Syrie : Al-Joulani, le bourreau qu’on nous a paré de lauriers

Lorsque Bachar el-Assad s’est éclipsé vers Moscou le 8 décembre 2024, un concert d’éloges a éclaté. Emmanuel Macron, dans un tweet vibrant d’une candeur suspecte, saluait le « courage du peuple syrien », esquissant des vœux de « paix, liberté et unité » comme on jette des fleurs sur un cercueil. Jean-Noël Barrot, notre ministre des Affaires étrangères à l’instinct vacillant, s’empressait, le 3 janvier 2025, de fouler le sol de Damas pour tendre une main empressée à Ahmed al-Sharaa, plus connu sous le nom d’Abou Mohammed al-Joulani, maître de Hayat Tahrir al-Cham (HTS). Une « transition inclusive », nous susurrait-on, avec l’assurance des camelots. Les plateaux télé, eux, s’enflammaient, drapant cet ancien djihadiste des atours d’un rédempteur. Pourtant, depuis le 6 mars 2025, le voile se déchire : la Syrie n’est pas délivrée, elle gît sous la lame d’un tueur qu’on nous avait travesti en sauveur. Et nous, qui avions flairé l’orage, assistons, écœurés, à cette débâcle prophétisée.

Les hyènes ne refusent pas la viande

Al-Joulani n’a rien d’un inconnu : ancien fer de lance d’Al-Nosra, rejeton syrien d’Al-Qaïda, il a guerroyé contre les Américains en Irak, croupi cinq ans dans une geôle yankee, puis semé la désolation en Syrie dès 2011. Un pedigree qui lui valait une mise à prix de 10 millions de dollars jusqu’en 2017. Mais il a suffi qu’il taille sa barbe, endosse un complet et rompe avec Al-Qaïda en 2016 pour que nos écrans le métamorphosent en parangon de vertu. Le 10 décembre 2024, sur BFM TV, Christophe Barbier, drapé dans son écharpe fétiche, tranchait : « Al-Joulani est une rupture nette avec Assad. Il incarne un renouveau, une gouvernance qui dépasse la tyrannie brutale des 50 dernières années. » Sur France 24, le 16 décembre, Marc Semo, plume du Monde, surenchérissait : « Avec al-Joulani, la Syrie a une chance de sortir du chaos absolu d’Assad. Il est plus pragmatique, plus structuré. » Éric Naulleau, sur CNews le 11 décembre, lançait, bravache : « Al-Joulani vaut mille fois mieux qu’Assad. Là où Assad détruisait, lui construit une administration qui tient la route. » Et Gérard Araud, sur LCI le 12 décembre, concluait, doctoral : « Al-Joulani est un progrès indéniable face à Assad. Il impose une discipline et une vision. » Ainsi parlait la chorale cathodique, ivre d’illusions.

Le festin des charognards

Le 6 mars 2025, l’illusion s’est brisée net. À Lattaquié, bastion des Alaouites, plus de 1 000 âmes ont péri en trois jours, dont 745 civils, fauchés par les sbires d’HTS, rapporte l’OSDH. Des bourreaux qui criblent de plomb des foyers entiers, réduisent des hameaux en cendres, épluchent les croyances avant de frapper. Les chrétiens ? Des images crues sur X dévoilent des mises à mort brutales, bien que l’ampleur d’une traque généralisée demeure incertaine. Qu’importe : la guerre des clans ravage tout, et nous l’avions clamé dès décembre. Livrer la Syrie à un ancien djihadiste, c’était convier le diable à la table des innocents. Mais les micros préféraient psalmodier la « gouvernance » d’al-Joulani pendant que nous dessinions le spectre des massacres à venir. Aujourd’hui, les minorités s’effondrent, et les objectifs se détournent.

Une contrition au rabais

Devant ce désastre, les stratèges s’éveillent, piteux. Le 9 mars à 22h12, Gabriel Attal, sur X, gémit une « immense inquiétude » pour les Alaouites et les chrétiens – une épiphanie tardive qui frise le ridicule. Barrot, le même jour, ânonne que « les exactions sont inacceptables », esquivant le nom d’HTS et sa poignée de main damascène comme on fuit un miroir. Macron, lui, s’enfonce dans un silence qui empeste la honte. Fillon, Retailleau, Ciotti, eux, tonnent contre un « pouvoir complice » des boucheries – belle audace, après avoir laissé faire. Quant aux antennes, elles balbutient un « personne n’avait vu venir ». Vraiment ? Une hyène en liberté, et vous espériez des caresses ?

 

La parade des dupes

 

Rien n’égale pourtant cette comédie en clair-obscur. Barrot, qui posait en janvier aux côtés d’al-Joulani pour vanter une « Syrie apaisée », savait qu’il pactisait avec une hyène. Macron, jouant les visionnaires, misait sur ce renégat pour effacer Assad et parader sur la scène mondiale. Les télés, en escorte docile, ont béatifié le tueur : Barbier, Semo, Naulleau, Araud, un quatuor d’oracles à la vue courte. Nous, on hurlait dans l’ombre : al-Joulani n’est qu’un masque sur un fanatique, ses serments sont des leurres. Le 8 décembre, à la mosquée omeyyade, il exaltait « la victoire pour l’islam », non la concorde. Eux voyaient un « progrès ». Quelle farce.

Al-Joulani, l’écume de notre sottise

Chapeau bas, Macron, Barrot, et vos hérauts cathodiques. Vous avez pris une hyène pour un agneau, et la Syrie pour une toile vierge. Al-Joulani n’a pas plié : un zélote reste un zélote, fut-il cravaté. Tandis que vous feignez l’étonnement sur vos réseaux, les Syriens ensevelissent leurs proches. Nous avions sonné le tocsin, et vous avez choisi les projecteurs. La Syrie n’a pas goûté la liberté ; elle croupit sous un joug plus noir encore. Merci pour ce naufrage, messieurs. Vos noms resteront gravés dans la pierre de cette infamie.

Tweets des 8 et 9 décembre 2024:

Tweets des 9 et 10 Mars 2025: