Illustrattion réalisée par Contre7
Ils se pavanent en gardiens de la raison, brandissant leurs étiquettes comme des matraques : « complotiste », « antisémite », « pro-russe ». Les croisés de l’anticomplotisme traquent les dissidents avec une ferveur de Torquemada, convaincus de purger le monde d’une hydre invisible. Mais leur chasse n’a rien de scientifique : c’est une vendetta idéologique, où refuser un vaccin fait de vous un antivax, critiquer l’Ukraine un pion du Kremlin, et dénoncer Israël un nazi. Ces verdicts expéditifs écrasent les nuances, protègent les puissants, et laissent des extrémistes en roue libre tant qu’ils chantent l’hymne du bon camp. Bienvenue dans les dérives sectaires de l’anticomplotisme, où voir des complotistes partout devient un complotisme grimé, et où la vérité est la première victime d’un dogme qui empeste.
Une traque sans nuance
L’anticomplotisme se drape dans la rigueur, mais c’est un mirage. Prenez Conspiracy Watch, fer de lance du genre : en 2022, ils dégainent une carte du web conspirationniste francophone, un graphique où 126 sites sont triés en « sphères » – antisémitisme, « Grand remplacement », pro-Kremlin. Ça claque, ça impressionne, mais c’est du vent. Ces « sphères » ne sont pas des faits : ce sont des jugements, des choix qui désignent les méchants et exonèrent les autres.
CW n’est qu’un symptôme d’un mal plus vaste. L’anticomplotisme, partout, fonctionne ainsi : il vous colle une étiquette et jette la clé. Refusez la vaccination anti-Covid, par méfiance envers des labos aux profits obscènes ou des autorisations bâclées (Village Justice, 2021) ? Vous êtes « antivax », un danger public, même si vous croyez en la science. Pointez la corruption en Ukraine, où des milliards d’aide s’égarent dans des poches troubles (Rapport UE, 2020) ? Vous voilà « pro-Kremlin », un traître, même si vous condamnez l’invasion. Critiquez la politique d’Israël, responsable de milliers de morts à Gaza (Humanrights.ch, 2024) ? Antisémite, sans débat, comme si un État était intouchable. Ces amalgames n’éclairent rien : ils excommunient.
Un point de vue, pas une vérité
L’anticomplotisme se vend comme une science, mais c’est une arnaque. Ses diagnostics sont des biais idéologiques, pas des vérités absolues. Dire non au vaccin pendant la pandémie pouvait être un choix réfléchi, nourri par des scandales pharmaceutiques ou des effets secondaires mal connus (Le Monde, 2021). Critiquer l’Ukraine, où la corruption est un secret de polichinelle, n’a rien d’une ode à Poutine. Remettre en cause Israël, pour ses actions et non pour ce qu’il représente, n’est pas de la haine religieuse. Pourtant, l’anticomplotisme transforme ces nuances en crimes : un doute devient « antivax », une analyse « pro-russe », une critique « antisémite ». Ce n’est pas une quête de vérité : c’est une chasse aux sorcières.
Cette manie sert un agenda : un prisme pro-occidental qui trie les extrémismes à sa guise. Les islamophobes anti-israéliens, comme ripostelaique.com, sont cloués au pilori par CW pour leur rhétorique complotiste. Mais les autres ? Ceux qui alignent leur discours sur l’Occident et ses totems passent à travers.
Les extrémismes qu’on ne voit pas
L’anticomplotisme n’est pas neutre : il choisit ses cibles. Les pro-israéliens extrémistes, par exemple, glissent sous le radar. Damien Rieu crache sur l’islam tout en glorifiant Israël ; David Antonelli appelle à la « vengeance » contre Gaza (Corse Net Infos, 2023) ; Nili Kupfer-Naouri rêve d’une « souveraineté juive » sur le territoire (L’Insoumission, 2024) ; Rachel Khan relaie une propagande pro-israélienne (Blogs.mediapart.fr, 2024) ; Élisabeth Lévy mêle éditos anti-islam et soutien à Tel-Aviv ; Gilles-William Goldnadel traque l’antisémitisme tout en flirtant avec l’islamophobie ; Meyer Habib, député, défend Israël bec et ongles. Tous intouchables. Pourquoi ? Leur discours cadre avec un ordre idéologique où l’Occident et Israël sont sacrés.
Les lobbys financiers ? Aucun vigile, CW inclus, n’ose scruter BlackRock ou Goldman Sachs, dont l’influence alimente des soupçons – pas tous fous – sur l’économie globale. Les figures pro-occidentales ? Bernard-Henri Lévy, apôtre des guerres « humanitaires », n’a jamais droit à un froncement de sourcil. Le passé de certains, comme Rudy Reichstadt de CW, rédacteur dans les années 2000 d’une revue pro-israélienne et atlantiste (Le Meilleur des Mondes), n’est qu’un indice parmi d’autres de cette proximité avec un agenda qui absout les « bons » extrémismes. Comparez cela à la chasse aux « pro-russes » ou aux « antisémites » : un tweet sur l’Ukraine, et vous êtes un agent de Moscou ; une critique d’Israël, et vous voilà un monstre. Ce deux-poids-deux-mesures trahit un système où les puissants sont protégés, et les dissidents sacrifiés.
Un complotisme grimé
Le comble ? En traquant les complotistes, l’anticomplotisme devient ce qu’il dénonce : un complotisme à l’envers. Il imagine des réseaux maléfiques là où il n’y a que des doutes. Un refus vaccinal n’est pas un assaut contre la science : c’est un choix. Une critique de l’Ukraine n’est pas un chèque à Poutine : c’est une observation. Une condamnation d’Israël n’est pas de la haine : c’est une analyse. Mais l’anticomplotisme, aveuglé par son zèle, voit des « hydres » partout, transformant chaque voix divergente en menace. Cette paranoïa binaire – « vertueux » contre « complotistes » – imite les délires qu’il moque. Ils ne cherchent pas la vérité : ils la décrètent.
Le dogme des étiqueteurs
Et puis il y a leur arme fatale : les « dérives sectaires ». L’anticomplotisme brandit ce terme comme un gourdin, transformant des idées en cultes, des désaccords en crimes. Un blog douteux ? Une secte. Un tweet maladroit ? Un gourou. CW, par exemple, taxe des critiques ou des retweets de « troublants » sans prouver l’ombre d’un culte (X, 2025). Depuis quand une opinion fait-elle une secte ? Ces inquisiteurs déguisés en savants ne débattent pas : ils condamnent, cloisonnant le monde entre « complotistes » et « raisonnables ». Ce n’est pas une science : c’est un dogme, avec ses saints, ses hérétiques, et ses indulgences pour les bien-pensants.
Refuser les étiquettes
L’anticomplotisme n’est pas un rempart contre le chaos : c’est un rouleau compresseur qui aplatit les nuances. On peut douter d’un vaccin sans être un charlatan. On peut critiquer l’Ukraine sans rouler pour Moscou. On peut condamner Israël sans haïr les Juifs. Ces vérités, l’anticomplotisme les étouffe pour imposer un ordre où les puissants – financiers, pro-occidentaux, pro-israéliens – restent intouchables, et les dissidents des parias. Si ce dogme veut un jour mériter son badge de « gardien de la raison », il devra regarder ses œillères en face et laisser respirer le débat. Sinon, il restera un sectarisme qui voit des complots partout, sauf dans son propre miroir. À nous de briser ses étiquettes, et de penser librement.