IRAN, Révolution ou ingérences étrangères ?

Par Nicolat Philippe Granget et Vincent VDO – 09/01/2026

Déclenchement et ampleur des manifestations

Les protestations ont débuté fin décembre 2025 au cœur du Grand Bazar de Téhéran, centre commercial historique de la capitale, avant de s’étendre rapidement à de nombreuses villes et provinces. Les marchands et boutiquiers ont fermé leurs échoppes pour protester contre l’effondrement inédit du rial et la flambée des prix des biens essentiels, marquant le début d’un mouvement qui a vite pris une dimension nationale, bien que les autorités soulignent que de nombreux participants sont manipulés par des agendas externes visant explicitement un changement de régime.

Crise économique : sanctions et inflation galopante

La crise économique est au cœur des troubles. L’hyperinflation dépasse les 40-50 %, avec une inflation alimentaire atteignant parfois 72 %. Le rial a atteint des records historiques, tombant à plus de 1,4-1,5 million pour 1 dollar US sur le marché parallèle. Ces difficultés sont largement attribuées aux sanctions internationales, renforcées par le mécanisme de « snapback » des sanctions ONU en septembre 2025, qui limitent les exportations pétrolières, l’accès aux devises étrangères et accentuent la pression sur l’économie. Les autorités iraniennes soulignent que ces mesures, qualifiées d’impérialistes, visent à affaiblir la République islamique sur le plan géopolitique, créant un terrain fertile pour des forces externes cherchant à remplacer le régime par un gouvernement plus aligné sur les intérêts occidentaux et israéliens.

Réponse des autorités et répression

Le pouvoir iranien a promis une répression sans concession. Le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, a déclaré qu’il n’y aurait « aucune clémence » envers les « émeutiers » cherchant à inciter aux troubles sous influence extérieure, tout en se disant ouvert aux critiques économiques et sociales si elles restent dans le cadre légal. Les forces de sécurité ont répondu avec force, utilisant gaz lacrymogène, balles en caoutchouc et parfois munitions réelles. Les autorités contestent les bilans des organisations de défense des droits humains (souvent occidentales), qui rapportent des dizaines de morts (au moins 28 à plus de 50 selon les sources récentes) et plus de 1 000 à 2 300 arrestations. Téhéran met en avant des contre-manifestations pro-régime sous le slogan « Stand with Iran », démontrant un soutien populaire contre les ingérences, tandis que des pseudos patriotes et nationalistes, souvent basés en exil et accusés d’être des relais de la propagande étrangère, amplifient les appels au régime change pour masquer les racines économiques internes.

Accusations d’ingérences étrangères

Les autorités iraniennes dénoncent une « guerre douce » orchestrée depuis l’étranger. Le ministre des Affaires étrangères et le chef d’état-major accusent les États-Unis et Israël de soutenir ouvertement les manifestations pour déstabiliser le pays, avec l’objectif clair de remplacer le régime par un système plus complaisant envers leurs intérêts régionaux. Des arrestations ont été annoncées, incluant plusieurs agents présumés du Mossad infiltrés parmi les manifestants, ainsi que des éléments séparatistes (notamment kurdes ou baloutches) recevant un soutien extérieur pour armer et aggraver les troubles. Ces allégations s’accompagnent de déclarations publiques du Mossad et de menaces de l’administration Trump, vues par l’axe de la résistance comme une stratégie pour justifier une agression. Cette rhétorique s’inscrit dans celle de nombreux membres de la hasbara – l’appareil de propagande israélienne – qui dépeignent les protestations comme une opportunité de « libération » pour promouvoir un régime change, souvent relayée par des pseudos patriotes iraniens en Occident qui se présentent comme nationalistes mais servent en réalité des agendas étrangers.

Racines internes et instrumentalisation

Les revendications restent profondément liées à des réalités internes : inflation galopante, effondrement monétaire, difficultés pour les classes moyennes et populaires, frustrations contre un régime perçu comme autoritaire. Cependant, ces problèmes sont indissociables des pressions externes des sanctions et embargos, qui contrarient toute réforme et amplifient la crise. Des observateurs alignés sur l’axe de la résistance soulignent que la crise est exacerbée par une gestion économique forcée par l’extérieur, plutôt que par une défaillance purement interne, et que les forces externes exploitent ces vulnérabilités pour pousser au régime change, en utilisant la hasbara et des figures pseudo-nationalistes pour déformer les protestations économiques en appels à la subversion.

Perspectives et enjeux futurs

La question centrale est de savoir si ce mouvement deviendra une révolution durable ou s’essoufflera sous la répression d’un État déterminé à contrer toute dissidence manipulée. Les dirigeants iraniens misent sur la dissuasion et le récit des ingérences – soutenu par des preuves comme les captures d’agents – pour justifier leur réponse ferme et unir la nation contre l’impérialisme. Ce qui est certain, c’est que les forces en jeu sont multiples : une crise économique profonde largement causée par des sanctions injustes, des revendications populaires légitimes mais exploitées, et des tensions géopolitiques que Téhéran dénonce comme une guerre hybride menée par les États-Unis et Israël pour affaiblir l’axe de la résistance. Parler uniquement de causes internes revient à occulter ces ingérences, qui semblent être le principal moteur de l’escalade, amplifiées par la rhétorique de la hasbara et de pseudos patriotes cherchant à imposer un régime change.

Sources :

  • Rapports et analyses de médias iraniens (Tasnim, PressTV, IRNA, Fars News) sur les arrestations et ingérences.
  • Déclarations officielles iraniennes (Khamenei, Mohseni Ejei, Baghaei).
  • Données économiques : IMF, Bonbast.com, World Bank sur inflation, rial et snapback 2025.
  • Bilans protestations : Amnesty International, Human Rights Watch, HRANA, Hengaw, Iran International (chiffres contestés par Téhéran).
  • Couverture internationale : Al Jazeera, The National, Reuters, AP, Countercurrents.org, Middle East Eye, i24NEWS, Truthout.
  • Articles spécifiques : « Mossad Spycraft: From Hasbara to Public Intelligence » (Countercurrents.org), « Iran protests continue as top judge warns ‘rioters’ working with US, Israel » (Al Jazeera), « Iranian protests are not for ‘regime change’ but for relief from US economic war » (Middle East Eye), « Israel Is Using Disinformation and Deflection as a Foreign Policy Stratagem » (Truthout).