Jack Lang, celui qui aime les jeunes marocains,  a toujours excellé dans l’art de bâtir sa propre légende. L’ancien ministre de la Culture aime rappeler la multitude des projets qu’il a portés, et ses proches avaient même monté, en 2018, une association destinée à graver son héritage politique et culturel dans le marbre. Association dirigé par Richard Descoings, le directeur de Sciences Po retrouvé mort  a 53 ans dans des conditions suspectes dans un hotel a New York apres avoir passé un bon moment avec deux escort boy…Objectif affiché : produire un documentaire à sa gloire, retraçant sa jeunesse, son ascension, ses combats et sa carrière politique.

Mais ce projet de film a vite pris une odeur de soufre. Car parmi les généreux mécènes qui l’ont financé figurait Jeffrey Epstein. Le milliardaire américain, connu pour son train de vie extravagant et condamné pour trafic sexuel de mineures, avait versé près de 58 000 dollars à l’association. Un don unique en France, qui a suffi à jeter une ombre sur toute l’opération.

Autour d’Epstein, on retrouvait pourtant d’autres soutiens prestigieux : la Fondation Bettencourt Schueller, la Fondation Edmond de Rothschild, l’Institut du monde arabe présidé par Lang lui-même, et même… le ministère de la Culture. Bref, de quoi donner de la crédibilité au projet.

Le documentaire, intitulé officieusement « Jack Lang, la traversée du siècle », devait être une fresque élogieuse, projetée dès 2019 dans le cercle de proches comme Serge Moati. Mais il n’a jamais été diffusé publiquement. Officiellement, par discrétion. Officieusement, pour éviter que l’affaire Epstein ne contamine l’image de Lang. « Nous avons préféré ne rien faire sur le sujet », reconnaît aujourd’hui Bruno Roger-Petit, ex-conseiller d’Emmanuel Macron impliqué dans le projet.

Car si Jack Lang a toujours nié tout lien personnel avec Epstein, les deux hommes se sont croisés à plusieurs reprises. Dans les années 1980 déjà, le milliardaire s’affichait comme mécène du bicentenaire de la Révolution française, événement piloté par Lang. Plus récemment, en 2019, Epstein figurait encore parmi les invités prestigieux du ministre pour ses 80 ans au musée du Louvre.

Résultat : le film a fini au placard, coincé à jamais dans les bobines. L’association a cessé toute activité. Et Lang, imperturbable, a poursuivi son chemin, toujours président de l’Institut du monde arabe et prompt à se poser en vieux sage des arts et de la culture.

Une légende écornée, mais pas renversée. Le documentaire sur sa gloire restera dans l’ombre, lesté à jamais par le nom d’Epstein.