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Ahmed al-Sharaa, alias Abou Mohammed al-Joulani, s’impose depuis décembre 2024 comme président par intérim de la Syrie après la chute d’Assad. Sa décision récente d’autoriser les forces israéliennes et pro-israéliennes à utiliser l’espace aérien syrien pour intercepter des drones et missiles iraniens n’est pas une trahison, mais la continuation logique d’une relation pragmatique. Face à des accusations de cynisme, son parcours controversé révèle une alliance tacite avec Israël, alimentée par un soutien présumé dont il aurait bénéficié pour présider la Syrie et contrer l’Iran.
Du djihad à la stratégie : un passé forgé dans le feu
Né en 1982 à Riyad, al-Sharaa rejoint Al-Qaïda en Irak en 2003 sous Abou Moussab al-Zarqawi, participant à la lutte contre les Américains. Détenu cinq ans à Camp Bucca où il croise Abou Bakr al-Baghdadi, il est libéré en 2011 et fonde le Front al-Nosra en 2012 pour Al-Qaïda en Syrie. Responsable de massacres comme celui de Maaloula en 2013, il rompt avec al-Baghdadi en 2013 pour s’allier à Ayman al-Zawahiri, avant de quitter Al-Qaïda en 2016 pour créer HTS en 2017, éliminant ses rivaux à Idlib. Sa prise de pouvoir en novembre 2024, couronnée le 29 janvier 2025, repose sur une montée fulgurante, probablement facilitée par des soutiens externes.
Une ouverture à Israël : le fruit d’un partenariat
L’autorisation donnée à Israël d’utiliser l’espace aérien syrien contre l’Iran s’inscrit dans une logique cohérente. Des révélations, comme celles de l’ancien ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman, suggèrent que Netanyahou a armé et financé des groupes djihadistes, y compris potentiellement HTS, pour affaiblir le Hamas et l’Iran. Si al-Sharaa a bénéficié de ce soutien pour renverser Assad, son geste actuel envers Israël devient une forme de réciprocité stratégique.
Un pragmatisme au service de la survie
Sous son costume de président, al-Sharaa abandonne son passé djihadiste pour une image de modérateur, promettant démocratie et coexistence. Mais ses répressions à Idlib et les massacres d’Alawites post-Assad, ainsi que des minorités locales, trahissent ses racines. Sa rencontre avec Trump en mai 2025 et ses pourparlers avec Macron visent à légitimer cette alliance avec Israël, perçue comme un moyen de tenter de sécuriser son régime face à l’Iran et à la Russie.
Conclusion : une suite logique, pas une trahison
Autoriser Israël à survoler la Syrie n’est pas une déchéance, mais la suite d’un partenariat où Israël a armé et financé des djihadistes comme al-Sharaa pour ses propres intérêts. De djihadiste à allié tactique, son parcours reflète un pragmatisme froid. La Syrie paie le prix de cette logique, mais al-Sharaa y trouve sa survie, au détriment de toute souveraineté nationale.


