L’indignation sélective d’un chevalier blanc
Xavier Bertrand monte au créneau avec une indignation théâtrale : « On cherche à museler l’audiovisuel public ! » tonne-t-il sur BFMTV, en brandissant la commission d’enquête parlementaire comme une menace totalitaire. Le chevalier blanc de la démocratie serait-il en péril ? On aurait presque envie d’applaudir cette belle défense de la pluralité… si elle n’était pas si sélective.
Commission d’enquête: pour Xavier Bertrand (LR), “on cherche à museler l’audiovisuel public” pic.twitter.com/hxiLPwcRjU
— BFM (@BFMTV) December 18, 2025
Un silence complice face aux exclusions éditoriales
Car le même Xavier Bertrand, tout au long de sa carrière, n’a jamais été particulièrement gêné par les choix éditoriaux qui excluent certaines voix, pourvu qu’elles ne correspondent pas au consensus dominant du moment. Quand l’audiovisuel public décide, sujet après sujet, de ne pas inviter ceux qui contestent les narratifs officiels – qu’il s’agisse de politique européenne, d’immigration, de sécurité, d’économie ou de bien d’autres thèmes sensibles –, Bertrand n’a pas crié au scandale. Au contraire, il a souvent applaudi ou gardé un silence complice face à ces filtrages qui, année après année, ont transformé le service public en caisse de résonance d’une pensée unique progressiste et bien-pensante.
Le boomerang de la propagande assumée
À force d’œuvrer de façon propagandiste, en reléguant systématiquement les opinions dissidentes aux marges, en distribuant le temps de parole avec une générosité très sélective, en assumant ouvertement un rôle de gardien moral plutôt que de simple vecteur d’information, l’audiovisuel public a semé le vent. Il ne fallait pas s’attendre à autre chose que la tempête : une commission d’enquête qui vient aujourd’hui scruter ses pratiques, ses financements, sa neutralité défaillante. C’est la loi du boomerang, tout simplement.
L’hypocrisie d’une défense à géométrie variable
Et voilà que Bertrand, soudain, découvre la liberté d’expression en danger quand on touche à ce système qu’il a laissé prospérer sans broncher. C’est un peu comme si un pompier ayant ignoré des années d’incendies volontaires s’indignait qu’on enquête enfin sur l’origine des flammes. L’hypocrisie est flagrante : on défend ardemment la parole des uns quand elle arrange, mais on tolère – voire on encourage – le silence imposé aux autres quand ils dérangent.
La liberté… mais pas pour tout le monde
Et que dire de cette liberté d’expression que Bertrand brandit aujourd’hui comme un bouclier ? Le même homme qui, en novembre 2021, assumait sans trembler la possibilité de confiner uniquement les non-vaccinés, déclarant froidement : « Je ne reconfinerai pas tous les Français parce que certains ne veulent pas se faire vacciner. Et donc s’il y a des décisions difficiles à prendre, je l’assume, je les prendrai à l’égard des non-vaccinés. » Le même qui défendait bec et ongles le pass sanitaire en affirmant que les récalcitrants « n’auront pas la même liberté que les autres », et qui soutenait fermement l’obligation vaccinale pour les soignants et les professions exposées, sans jamais envisager de laisser le choix à ceux qui risquaient leur carrière plutôt que d’accepter l’injection. Curieuse conception de la liberté : généreuse pour les journalistes du service public qui filtrent les débats, mais implacable pour les citoyens qui osaient douter d’un consensus sanitaire imposé. Quand on accepte de priver une partie de la population de ses droits fondamentaux au nom de l’intérêt général, on n’a guère de légitimité à pleurer quand une commission vient pointer les dérives d’un système qu’on a laissé – ou encouragé – à censurer les voix dissidentes.
Une commission qui met le doigt sur les plaies
La commission d’enquête de 2025, lancée par l’UDR et ses alliés, met le doigt là où ça fait mal : un service public financé par tous les Français qui, trop souvent, ne reflète qu’une partie d’entre eux. Des auditions qui révèlent des choix éditoriaux assumés comme idéologiques, des temps d’antenne distribués selon des critères opaques, une impartialité qui ressemble plus à une posture qu’à une réalité. Rien de surprenant, finalement, quand on a cultivé pendant des années l’art de la sélection plutôt que celui du débat.
Des casseroles qui pèsent lourd
Xavier Bertrand, avec ses propres casseroles – Mediator, Orpea, augmentations d’indemnités opportunes –, ferait mieux de reconnaître que le problème n’est pas la commission, mais bien les dérives qu’elle met en lumière. Défendre l’audiovisuel public, oui. Mais le défendre tel qu’il est devenu, non. Car à force de jouer les censeurs déguisés en pédagogues, on finit par légitimer ceux qui veulent, à leur tour, imposer leur propre muselière.
Vers un vrai pluralisme… et la montée inévitable des alternatives
Les Français méritent mieux qu’un service public qui trie les idées comme on trie les invités d’un dîner mondain. Ils méritent un vrai pluralisme, pas une liberté d’expression à sens unique. Et ils méritent des responsables politiques qui défendent cette liberté en toutes circonstances, pas seulement quand elle sert leur camp.
À force de décevoir par son manque d’ouverture et son alignement sur une seule vision du monde, l’audiovisuel public a creusé sa propre tombe médiatique. La montée des médias indépendants – podcasts, chaînes YouTube, plateformes alternatives – est d’une logique imparable, et c’est très bien comme ça. Ces nouveaux acteurs comblent le vide laissé par les grands médias institutionnels, redonnent la parole à des voix oubliées et restaurent un débat plus vif, plus divers. Tant mieux si cela pousse enfin le service public à se remettre en question, plutôt que de pleurnicher sur une commission qui ne fait que pointer ses failles évidentes.
Sources
- Intervention de Xavier Bertrand sur BFMTV, 18 décembre 2025
- Débats et auditions de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, Assemblée nationale, novembre-décembre 2025
- Déclarations publiques et interviews de Xavier Bertrand (archives presse 2016-2025)
- Rapports et critiques sur la neutralité de l’audiovisuel public (Arcom, HATVP, enquêtes journalistiques diverses)
- Affaire Mediator : rapport IGAS 2011 ; liens avec Orpea : enquête Victor Castanet 2022 ; augmentation indemnités : presse régionale 2016