C’est une révélation qui glace le sang et qui en dit long sur l’époque que nous traversons. Selon plusieurs médias réputés pour leur sérieux — parmi lesquels The New Arab, Arab American News, Drop Site News, TRT Global ou encore Anadolu Agency — Google et sa filiale YouTube ont signé, fin juin 2025, un contrat de 45 millions de dollars sur six mois avec le bureau du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, pour diffuser une vaste campagne de propagande numérique en faveur de la politique israélienne à Gaza (The New Arab, Arab American News, Drop Site News, AA.com.tr).

Ces sources sont fiables, crédibles et diversifiées : l’agence de presse turque Anadolu est un acteur institutionnel reconnu, The New Arab et Arab American News sont des médias établis spécialisés dans le suivi du Moyen-Orient, tandis que TRT et Drop Site News ont fourni des documents détaillant les modalités de l’accord. Enfin, Wikipédia lui-même — pourtant souvent frileux à publier des informations non confirmées — mentionne explicitement cet accord dans la rubrique « Criticism of Google ». Autant dire qu’il ne s’agit pas d’une rumeur marginale circulant sur des forums obscurs, mais bien d’une information documentée et corroborée.

Le nom donné à cette opération : « Hasbara », terme hébreu désignant la diplomatie publique israélienne, mais que l’on traduit plus justement par propagande d’État. L’objectif est clair : influencer l’opinion internationale en minimisant les crimes commis à Gaza et en brouillant la perception de la catastrophe humanitaire — notamment la famine, dénoncée par de nombreuses ONG indépendantes. Autrement dit, Google et YouTube, plateformes qui se présentent comme neutres et garantes de la circulation libre de l’information, se retrouvent ici directement impliquées dans une opération de manipulation orchestrée par un gouvernement en guerre.

L’affaire pose des questions morales vertigineuses. Comment des géants de la communication mondiale, qui contrôlent l’essentiel des flux d’information numériques, peuvent-ils justifier de se transformer en relais officiel de propagande ? Quelles garanties restent aux citoyens lorsqu’un conflit aussi meurtrier que celui de Gaza est ainsi recouvert d’une couche publicitaire payée par le gouvernement israélien ? Il ne s’agit plus seulement de business, mais d’une participation active à la fabrique du consentement dans le contexte d’une guerre.

La partialité est ici flagrante. Google n’a pas signé de contrats similaires avec des acteurs palestiniens ou avec des ONG humanitaires dénonçant les massacres. Non, l’argent a choisi son camp, et il n’a pas choisi celui des civils bombardés, affamés et déplacés. En acceptant ce marché, le géant californien envoie un message terrible : l’éthique ne pèse rien face à un chèque de 45 millions de dollars.

Au-delà de la critique morale, les implications sont gigantesques pour la liberté d’expression. Les plateformes numériques contrôlent aujourd’hui la visibilité des contenus : ce que vous voyez ou ne voyez pas dépend d’algorithmes opaques. Or, si ces mêmes plateformes deviennent en plus partenaires contractuels d’un gouvernement engagé dans une guerre, alors toute prétention à la neutralité s’effondre. L’information n’est plus qu’un produit commercial, malléable au gré des contrats politiques.

L’Europe sanctionne Google pour abus de position dominante dans la publicité, mais ferme-t-elle les yeux sur l’utilisation de ces mêmes outils pour diffuser une propagande de guerre ? Les États-Unis, eux, se félicitent de voir leurs géants du numérique soutenir sans réserve leur allié israélien. Le résultat est limpide : les créateurs de contenus indépendants, les journalistes critiques et les voix dissidentes se retrouvent marginalisés, invisibilisés, écrasés par la puissance financière et algorithmique de campagnes payées à coups de dizaines de millions.

Cette affaire « Hasbara » est une alerte majeure. Elle démontre que les multinationales de la tech ne sont pas de simples intermédiaires techniques, mais des acteurs politiques à part entière. Elles choisissent leurs alliances, elles hiérarchisent l’information, elles orientent l’opinion publique mondiale. Et lorsqu’elles s’allient à un État en guerre, elles franchissent une ligne rouge qui devrait tous nous inquiéter.

Il est urgent que les citoyens prennent conscience de cette dérive. Que valent encore nos débats publics, nos réseaux sociaux, nos espaces numériques, si les campagnes politiques les plus immorales peuvent s’y acheter une place de choix à coups de millions ? L’information est devenue un champ de bataille, et Google vient de montrer qu’il a choisi son camp.