Global Peace Index 2026 : la France s’effondre à la 99e place mondiale

Par Nicolas Philippe Granget – le 13/07/2026

La France serait désormais le pays le moins « pacifique » d’Europe occidentale et centrale. C’est la conclusion particulièrement sévère du Global Peace Index 2026, publié par l’Institute for Economics & Peace.

Avec un score de 2,083, la France se retrouve cette année à la 99e place sur 163 pays et territoires étudiés. Elle occupe également la dernière place parmi les 33 États classés dans la région « Europe occidentale et centrale ». Le rapport indique que la France a encore perdu en « pacificité » au cours de la dernière année et qu’elle demeure le pays le plus militarisé de cette région.

Le déclassement est spectaculaire. Mais avant d’affirmer que la France serait devenue l’un des pays les plus dangereux du monde, il faut comprendre ce que ce classement mesure réellement.

Le Global Peace Index n’est pas un simple palmarès de la sécurité quotidienne. Il mélange la criminalité, les tensions politiques, les manifestations violentes, le terrorisme, les conflits extérieurs, les dépenses militaires, les exportations d’armes, le nombre de policiers, la population carcérale et le sentiment d’insécurité.

Il ne répond donc pas seulement à la question : « Est-il dangereux de vivre dans ce pays ? » Il tente plutôt de déterminer si un État et sa société correspondent à une certaine conception de la paix.

De la 65e à la 99e place en quatre ans

La comparaison avec les éditions précédentes montre une nette dégradation de la position française :

Édition du rapport

Rang mondial de la France

Score publié

2022

65e ex æquo

1,895

2023

67e

1,939

2024

86e

2,088

2025

74e

1,967

2026

99e

2,083

En 2022, la France occupait encore la 65e place mondiale, avec une note de 1,895. En 2023, elle était passée à la 67e place, avec un score de 1,939. Elle a ensuite connu une chute brutale en 2024, atteignant la 86e place avec un score de 2,088.

Dans l’édition 2025, la France était remontée à la 74e place, avec un score publié de 1,967. Elle se trouvait toutefois déjà au dernier rang de l’Europe occidentale et centrale. Le rapport mettait alors en avant sa militarisation, la dissolution de l’Assemblée nationale, l’absence de majorité parlementaire, la chute du gouvernement Barnier, l’endettement et l’incertitude politique.

En 2026, la France tombe à la 99e place mondiale. Cela représente une perte de 25 places en une seule édition, de 34 places par rapport à 2022 et de 32 places par rapport à 2023.

Sur la période 2022-2026, aucun doute n’est donc permis sur le mouvement général : dans la grille de lecture du Global Peace Index, la France se dégrade fortement.

Pourquoi les scores paraissent-ils parfois incohérents ?

La chronologie révèle néanmoins une anomalie apparente.

Le score publié en 2025 était de 1,967. Celui de 2026 est de 2,083. Pris littéralement, cela représenterait une dégradation d’environ 5,9 %.

Pourtant, le tableau régional du rapport 2026 n’indique qu’une détérioration annuelle de 0,010 point pour la France.

Cette différence s’explique probablement par les révisions méthodologiques et statistiques effectuées entre deux éditions. L’Institut met à jour les données historiques lorsque de nouvelles informations deviennent disponibles, modifie certaines estimations et peut recalculer les valeurs de l’année précédente afin de produire une comparaison annuelle homogène.

Il faut donc distinguer deux choses :

  • le score imprimé dans chaque rapport au moment de sa publication ;
  • la série historique recalculée utilisée dans le rapport le plus récent.

Les rangs et scores publiés dans les différentes éditions permettent de retracer la perception générale de la France, mais ils ne constituent pas nécessairement une série parfaitement identique sur le plan statistique.

La chute de 25 places entre les éditions 2025 et 2026 est réelle dans les classements publiés. Elle ne signifie cependant pas automatiquement que la situation française se serait brutalement détériorée dans les mêmes proportions en douze mois.

Le rang dépend aussi de l’évolution des 162 autres pays. Une faible variation de score peut entraîner une perte importante de places lorsque plusieurs États se trouvent regroupés dans une zone très resserrée du classement.

Pourquoi la France est-elle aussi mal placée ?

La mauvaise position française ne repose pas sur un seul élément.

Le rapport 2026 relève d’abord une détérioration du domaine consacré à la sécurité et à la sûreté de la société. Il prend notamment en considération la criminalité violente, le sentiment d’insécurité, le terrorisme, l’instabilité politique et les manifestations violentes.

Selon les données mobilisées par les auteurs, plus d’un Français sur quatre déclarerait ne pas se sentir en sécurité lorsqu’il marche seul la nuit. Près d’une personne interrogée sur dix déclarerait également avoir subi un acte violent au cours de l’année précédente.

Ces résultats ne prouvent pas que la France serait devenue un territoire en guerre. Ils montrent toutefois qu’une partie importante de la population exprime une inquiétude réelle concernant sa sécurité.

Le rapport mentionne également les mouvements sociaux, les manifestations ayant dégénéré, les affrontements avec les forces de l’ordre et les arrestations liées aux mobilisations de septembre 2025.

La France est ensuite pénalisée par son instabilité politique : absence de majorité parlementaire stable, successions gouvernementales, défiance envers les institutions, tensions budgétaires et difficultés à dégager une direction politique durable.

Enfin, elle est lourdement sanctionnée par son statut de puissance militaire.

Une puissance militaire considérée comme moins « pacifique »

Le Global Peace Index ne mesure pas seulement les violences commises sur le territoire. Il pénalise également les États possédant des forces armées importantes, une industrie de défense développée ou une implication militaire extérieure.

La France dispose de l’arme nucléaire, d’une armée professionnelle, d’une industrie militaire puissante, de capacités de projection, de bases à l’étranger et d’un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.

Elle figure aussi parmi les principaux exportateurs mondiaux d’armement. Le rapport 2025 soulignait que la France appartenait aux dix plus grands exportateurs d’armes par habitant et aux cinq pays concentrant l’essentiel des exportations mondiales d’armement.

Dans la logique de l’indice, ces capacités dégradent mécaniquement son score.

Un petit pays sans armée permanente, ne produisant pas d’armes et n’intervenant dans aucun conflit part donc avec un avantage considérable sur une puissance nucléaire assumant des engagements internationaux.

Cette approche peut se défendre : plus les États s’arment, plus le risque de guerre et le coût potentiel de la violence augmentent.

Mais elle repose sur un choix politique discutable. Une autre lecture consisterait à considérer qu’une armée puissante, une capacité de dissuasion et des alliances solides peuvent empêcher une agression et préserver la paix.

Le Global Peace Index retient principalement la première conception.

Comment le classement est-il calculé ?

Le Global Peace Index analyse 163 États et territoires, représentant environ 99,7 % de la population mondiale. Il repose sur 23 indicateurs qualitatifs et quantitatifs, répartis en trois grands domaines :

  • les conflits internes et internationaux en cours ;
  • la sûreté et la sécurité au sein de la société ;
  • la militarisation.

La sécurité intérieure pèse notamment le taux d’homicide, la criminalité violente, la perception de la criminalité, le terrorisme, les manifestations violentes, l’instabilité politique, le nombre de détenus, le nombre de policiers, la facilité d’accès aux armes et la proportion de personnes déplacées.

Le domaine militaire étudie les dépenses de défense rapportées au produit intérieur brut, les effectifs des forces armées, les importations et exportations d’armes lourdes, les capacités nucléaires et la participation aux opérations de maintien de la paix.

Les indicateurs reçoivent généralement une note comprise entre 1 et 5. Plus la note est élevée, plus le pays est considéré comme éloigné de la paix.

Le score final accorde un poids plus important à la paix intérieure qu’à la paix extérieure. La dimension intérieure représente environ 60 % du résultat, contre 40 % pour la dimension extérieure.

Le résultat n’est donc pas une simple addition de données brutes. Il dépend également du choix des indicateurs, de leur transformation en notes et des coefficients qui leur sont attribués.

Des sources sérieuses, mais inégales

Le rapport s’appuie sur des organismes reconnus.

Les données relatives aux conflits et aux décès liés aux combats proviennent notamment de l’Uppsala Conflict Data Program. Les informations sur les réfugiés sont issues du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et de l’Internal Displacement Monitoring Centre.

Les homicides et certains chiffres concernant la police ou la population carcérale sont principalement tirés des données de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime.

Les importations et exportations d’armes s’appuient notamment sur les travaux du Stockholm International Peace Research Institute. Les dépenses et capacités militaires sont documentées à partir de plusieurs bases spécialisées.

Les données relatives au sentiment de sécurité proviennent notamment du Gallup World Poll, tandis que les manifestations et événements violents peuvent être documentés à partir de l’Armed Conflict Location and Event Data Project.

Le classement possède donc une véritable base documentaire. Il ne s’agit pas d’un simple sondage d’opinion ou d’un palmarès improvisé.

Mais toutes les données ne se valent pas.

Certaines proviennent de statistiques publiques relativement précises. D’autres reposent sur des enquêtes d’opinion, des estimations ou des appréciations qualitatives réalisées par des analystes.

Les données nationales ne sont pas toujours établies selon les mêmes définitions. Les périodes de référence peuvent varier. Certains pays recensent et publient davantage leurs violences que d’autres. Lorsqu’une information manque, elle peut être estimée à partir de sources voisines ou d’une analyse d’experts.

Le rôle de l’Economist Intelligence Unit

Une partie des évaluations qualitatives est produite avec l’aide de l’Economist Intelligence Unit, l’organisme d’analyse économique et politique appartenant au groupe britannique qui publie également le magazine The Economist.

Ses analystes attribuent notamment des notes concernant l’instabilité politique, les relations avec les pays voisins ou l’intensité de certains conflits.

Ces appréciations sont contrôlées et discutées avec le comité d’experts du Global Peace Index. Elles permettent de comparer des pays pour lesquels il n’existe pas toujours de statistiques homogènes.

Mais elles introduisent nécessairement une part de subjectivité.

Déterminer le nombre d’homicides enregistrés est un exercice statistique. Décider si l’instabilité politique d’un pays mérite une note de 2, 3 ou 4 relève aussi d’une interprétation.

La pondération des indicateurs constitue elle-même un choix normatif. Le nombre de policiers, le taux d’incarcération, le budget militaire ou les exportations d’armes ne sont pas nécessairement des mesures directes de la violence subie par la population.

Le paradoxe de la transparence

Le classement peut également désavantager les États qui documentent le mieux leurs propres difficultés.

Une démocratie disposant d’une presse libre, de chercheurs indépendants, de statistiques publiques et d’associations actives produit une quantité importante d’informations sur les violences, les manifestations, les tensions politiques ou les abus des autorités.

À l’inverse, un régime opaque peut interdire les manifestations, limiter le travail des journalistes et publier peu de statistiques fiables.

L’absence de données ne signifie pourtant pas l’absence de violence.

Le Global Peace Index tente de corriger ces lacunes grâce à des estimations et à l’expertise régionale. Il ne peut cependant pas éliminer totalement cette différence de transparence entre les pays.

Une société dans laquelle les tensions sont visibles peut ainsi paraître plus instable qu’une société dans laquelle elles sont étouffées.

Une idéologie derrière le classement ?

Il n’existe pas d’élément permettant d’affirmer que le Global Peace Index serait conçu pour favoriser un parti politique ou pour nuire spécifiquement à la France.

L’Institute for Economics & Peace se présente comme une organisation indépendante et non partisane. Ses rapports détaillent leur méthodologie, leurs indicateurs et leurs principales sources.

Mais l’absence d’affiliation partisane ne signifie pas l’absence de vision politique.

Le rapport repose sur une philosophie pacifiste, institutionnelle et internationaliste. Il valorise la démilitarisation, la coopération internationale, le multilatéralisme, la stabilité politique, la réduction des dépenses militaires et la limitation des exportations d’armes.

Il considère principalement la paix comme l’absence de violence ou de peur de la violence. Il développe également la notion de « paix positive », fondée sur les institutions, les comportements sociaux et les structures économiques supposés permettre à une société de demeurer pacifique.

Ce cadre n’est pas neutre.

Considérer qu’une augmentation des capacités militaires éloigne automatiquement un pays de la paix constitue une orientation intellectuelle. Considérer qu’un nombre élevé de policiers ou de détenus doit dégrader le score en constitue une autre.

Ces choix peuvent être argumentés. Ils ne doivent simplement pas être confondus avec des lois scientifiques incontestables.

Un classement qui mélange des réalités très différentes

La principale faiblesse du Global Peace Index tient à son ambition : résumer la paix d’un pays par un seul nombre.

Le taux d’homicide, la peur de marcher seul la nuit, une manifestation violente, une crise parlementaire, une exportation d’avions de combat et la possession de l’arme nucléaire sont réunis dans le même indicateur général.

Ces phénomènes ont pourtant des causes, des conséquences et des significations très différentes.

Pour un citoyen, la sécurité quotidienne dépend d’abord des agressions, des cambriolages, des violences sexuelles, des homicides et de l’efficacité de la police et de la justice.

Or, un pays peut être relativement sûr pour ses habitants tout en étant fortement militarisé. À l’inverse, il peut disposer d’une armée limitée tout en connaissant une importante criminalité intérieure.

Le rang global ne permet pas toujours de distinguer ces situations.

Pour juger précisément la sécurité vécue en France, il faudrait isoler le domaine « sûreté et sécurité », puis examiner chaque indicateur séparément au lieu de se contenter de la 99e place générale.

La chute française ne peut toutefois pas être balayée

Les limites méthodologiques du classement ne doivent pas servir de prétexte pour nier la situation française.

La France connaît une forte défiance envers les institutions, des tensions sociales récurrentes, des violences urbaines, une menace terroriste persistante et un sentiment d’insécurité exprimé par une part importante de la population.

Son déclassement ne résulte pas seulement de son armée ou de ses exportations d’armes.

Le rapport constate également une fragilisation de la sécurité intérieure et de la stabilité politique. Il rejoint en cela de nombreux signaux déjà visibles dans les statistiques nationales, les enquêtes d’opinion et l’expérience quotidienne d’une partie de la population.

En quatre éditions, la France est passée de la 65e à la 99e place mondiale. Même en tenant compte des révisions statistiques, des modifications de scores et de l’évolution des autres pays, le mouvement est suffisamment important pour constituer une alerte.

Ni vérité absolue, ni classement à jeter

Le Global Peace Index est un outil sérieux, documenté et transparent sur ses grandes orientations. Il mobilise des bases de données reconnues et permet de suivre de nombreuses évolutions internationales.

Mais il ne doit pas être présenté comme un verdict scientifique définitif sur la sécurité ou la qualité de vie dans chaque pays.

La 99e place française ne signifie pas que la France serait nécessairement le 99e pays le plus dangereux pour ses habitants. Elle signifie qu’en combinant 23 indicateurs selon une définition particulière de la paix, la France obtient le 99e résultat mondial en 2026.

La nuance est essentielle.

La puissance militaire française, ses exportations d’armes et ses engagements internationaux pèsent lourd dans ce résultat. Mais la dégradation du sentiment de sécurité, les violences internes, la conflictualité sociale et l’instabilité politique jouent également un rôle.

La bonne attitude ne consiste donc ni à sacraliser ce classement, ni à le rejeter parce qu’il dérange.

Il faut en comprendre les présupposés, séparer les différentes catégories et examiner ce que les chiffres révèlent réellement : dans la grille de lecture du Global Peace Index, la France se dégrade depuis plusieurs années et atteint en 2026 sa plus mauvaise position récente.

Le classement est discutable. Le signal, lui, mérite d’être pris au sérieux.