Israël a annoncé fin décembre 2025 qu’il retire l’accès à la bande de Gaza à 37 organisations humanitaires internationales à partir du 1ᵉʳ janvier 2026. Le motif : elles ne veulent pas transmetre la liste détaillée de leurs employés. Cette exigence, présentée comme une mesure de sécurité, est dénoncée par les ONG elles-mêmes, l’ONU et l’Union européenne comme arbitraire, disproportionnée et profondément dangereuse pour la population civile de Gaza.
Et l’on comprend la méfiance des ONG vis-à-vis d’Israël quand ont voit les pressions et les sanctions subis par les juges de la CPI qui ont émis le mandat d’arrêt contre Netanyahu.
37 ONG visées : de Médecins Sans Frontières à des acteurs moins connus
Israël a publié la liste des organisations concernées par cette mesure radicale. Les ONG les plus connues, à commencer par les acteurs humanitaires internationaux de premier plan, sont :
- Médecins Sans Frontières (MSF), fonctions médicales d’urgence, terrain critique dans les hôpitaux et cliniques de Gaza.
- Oxfam – vaste réseau d’aide au développement et d’assistance humanitaire.
- Norwegian Refugee Council (Conseil Norvégien pour les Réfugiés),protection et assistance aux déplacés.
- World Vision International (grande ONG de secours et de développement)
- CARE International – réponse d’urgence, sécurité alimentaire, eau et hygiène.
- ActionAid – soutien humanitaire et projets de développement.
- International Rescue Committee (IRC) – assistance humanitaire en zones de crise.
- Caritas Internationalis (réseau catholique mondial d’aide humanitaire).
- Save the Children, protection et services essentiels pour les enfants.
Les 28 autres organisations sont moins médiatisées, mais chacune joue un rôle essentiel dans l’aide à la population civile, qu’il s’agisse de distribution alimentaire, de soutien psycho-social, de services d’eau et d’assainissement, ou encore de coordination logistique sur le terrain. Elles opèrent souvent en consortium avec l’ONU ou en partenariat avec des agences spécialisées, et représentent un réseau vital d’assistance pour des centaines de milliers de personnes.
Une mesure sans précédent, même dans des contextes antérieurs
Il ne s’agit pas d’un acte isolé : Israël avait déjà en octobre 2021 désigné six organisations palestiniennes de défense des droits humains comme « terroristes », les empêchant d’opérer dans les territoires occupés — une décision qui avait suscité des critiques globales.
Mais la menace d’expulser presque l’intégralité de la communauté humanitaire internationale de Gaza — y compris les principales ONG médicales et de secours — dépasse largement les précédents connus. Jamais une autorité n’avait, dans un contexte de crise humanitaire majeure, cherché à supprimer aussi massivement l’accès de l’aide internationale à une population entière sous prétexte de sécurité. Cette démarche met en péril l’accès à l’eau potable, aux soins, à l’alimentation et à l’abri pour des millions de civils déjà éprouvés par des mois de conflit, d’effondrement des infrastructures et de blocus.
Des protestations internationales… et une inertie politique inquiétante
L’Union européenne, l’ONU et une coalition de dix pays — dont le Royaume-Uni, le Canada, la France et le Japon — ont fermement condamné cette mesure, avertissant qu’elle risquait de bloquer « une aide vitale » et de violer le droit humanitaire international.
Pourtant, ces protestations restent pour l’instant essentiellement verbales, sans mesures de pression concrètes qui pourraient obliger Israël à renoncer à sa politique. Aucune sanction significative, aucun mécanisme d’application du droit international n’a été déclenché pour faire respecter l’accès humanitaire ou protéger les ONG ciblées.
Ce qui se joue à Gaza n’est pas seulement une bataille bureaucratique autour de listes d’employés : c’est un jeu de pouvoir politique qui met à mal les principes élémentaires du droit humanitaire. Alors que d’autres États ont été sanctionnés, isolés diplomatiquement ou ciblés par des actions judiciaires pour des violations bien moindres, Israël bénéficie d’une marge d’impunité considérable, protégée par des jeux d’alliances, des intérêts géopolitiques et la faiblesse des institutions internationales à faire respecter leurs propres normes.
Interdire l’accès à une population déjà affamée, blessée et déplacée n’est pas une « mesure de sécurité », mais un acte de pression politique qui pèse de tout son poids sur les acteurs humanitaires qui tentent d’atténuer les conséquences dramatiques d’une guerre prolongée.
Tant que l’ONU, l’Union européenne et les États n’assortiront pas leurs protestations de conséquences réelles, le message envoyé est clair : certains acteurs peuvent violer les droits humanitaires sans risquer de véritables sanctions, et la souffrance des civils continue d’être reléguée au second plan.