Une nouvelle mise à jour qui confirme la concentration extrême des médias français

Le Monde diplomatique et l’association Acrimed viennent de publier la version 21.1 (décembre 2025) de leur infographie interactive emblématique « Médias français, qui possède quoi ? ». Cette actualisation, issue d’un travail collaboratif rigoureux, intègre les évolutions récentes du paysage médiatique tout en rappelant un constat alarmant : malgré les changements, le principe reste inchangé. Les grands médias d’information continuent d’être dominés par une poignée de grandes fortunes et d’intérêts industriels, transformant l’information en une « marchandise de luxe » au service de quelques-uns.

Le « Parti de la presse et de l’argent » plus puissant que jamais

L’acronyme PPA, forgé en 2007, n’a jamais été aussi pertinent. Cette carte met en lumière comment une oligarchie de milliardaires et de groupes financiers contrôle la majorité des organes qui « font l’opinion » : presse nationale et régionale, télévision, radio et sites en ligne. L’exemple de Vincent Bolloré, qualifié de « milliardaire d’ultra-droite », illustre parfaitement cette concentration : son emprise sur Canal+, Europe 1 ou Le Journal du dimanche a démontré que propriété rime avec contrôle éditorial direct. Qui possède dirige, et cela influence profondément les lignes journalistiques, souvent au détriment du pluralisme.

Une poignée de milliardaires aux commandes

La visualisation révèle une réalité choquante : une dizaine de grandes fortunes se partagent l’essentiel du marché médiatique français. Aux côtés de Bolloré, on retrouve Bernard Arnault (LVMH), Xavier Niel (Free), Patrick Drahi (Altice), Rodolphe Saadé (CMA CGM) ou encore Daniel Křetínský. L’État, via France Télévisions et Radio France, complète ce tableau, mais les intérêts privés dominent largement. Cette hyper-concentration limite la diversité des voix, favorise les conflits d’intérêts et expose les médias à des pressions idéologiques ou économiques évidentes.

Les dangers d’une telle oligarchie médiatique

Cette structure oligarchique n’est pas anodine : elle menace directement l’indépendance journalistique et le débat démocratique. Quand les médias deviennent des outils au service d’intérêts privés, l’information risque d’être biaisée, les enquêtes gênantes étouffées et les opinions dissidentes marginalisées. Dans un contexte de crises multiples, cette concentration renforce les bulles informationnelles et affaiblit la capacité des citoyens à accéder à une information pluraliste et critique.

Pourquoi cette carte reste un outil essentiel pour les médias indépendants

En privilégiant la lisibilité sur l’exhaustivité – en excluant délibérément les médias indépendants comme Le Canard enchaîné ou la presse alternative –, cette infographie concentre son regard sur les structures de pouvoir dominantes. Elle nous rappelle l’urgence d’une régulation forte des concentrations et du soutien aux médias libres, financés par leurs lecteurs plutôt que par des milliardaires. Pour un média indépendant comme le nôtre, elle est un appel à la vigilance et à la résistance.

Source : Le Monde diplomatique, « Médias français, qui possède quoi ? », version 21.1, décembre 2025.

Lien :  https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/PPA.