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    Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur français, s’est alarmé sur CNews d’une menace iranienne directe pesant sur le territoire français, évoquant des dizaines d’individus potentiellement liés à Téhéran et un attentat déjoué en 2018 contre des opposants iraniens. Une vigilance qui contraste brutalement avec son silence actuel sur les mouvances salafistes, qu’il dénonçait avec ferveur en 2015. À l’époque, dans un tweet du 23 novembre, Retailleau appelait à une coalition mondiale contre l’État islamique (Daesh), incluant la Russie et l’Iran, dénonçant une inaction qui permettait à ces groupes de prendre racine. Dix ans plus tard, ce discours a viré de bord, et l’Iran est devenu l’ennemi numéro un, tandis que les salafistes semblent curieusement absents de ses préoccupations. Ce glissement narratif soulève des questions troublantes, surtout à la lumière des récents rapprochements diplomatiques et des révélations sur les alliances au Moyen-Orient.

    De Daesh à l’Iran : un virage opportuniste
    En 2015, Retailleau incarnait une ligne dure contre les groupes jihadistes, notamment Daesh, responsable des attentats de Paris et Saint-Denis. Il soulignait alors la menace des mouvances salafistes, souvent soutenues par des acteurs régionaux. Aujourd’hui, alors qu’il alerte sur une menace iranienne exacerbée par le conflit avec Israël, il tait ces mêmes salafistes, pourtant ennemis naturels de l’Iran chiite, qui les combat depuis des années en Syrie et en Irak. Cette omission devient encore plus suspecte avec les figures comme Ahmad al-Sharaa, alias Joulani, ancien chef d’Hayat Tahrir al-Sham (HTS) et ex-lieutenant d’Al-Qaïda. Macron l’a accueilli à l’Élysée le 7 mai 2025 pour soutenir une transition en Syrie, et Trump l’a reçu le 14 mai à Riyad, levant les sanctions américaines et encourageant une normalisation avec Israël. Or, selon l’ancien ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman, révélé par i24NEWS le 5 juin 2025, Netanyahou a armé des milices salafistes anti-Hamas à Gaza, certaines liées à Daesh, pour contrer le Hamas – une stratégie partiellement confirmée par Netanyahou. Retailleau, fervent soutien d’Israël, semble fermer les yeux sur ces alliances, alignant son discours sur une narrative qui exonère ces mouvances au profit d’une focalisation sur l’Iran, malgré l’opposition historique entre chiites et salafistes.

    Une hypocrisie qui trahit les principes

    Ce soutien affiché de Retailleau à Israël, qu’il défend comme un allié face aux menaces islamistes et iraniennes, vole en éclats face à ces contradictions. Comment peut-il condamner l’Iran comme un “régime terroriste” alors que ce dernier est un adversaire déclaré des salafistes, qu’il combat aux côtés de forces anti-Daesh ? Comment justifier son alignement avec un Israël qui, sous Netanyahou, a armé des groupes salafistes proches de Daesh, les mêmes qu’il vilipendait en 2015, alors que l’Iran chiite les pourchasse sans relâche ?
    Cette volte-face suggère un cynisme politique flagrant : la France et les États-Unis privilégient des intérêts géopolitiques douteux, serrant la main d’anciens ennemis comme Joulani pour contrer l’Iran, tandis que Retailleau ajuste son discours pour coller à cette nouvelle alliance. Son silence sur les salafistes, désormais alignés avec Israël malgré leur inimitié avec l’Iran, expose une hypocrisie qui dessert sa crédibilité et laisse planer le doute sur la sincérité de ses alertes. Un scandale qui fragilise la cohérence de la lutte antiterroriste française et mérite bien plus qu’un silence gêné.