Illustration réalisée par Contre7
Alors que la France s’apprête à voter une loi sur “l’aide à mourir”, il est essentiel de tirer les leçons de l’expérience des pays ayant déjà légalisé l’euthanasie ou le suicide assisté. Loin d’être des modèles rassurants, le Canada, la Belgique, les Pays-Bas et la Suisse montrent que ces pratiques peuvent rapidement déraper, en s’éloignant du cadre initial strictement médical. Voici un tour d’horizon critique, chiffré et sourcé, des dérives observées.
Canada : l’euthanasie au nom de la souffrance sociale
Depuis la loi C-14 de 2016, le Canada a légalisé l’aide médicale à mourir (AMM). Initialement réservée aux malades en phase terminale, la pratique a été élargie en 2021 avec la loi C-7 pour inclure les personnes dont la mort naturelle n’est pas raisonnablement prévisible.
Cette extension a entraîné des cas controversés : des personnes handicapées, des patients dépressifs, voire des personnes en grande précarité ont demandé, et obtenu, le droit d’être euthanasiées. Le rapport officiel de Santé Canada indique que 15 343 personnes ont reçu l’AMM en 2023, soit 4,7 % de l’ensemble des décès du pays. Plusieurs affaires ont choqué l’opinion : une femme atteinte de fibromyalgie ayant préféré mourir plutôt que de continuer à vivre sans logement stable, ou encore des vétérans blessés de guerre à qui l’on aurait proposé l’AMM au lieu d’un accompagnement psychologique. Ces exemples soulèvent une question glaçante : l’euthanasie devient-elle une solution face à l’échec des politiques sociales ?
Belgique : euthanasier la souffrance mentale
La Belgique a été le deuxième pays au monde à légaliser l’euthanasie, en 2002. Mais depuis, la loi s’est progressivement étendue, au point de permettre l’euthanasie de personnes souffrant de troubles psychiatriques, et même de mineurs. En 2024, la Commission fédérale de contrôle a enregistré 3 991 euthanasies, soit 3,6 % des décès du pays. Parmi elles, de nombreux cas concernaient des patients souffrant de dépression chronique ou de troubles de la personnalité. L’affaire Tine Nys reste emblématique : cette femme de 38 ans a été euthanasiée en 2010 pour souffrances psychiques, quelques semaines après un diagnostic d’autisme. Le procès intenté par sa famille a mis en lumière les carences du système de contrôle. Plus récemment, Geneviève Lhermitte, condamnée pour le meurtre de ses cinq enfants, a été euthanasiée en 2023, 16 ans après les faits. Ces exemples montrent que la frontière entre souffrance morale et médicale est de plus en plus floue, et que le droit à mourir peut devenir un substitut au soin psychique ou à la responsabilité morale.
Pays-Bas : un modèle de glissement lent mais profond
Aux Pays-Bas, l’euthanasie est légale depuis 2002. En 2024, 9 958 cas ont été enregistrés, soit 5,8 % de tous les décès. Le pays autorise également l’euthanasie pour souffrance psychique et, depuis peu, s’interroge sur l’abaissement de l’âge minimum pour les enfants malades. Des euthanasies « en duo » sont même devenues une réalité : 54 couples ont choisi de mourir ensemble en 2024. Ce glissement vers une euthanasie de confort, voire de convenance, fait craindre que le principe de « souffrance insupportable » soit dévoyé. L’éthique personnelle du médecin devient le seul garde-fou, ce qui pose la question de la standardisation de la mort comme option banale.
Suisse : la mort en libre-service
La Suisse, bien qu’elle n’ait jamais légalisé l’euthanasie active, autorise depuis 1942 le suicide assisté. Contrairement aux pays précédents, il n’y a pas besoin d’être médecin pour accompagner un patient, tant que l’acte est motivé par des raisons altruistes. Cela a donné naissance à des associations comme Dignitas ou Exit, qui organisent chaque année des centaines de suicides, y compris pour des ressortissants étrangers. On parle alors de « tourisme de la mort ». En 2023, Exit Suisse alémanique a assisté près de 1 500 personnes, dont une proportion croissante n’était pas en fin de vie mais simplement fatiguée de vivre. L’accompagnement psychologique préalable est souvent superficiel, ce qui a suscité des critiques même au sein du corps médical helvétique. La banalisation du suicide assisté, à moindres frais et sans contrôle strict, transforme une société en guichet de départs prématurés.
Pour conclure : le modèle existant ne ne rassure pas
Tous ces exemples montrent que là où l’euthanasie est légale, la pente glissante est réelle. Ce qui commence comme un encadrement strict finit par devenir une pratique de plus en plus large, parfois même hors du champ médical pur. Le danger, c’est la normalisation de la mort choisie comme substitut à la solidarité, au soin, à la prévention. La France peut-elle ignorer ces signaux ? Le futur projet de loi doit être jugé non pas sur ses intentions, mais à la lumière de ce que d’autres pays ont vécu.
Parce qu’une fois la boîte de Pandore ouverte, il est très difficile de revenir en arrière.








