Il y a une scène qui se répète en boucle dans plusieurs médias : Cnews, LCI, EUROPE 1, BFMTV…
On affirme que l’ancien premier ministre Dominique de Villepin est « un Mélenchon de droite. »
Pascal Praud et son invité Pierre Lelouche en rajoute même une couche, en affirmant que de Villepin est antisémite et que c’est un homme de droite qui pense comme un politicien de gauche.
Cette équation lui ouvrirait même toutes les portes des médias français, alors qu’il n’a plus aucun rôle en politique . Le consensus médiatique s’est formé vite et sans résistance : quand Dominique de Villepin parle de Gaza, du Liban, de la souveraineté française face à Washington, il serait sorti du cadre. Déviant. Inclassable. Dangereux, presque.

Le problème, c’est que c’est faux. Et documenté.

De Gaulle n’était pas Mélenchon. Mais il n’était pas non plus Ciotti.

Remettons les pendules à l’heure. La politique étrangère gaulliste repose sur trois piliers qui n’ont jamais varié : indépendance nationale, non-alignement, refus de la vassalité. Pas de bloc atlantique, pas de tutelle américaine, pas de chèque en blanc à aucune puissance étrangère, quelle qu’elle soit.

En 1967, après la Guerre des Six Jours, De Gaulle est le premier chef d’État occidental à critiquer publiquement Israël. Il parle d’un « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur. » La phrase fait scandale. Elle est pourtant cohérente avec une ligne : la France ne s’aligne pas. La France juge.

Ce n’est pas une posture de gauche. C’est une doctrine d’État.

Chirac : le dernier des Mohicans

Jacques Chirac est le dernier président français à avoir tenu cette ligne de façon assumée. En 2003, il dit non à la guerre en Irak. Dominique de Villepin, son ministre des Affaires étrangères, monte à la tribune de l’ONU et prononce l’un des discours les plus souverainistes de l’histoire diplomatique française récente. La salle applaudit. Washington fulmine.

À la même époque, Lionel Jospin, socialiste, donc supposément plus « à gauche » avait une position nettement plus prudente sur le conflit israélo-palestinien. En 2002, il qualifie les attaques du Hezbollah de « terroristes » lors d’une visite en Israël. La déclaration lui coûtera politiquement très cher au Proche-Orient. C’est le gaulliste Chirac qui était alors le moins aligné sur Israël. Pas le socialiste.

Retenez bien ce point. Il va servir.

Sarkozy : la rupture

Nicolas Sarkozy, c’est l’an zéro. La rupture ne se fait pas à la marge. Elle est totale, assumée, revendiquée.

Retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN en 2009, ce que De Gaulle avait précisément quitté en 1966 pour préserver l’autonomie stratégique française. Discours au Congrès américain où il déclare son amour pour les États-Unis avec une emphase qui ferait rougir un lobbyiste de Washington. Soutien inconditionnel à Israël érigé en marqueur identitaire de la droite française.

La droite française vient de changer d’ADN. En silence. Sans débat. Sans que les électeurs gaullistes ne réalisent ce qui vient de leur être subtilisé.

Hollande, Macron : la continuité du renoncement

François Hollande, puis Emmanuel Macron, ont simplement hérité de cette ligne et l’ont consolidée. Le « en même temps » macroniste sur la politique étrangère se traduit en pratique par un atlantisme de fond avec quelques nuances de façade. Sur Gaza, Macron a commencé par suggérer d’inclure Israël dans la coalition anti-Daesh, avant de reculer sous la pression, puis a validé des livraisons d’armes tout en appelant mollement à un cessez-le-feu.
La France a cependant reconnu l’Etat de Palestine durant son mandat (22 septembre 2025), ce qui permet d’adoucir légèrement les critiques sur sa politique extérieure.

Ce n’est pas du gaullisme. C’est du suivisme avec une mise en scène d’indépendance.

Le paradoxe qui devrait faire honte à la droite française

Voilà où nous en sommes. Et c’est là que ça devient cynique.

Sur les grandes questions de politique internationale : Gaza, le Liban, l’Iran, la Russie, la souveraineté face à l’OTAN qui tient aujourd’hui la position la plus proche de De Gaulle ?

Pas LR. Pas le RN. Pas Reconquête. Pas le parti macroniste.

La France Insoumise.

Prenons le temps de mesurer ce que cette phrase implique. LFI est aujourd’hui plus gaulliste que la droite française sur la politique étrangère. Non-alignement sur le conflit ukrainien, refus des livraisons d’armes, critique de l’OTAN, soutien à la cause palestinienne, opposition aux sanctions contre l’Iran : case après case, la grille gaulliste se remplit du côté de Mélenchon, pas du côté de Ciotti ou Le Pen.

Et puisqu’on parle de rigueur factuelle : aucun membre de LFI n’a à ce jour été condamné pour antisémitisme, en dépit d’une accusation martelée en boucle sur ces mêmes plateaux. En revanche, Éric Zemmour, dont la parole circule librement sur CNews, Europe 1 et LCI sans carton d’avertissement systématique a été condamné à plusieurs reprises par la justice française pour provocation à la haine raciale et religieuse.
Le rappel de ce casier judiciaire n’est visiblement pas un réflexe éditorial aussi pavlovien que l’étiquette « antisémite » collée à LFI.

Ce n’est pas un jugement politique. C’est de la Charte de Munich appliquée à la lettre.

De Villepin n’a pas bougé. C’est vous qui avez bougé.

Dominique de Villepin dit en 2026 ce qu’il disait en 2003 avec Chirac. Ce que de Gaulle disait en 1967 et qu’il avait théorisé comme doctrine d’État. Il n’a pas glissé vers la gauche. Il n’a pas été contaminé par le Mélenchonisme. Il est resté là où il était.

C’est LR, l’UDR, le RN et Reconquête qui ont traversé la pièce.

Et le comble absolu, c’est que les électeurs de droite qui se réclament de De Gaulle, qui ont son portrait dans leur salon, qui citent le 18 juin comme un acte fondateur, votent aujourd’hui pour les partis qui ont enterré sa doctrine étrangère. Sans s’en rendre compte. Sans que Praud, Lelouch ou leurs confrères ne les en informent.

Alors oui, posons la provocation jusqu’au bout : si de Villepin est un « Mélenchon de droite » parce qu’il reste fidèle à De Gaulle, alors Mélenchon est un Gaulliste de gauche. Ce n’est pas un compliment adressé à LFI. C’est le constat le plus accablant qui soit pour une droite française qui a oublié ce qu’elle était censée défendre.

Pascal Praud appelle ça de l’analyse politique.

De Gaulle, lui, aurait appelé ça de la capitulation et de la trahison.

MooN / SystemDEAL