication directe d’autres acteurs) pourrait redessiner durablement l’équilibre régional et mondial.