Une entrée spectaculaire à Paris… pour mieux s’en retourner bredouilles
Le 8 janvier 2026, une centaine de tracteurs de la Coordination Rurale (CR) ont réussi l’exploit que beaucoup attendaient : forcer les barrages policiers, défiler sous la Tour Eiffel, passer devant l’Arc de Triomphe et arriver jusqu’aux grilles de l’Assemblée nationale. Un symbole fort, un cri de rage contre l’accord Mercosur, les normes européennes asphyxiantes, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et la mort lente de l’agriculture familiale.
Le lendemain matin, 9 janvier, Bertrand Venteau, président de la CR, publie un message triomphal… et appelle immédiatement ses troupes à rentrer chez elles. Fatigue, familles, fermes à gérer : les arguments sont compréhensibles. Mais le contraste est saisissant : on passe d’une intrusion historique dans la capitale à un « reposez-vous » en moins de 24 heures. Mission accomplie ? Pour qui ?
Bertrand Venteau : le « radical » aux connexions macronistes bien établies
Derrière l’image du paysan en colère se cache un parcours qui interpelle.
Bertrand Venteau n’est pas un inconnu des sphères du pouvoir :
- Ancien membre de la FNSEA, syndicat historique accusé depuis des décennies de compromission avec les gouvernements successifs ;
- Suppléant d’un candidat macroniste dissident aux législatives de 2022 dans la Haute-Vienne (Jean-Luc Bonnet) ;
- Frère aîné de Pierre Venteau, député LREM, ancien suppléant de Jean-Baptiste Djebbari et pur produit de la macronie.
Ces liens, documentés et publics, ne sont plus des ragots : ils sont assumés ou à peine démentis. Dès lors, la question se pose : un homme aussi connecté au camp présidentiel peut-il réellement incarner une opposition radicale au système qui étrangle les agriculteurs ?
Des miettes gouvernementales en guise de victoire : le classique de la désescalade contrôlée
Que demande Venteau au gouvernement après cette « sacrée aventure » ?
Un moratoire sur les contrôles administratifs, un doublement du fonds d’indemnisation pour la DNC, et le rappel du vote français (symbolique) contre le Mercosur.
Le gouvernement lâche quelques annonces rapides, quelques promesses de calendrier. Venteau déclare sur Europe 1 : « Les politiques ont tremblé ».
Mais ces concessions sont cosmétiques. Elles ne remettent en cause ni la PAC, ni les traités de libre-échange, ni les normes bruxelloises, ni surtout l’appartenance de la France à l’Union européenne.
En clair : on donne juste assez pour calmer la base, jamais assez pour changer le système.
La neutralisation parfaite : canaliser la rage sans jamais toucher aux racines du mal
Le rôle joué par Bertrand Venteau est d’une efficacité redoutable :
- Il laisse monter la colère, organise une action spectaculaire qui fait les gros titres.
- Il obtient quelques miettes médiatiques et gouvernementales.
- Il appelle à la dispersion avant que le mouvement ne devienne incontrôlable (blocage prolongé de Paris, grève générale agricole, convergence massive).
- La mobilisation retombe, la fatigue prend le dessus, les agriculteurs rentrent chez eux.
Résultat : la colère nationale est canalisée, exprimée, puis éteinte. Sans jamais que le débat sur la sortie de l’UE – seule issue structurelle pour retrouver une souveraineté agricole réelle – ne soit sérieusement posé.
Un schéma éternel : les faux opposants qui sauvent le système en le faisant trembler un peu
Ce mécanisme n’a rien de nouveau.
Il s’agit du grand classique des mouvements sociaux face à un pouvoir en difficulté : laisser émerger un « radical » suffisamment bruyant pour absorber la rage populaire, lui permettre d’obtenir quelques victoires symboliques, puis le faire sonner la retraite.
Le pouvoir gagne du temps, évite la crise majeure, et le « leader » conserve sa légitimité pour la prochaine vague. Pendant ce temps, les fermes continuent de fermer, les suicides paysans persistent, et les importations de viande et de céréales bas de gamme inondent le marché.
Agriculteurs, ne rentrez pas : la vraie bataille commence quand les tracteurs repartent
La mobilisation du 8 janvier n’était pas inutile. Elle a montré que la colère existe, qu’elle peut encore faire peur.
Mais tant qu’elle reste prisonnière de syndicats ou de leaders qui refusent de nommer le véritable adversaire – l’Union européenne et ses traités – elle sera vouée à l’échec.
Bertrand Venteau a peut-être fait trembler quelques ministres le temps d’un week-end. Il n’a pas fait trembler Bruxelles.
Et c’est là que se joue l’avenir : soit les agriculteurs continuent à se faire canaliser par des faux opposants, soit ils brisent le tabou et exigent ce que personne n’ose demander : la sortie de l’UE pour sauver ce qui reste de l’agriculture française.
Sources
- Post X de François Asselineau du 9 janvier 2026 dénonçant la « trahison » de Bertrand Venteau
- Message officiel de Bertrand Venteau appelant au retour des agriculteurs (Coordination Rurale, 9 janvier 2026)
- Couverture médiatique de la mobilisation du 8 janvier 2026 : France Inter, BFMTV, TF1 Info, Le Parisien, Le Monde, France Info, Europe 1
- Biographie et parcours politique de Bertrand Venteau (Wikipédia et presse locale 2025-2026)
- Liens familiaux : Pierre Venteau (député LREM), passé de Bertrand comme suppléant aux législatives 2022 (Haute-Vienne)
- Réactions et analyses sur X (comptes agriculteurs, souverainistes, patriotes – 9 janvier 2026)
🤬LA TRAHISON PRÉVUE DE BERTRAND VENTEAU A BIEN EU LIEU
— François Asselineau 🇫🇷 (@f_asselineau) January 9, 2026
▪️ex-FNSEA
▪️ex-suppléant d'un macroniste dissident aux législatives (87)
▪️frère du député macroniste Pierre Venteau
le Pdt de la C.R. a fait son "job" de faux opposant
1️⃣ NE JAMAIS PARLER DU FREXIT
2️⃣ NEUTRALISER LA COLÈRE https://t.co/5Wa1qxhZEE
Son frère était bien député macroniste, mais en 2022 Bertrand Venteau était candidat suppléant de Jean-Luc Bonnet, macroniste. L'info apparaissait sur sa page Wikipedia jusqu'au mois dernier (étonnant), mais la presse locale se souvient, comme ici. Ça ferait beaucoup d'erreurs,… pic.twitter.com/VD5NlHcytA
— Tatiana Ventôse 🇫🇷🏹✨ (@TatianaVentose) January 9, 2026