Le 21 novembre 2025, le Conseil de l’Union européenne a largement rejeté la proposition de la Commission européenne visant à rendre obligatoire un contrôle technique annuel pour les véhicules particuliers et utilitaires de plus de dix ans. 

Cette décision représente pour de nombreux automobilistes une véritable « bouffée d’oxygène » — surtout dans un contexte où l’âge moyen du parc automobile français dépasse les 12 ans, et où un tel changement aurait concerné des millions de conducteurs. 

Pourquoi la mesure a été rejetée

  • Le Gouvernement français, via le ministère des Transports, s’était fermement opposé à cette mesure, arguant qu’elle impacterait disproportionnellement les propriétaires de véhicules plus anciens, souvent plus modestes. 
  • En outre, plusieurs associations d’automobilistes — craignant une explosion du nombre de véhicules circulant sans contrôle valide — avaient mis en garde contre le risque d’illégalité généralisée, dans un contexte de coût déjà élevé du contrôle (facturé souvent entre 45 et 120 €). 

Ce que la victoire signifie pour les automobilistes

  • Conserver un contrôle technique tous les deux ans pour la majorité des véhicules particuliers et utilitaires reste la règle.
  • L’abandon de la mesure évite un surcoût quasi systématique pour des millions de ménages — d’autant plus que le contrôle technique en France n’est pas tarifé uniformément. 
  • Cette décision offre aussi un répit pour le marché de l’occasion, souvent dépendant des véhicules de 10 à 20 ans — un segment qui aurait été fortement touché. 

Le rôle central de Mobilians : qui c’est, que veulent-ils, pourquoi cette pression

Présentation de Mobilians

Mobilians se définit comme « le premier mouvement des chefs d’entreprises du commerce et de la réparation automobile et des services de mobilité » : ce groupe représente des professionnels des secteurs variés — vente de véhicules, entretien, réparation, contrôle, recyclage, services d’après-vente, etc. 

Selon ses propres chiffres, Mobilians représente près de 180 000 entreprises et 560 000 emplois non délocalisables en France. 

Leur position et leurs arguments

Dans un communiqué daté de mai 2025, Mobilians a clairement soutenu la proposition d’annualisation du contrôle technique pour les véhicules de plus de 10 ans, estimant que c’était « d’un point de vue logique et technique, tout à fait légitime »

Leurs principaux arguments :

  • Sécurité routière : un contrôle plus fréquent permettrait de détecter plus tôt des « défaillances graves » (freins, suspensions, corrosion…) susceptibles de provoquer des accidents. 
  • Pollution & environnement : en repérant les émissions excessives ou les défaillances polluantes, l’entretien préventif via un contrôle annuel pourrait réduire l’impact environnemental des véhicules anciens. 
  • Durabilité du parc : plutôt que de pousser systématiquement vers le renouvellement — coûteux et parfois insoutenable pour de nombreux ménages — Mobilians défend une logique de maintien et entretien du parc, mieux adaptée à des réalités économiques et sociales variées. 
  • Protection des usagers et des professionnels : pour eux, le contrôle technique est un levier pour responsabiliser les conducteurs, garantir un minimum de sécurité, mais aussi préserver la valeur de revente d’un véhicule bien entretenu. 

Pourquoi Mobilians pousse cette mesure

  • Pour les centres de contrôle technique et les professionnels de la réparation, un rythme annuel représenterait — potentiellement — davantage d’activité, donc des revenus stables ou accrus.
  • Sur le plan sociétal, Mobilians se positionne comme un acteur de la sécurité routière et de la durabilité, essayant de présenter l’annualisation comme un compromis entre entretien, sécurité et préservation d’un parc accessible.
  • Enfin, dans un contexte de renouvellement difficile du parc — entre pénurie de véhicules neufs, coût élevé d’achat, inflation… — maintenir des véhicules anciens en bon état peut apparaître comme une solution plus réaliste pour une large partie des automobilistes.

Pourquoi, malgré ce lobbying, la mesure n’a pas abouti — et ce qu’il reste à surveiller

  • La majorité des États membres — dont la France — ont jugé la mesure socialement et financièrement disproportionnée, craignant qu’elle pèse trop lourd sur les ménages modestes. 
  • Certains entraves structurelles : manque de centres de contrôle, pénurie de personnel — un obstacle déjà relevé pour faire passer des visites annuelles dans de bonnes conditions. 
  • Le risque d’un contournement massif : en rendant le contrôle trop contraignant, des conducteurs pourraient choisir de rouler sans contrôle du tout — ce qui irait à l’encontre de l’objectif de sécurité. Plusieurs articles l’avaient prédit. 

Pour l’instant, la décision du 21 novembre constitue un signal fort que l’Europe ne souhaite pas imposer un contrôle technique annuel généralisé — mais la question de l’entretien, de la sécurité et de l’environnement n’est pas réglée. Le débat pourrait renaître à l’avenir, notamment si le parc automobile continue de vieillir.

Ce que cette affaire révèle

Cette affaire montre l’équilibre instable entre sécurité, équité sociale et intérêts économiques. Le lobbying de Mobilians mise sur la logique du maintien et de la réparation — ce qui peut avoir du sens quand on sait qu’une grande partie des Français ne roulent pas avec des véhicules neufs. Mais l’Europe et les gouvernements, face à la réalité des coûts pour les ménages, ont préféré renoncer à l’idée d’une obligation générale — peut-être parce que l’on a voulu éviter de frapper les automobilistes les plus modestes.

Sur le fond, si l’objectif de sécurité et de réduction des défaillances était louable, la mise en place d’un contrôle annuel obligatoire aurait probablement généré des effets pervers : augmentation des « contrôles évités », hausse de l’économie souterraine, et pression supplémentaire sur des ménages déjà fragilisés.