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Le 17 mai 2025, l’Assemblée nationale a adopté l’article 2 de la proposition de loi sur l’accompagnement des malades et de la fin de vie, instaurant un droit à l’aide à mourir (euthanasie et suicide assisté) pour les patients souffrant d’affections graves et incurables. Ce jalon législatif, qui aligne la France sur des pays comme la Belgique ou les Pays-Bas, suscite une inquiétude croissante : à long terme, cette loi pourrait-elle favoriser une instrumentalisation des diagnostics, notamment psychiatriques, et précipiter une pente glissante vers des dérives éthiques, où même des opposants ou des voix dissidentes, comme les complotistes, pourraient être qualifiés de « fous » pour être marginalisés ?
Un texte historique, mais des risques latents
Avec 75 voix pour et 41 contre dans un hémicycle comptant seulement 117 députés, l’article 2 autorise les actes létaux sous supervision médicale pour les patients confrontés à des souffrances insupportables, physiques ou, potentiellement, psychiques, découlant d’une maladie incurable. Bien que les critères précis – incurabilité, capacité de discernement, constance de la demande – soient encore en discussion, le principe est posé. Ce texte, intégré à une proposition plus large visant à renforcer les soins palliatifs, marque un tournant, mais soulève des questions éthiques brûlantes.
Le président Emmanuel Macron, fervent promoteur du projet, a ancré cette réforme dans une rhétorique de dignité et de liberté. Lors d’une visite historique à la Grande Loge de France (GLDF) le 5 mai 2025 – une première pour un président en exercice dans une obédience maçonnique –, il a encouragé les francs-maçons à s’emparer du débat sur la fin de vie, qualifiant l’aide à mourir de « moindre mal » dans des cas désespérés. Cette prise de position, à une semaine des débats parlementaires, a amplifié les soupçons d’une influence extérieure sur l’avenir de la loi.
L’instrumentalisation des diagnostics : une menace insidieuse
Le risque d’une manipulation des diagnostics, particulièrement dans le domaine psychiatrique, est au cœur des préoccupations. Si les souffrances psychiques sont retenues comme critère d’éligibilité – un point encore débattu –, la loi pourrait exposer des personnes vulnérables à des abus. Évaluer l’incurabilité de troubles comme la dépression chronique, la schizophrénie ou les troubles bipolaires repose sur des jugements médicaux souvent subjectifs. Une personne niant son trouble, mais qualifiée comme « lucide » sous une évaluation biaisée, pourrait être indûment déclarée éligible à l’aide à mourir.
Ce danger est d’autant plus préoccupant que des pressions externes pourraient fausser les diagnostics. Des intérêts économiques, comme la réduction des coûts des soins de longue durée, ou des dynamiques sociétales, comme la stigmatisation des personnes dépendantes, pourraient inciter à qualifier des souffrances comme « insupportables » ou des patients comme « aptes » à décider. Sur les réseaux sociaux, des spéculations évoquent des économies potentielles de 1,5 milliard d’euros par an pour le système de santé, alimentant l’idée que des motifs non médicaux pourraient orienter les décisions.
Quand les opposants sont qualifiés de « fous »
Un aspect particulièrement alarmant est la possibilité que cette loi, à terme, serve à marginaliser des voix dissidentes en les qualifiant de « folles ». Des opposants à la loi, notamment ceux dénonçant une influence maçonnique ou des dérives éthiques, ont déjà été accusés de verser dans l’irrationalité ou le complotisme. Cette stigmatisation pourrait s’aggraver : dans une certaine probabilité, même un complotiste, par ses prises de position jugées excentriques ou paranoïaques, pourrait être diagnostiqué comme souffrant d’un trouble psychiatrique, ouvrant la voie à une disqualification de ses idées sous couvert médical.
Ce phénomène n’est pas sans précédent. Historiquement, des régimes autoritaires ont utilisé des diagnostics psychiatriques pour neutraliser des opposants, et des parallèles modernes existent. Par exemple, des critiques virulents de politiques publiques, comme les mesures sanitaires ou les réformes sociétales, ont parfois été taxés de « délirants » sur les réseaux sociaux ou dans les médias. Si la loi autorise l’aide à mourir pour des souffrances psychiques, un diagnostic biaisé pourrait, dans un scénario extrême, être utilisé pour « gérer » des individus jugés perturbateurs, en les orientant vers une issue fatale sous prétexte de leur « souffrance ».
Une pente glissante alimentée par des influences
La visite de Macron à la GLDF, perçue comme un geste symbolique pour rallier des soutiens influents, a exacerbé ces craintes. En saluant les francs-maçons comme des acteurs légitimes du débat sur la fin de vie, le président a alimenté les soupçons d’une loi façonnée par des cercles élitistes. Sur X, des utilisateurs dénoncent une « concomitance troublante » entre cette visite et l’avancement du texte, suggérant que des réseaux d’influence pourraient, à long terme, encourager des diagnostics permissifs pour élargir l’accès à l’euthanasie.
L’expérience internationale illustre le risque d’une pente glissante. Au Canada, des autorisations controversées d’aide médicale à mourir pour des personnes en précarité ou souffrant de troubles psychiatriques ont révélé des diagnostics influencés par des facteurs non médicaux. En Belgique, l’euthanasie pour souffrances psychiques, bien qu’encadrée, a suscité des critiques pour son application parfois laxiste. En France, une évolution progressive des critères, sous la pression de groupes militant pour un accès élargi, pourrait accentuer ces dérives.
Un vide éthique à anticiper
Le processus d’évaluation, prévu pour inclure un collège médical, n’élimine pas le risque d’abus. La subjectivité des diagnostics psychiatriques, combinée à des pressions potentielles – économiques, idéologiques ou sociétales –, pourrait transformer l’aide à mourir en un outil de contrôle social. Les opposants, qu’ils soient qualifiés de « fous » ou de « complotistes », pourraient devenir des cibles privilégiées dans un système où la frontière entre souffrance légitime et marginalisation médicalisée s’amenuise.
Alors que la loi poursuit son chemin législatif vers le Sénat, la société française doit affronter une question cruciale : comment garantir un droit à l’autonomie sans offrir une brèche à l’instrumentalisation ? Sans une définition rigoureuse des critères et une surveillance inflexible, le « droit à l’aide à mourir » risque de devenir un terrain fertile pour des dérives où les diagnostics serviront des agendas éloignés de l’éthique médicale.
Sources : Le Monde, La Croix, Le Figaro (mai 2025) ; débats parlementaires








