La question n’est plus taboue. Elle est même désormais posée frontalement par les protagonistes eux-mêmes. Depuis les manifestations iraniennes de janvier 2026, une hypothèse longtemps cantonnée aux marges du débat public s’impose dans les analyses géopolitiques : l’existence d’une implication opérationnelle israélienne, via le , dans l’exacerbation des violences. Les preuves irréfutables manquent (c’est la règle dans le renseignement) mais les indices, déclarations et aveux indirects s’accumulent au point de rendre cette piste difficile à balayer d’un revers de main.
Fin décembre 2025, un événement inédit marque une rupture. Le compte officiel du Mossad publie en persan un message adressé aux Iraniens : « Sortez dans les rues ensemble. Le moment est venu. Nous sommes avec vous. Pas seulement de loin et verbalement. Nous sommes aussi avec vous sur le terrain. » Une telle formulation dépasse le simple soutien moral. Elle constitue une admission publique rarissime d’une présence active, assumée, au cœur d’un pays ennemi. Peu de services de renseignement se permettent ce type de communication sans calcul stratégique précis.
Dans la foulée, Amichai Eliyahu, ministre israélien du Patrimoine issu de l’extrême droite, déclare sur les ondes qu’Israël a déjà mené des opérations en Iran lors des affrontements directs de 2025 et que cette capacité n’a jamais disparu. Sur les plateaux de i24News, le journaliste Zvi Yehezkeli va plus loin : selon lui, le niveau de professionnalisation des émeutes – logistique, images, coordination numérique – ne correspond pas à un mouvement spontané. « Rien n’est entièrement naturel », affirme-t-il, suggérant une guidance étrangère.
Même aux États-Unis, certains propos laissent peu de place au doute. Mike Pompeo, ancien secrétaire d’État et proche de , adresse ses vœux « aux Iraniens dans la rue… et aux agents du Mossad qui marchent à leurs côtés ». Une phrase lourde de sens, jamais démentie, qui confirme au minimum une volonté politique d’encourager une déstabilisation interne de l’Iran.
Du côté de Téhéran, la réaction est sans surprise mais structurée. Le Guide suprême Ali Khamenei et les Gardiens de la Révolution dénoncent un plan conjoint israélo-américain visant à transformer une contestation sociale en chaos sécuritaire. Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi parle ouvertement d’agents israéliens opérant aux côtés de groupes violents, et non de simples manifestants.
Les autorités iraniennes affirment avoir arrêté plusieurs agents liés au Mossad : un à Téhéran, d’autres accusés d’avoir fourni explosifs, cocktails Molotov et fonds via des circuits européens, notamment allemands. Une femme interpellée à Neyshabur aurait reconnu avoir reçu des instructions pour organiser des troubles. Un espion condamné pour transmission d’informations sensibles à Israël a été exécuté. Ces éléments, bien que provenant d’un régime autoritaire, s’inscrivent dans une logique cohérente avec la longue « guerre de l’ombre » menée par Israël contre l’Iran : assassinats ciblés de scientifiques, sabotages industriels, cyberattaques comme Stuxnet, frappes clandestines et infiltrations répétées.
Les images diffusées sur les réseaux sociaux accentuent les soupçons. Des vidéos montrent des incendies coordonnés de banques, de mosquées, de bâtiments publics, ainsi que des tirs sur des manifestants et forces de l’ordre. Une séquence officielle israélienne présentant des « policiers iraniens » arborant des inscriptions en hébreu a même circulé avant d’être discrètement retirée, nourrissant un malaise évident.
Pour autant, réduire ces événements à une pure manipulation étrangère serait intellectuellement malhonnête. L’Iran traverse une crise économique profonde, minée par les sanctions, la corruption et les fractures sociales. Le mécontentement est réel, massif, ancien. La question n’est donc pas de savoir si une colère populaire existe, mais si celle-ci a été instrumentalisée. Et sur ce point, la convergence d’indices est troublante : Israël ne crée pas la révolte, il l’exploite.
En capitalisant sur les troubles, Tel-Aviv poursuit un objectif stratégique constant : affaiblir un adversaire régional majeur sans déclencher une guerre frontale. Après les frappes de 2025 et l’échec des pressions nucléaires, la déstabilisation interne devient une arme à part entière. Dans ce contexte, les déclarations occidentales appelant l’Iran à la « retenue » apparaissent moins comme des appels à la paix que comme une couverture politique pour des opérations discrètes.
Il n’existe pas, à ce jour, de « smoking gun » public. Mais l’addition des déclarations israéliennes, des arrestations iraniennes, des précédents historiques et du contexte géopolitique rend l’hypothèse d’une implication du Mossad tout sauf fantasque.
La vraie question reste ouverte : jusqu’où peut aller cette guerre clandestine sans faire basculer la région dans un affrontement ouvert ? Et surtout, combien de révoltes populaires, légitimes à l’origine, continueront d’être instrumentalisées au nom d’intérêts géopolitiques qui les dépassent ?