« CDI jeunes » ultra-flexible… pour les patrons seulement
Fin janvier 2026, lors d’une réunion au siège du MEDEF avec les syndicats, le président Patrick Martin a remis un document de 10 pages qui a immédiatement fait l’effet d’une bombe sociale. Sous le prétexte de lutter contre le chômage des jeunes (19 % chez les 15-24 ans, 1,4 million de NEET – ni en emploi, ni en études, ni en formation), l’organisation patronale propose un nouveau type de contrat : un CDI « jeunes » inspiré du « contrat à droits progressifs » italien de 2016. Sur le papier, c’est un CDI classique. Dans les faits, c’est une précarisation massive déguisée, ultra-flexible pour les employeurs, mais ultra-précaire pour les salariés débutants.
Une rupture sans motif pendant les premières années : la précarité institutionnalisée
Le cœur du dispositif est terrifiant : ce CDI pourrait être rompu sans motif pendant les premières années (souvent évoquées comme trois ans). L’employeur n’aurait pas à justifier sa décision – ni faute, ni motif économique à prouver –, avec seulement une indemnité croissante selon l’ancienneté. Pour le jeune salarié ? Une insécurité permanente : un contrat stable en apparence, mais une période d’essai étendue où il est corvéable à merci. La CGT parle d’un « CPE XXL » ou « pire que le CPE » de 2006 (qui limitait cette flexibilité à deux ans). Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, l’a qualifié de « déclaration de guerre contre les jeunes et les salariés » : zéro devoir réel pour l’employeur, zéro droit solide pour le salarié.
Salaire sous le SMIC pour « inciter à l’embauche » : un sous-prolétariat jeune officialisé
Le MEDEF va encore plus loin en suggérant d’adapter le niveau de rémunération pour certains primo-entrants peu qualifiés ou en formation interne. Via négociation collective et sur une durée limitée, le salaire pourrait être inférieur au SMIC, sous prétexte que le minimum légal serait un « frein » à l’embauche. L’argument patronal : mieux coller aux compétences initiales et lever les obstacles pour embaucher plus. En réalité, cela institue une pauvreté salariale pour une génération entière, tire les salaires vers le bas pour tous, et crée une discrimination par l’âge flagrante. L’Unef dénonce une « discrimination pure et simple », Attac parle de « contrats au rabais ».
Flexibilité à sens unique : les patrons gagnent, les jeunes perdent
Ce que le MEDEF appelle « ultra-flexibilité » pour aider les jeunes n’est rien d’autre qu’une ultra-flexibilité pour les patrons. Embaucher sans risque majeur (pas de procédure lourde de licenciement), tester longtemps, payer moins si besoin, et virer facilement si le business ralentit ou si le salarié demande plus. Le jeune devient une variable d’ajustement bon marché : entrée dans la vie active en mode « jetable ». L’obligation de formation côté employeur ? Présentée comme un plus, mais elle sert surtout à justifier un salaire bas et une précarité accrue, sans garantie de qualité ni de stabilité réelle.
Vingt ans après le CPE : la même recette, la même indignation
Vingt ans après la mobilisation historique qui a fait reculer le gouvernement Villepin et retirer le CPE, le MEDEF retente le coup – en pire. L’Unef menace déjà d’une mobilisation massive : « Il y a 20 ans, la rue a bloqué le CPE. En 2026, on ne veut toujours pas de contrats au rabais pour les jeunes ! » Attac et la gauche dénoncent un « CPE déguisé » ou « CPE XXL ». Le gouvernement a réagi vite : Matignon a fermé la porte dès le 2 février 2026. Cette idée « n’est pas à l’ordre du jour », « aucune priorité » n’est donnée à ce front explosif à l’approche de la présidentielle 2027. Priorité aux négociations en cours (assurance chômage, ruptures conventionnelles). Mais le débat est relancé, et les idées libérales font souvent leur chemin quand le chômage persiste.
Non à la jeunesse sacrifiée sur l’autel de la flexibilité patronale
Cette proposition abjecte n’est pas une solution au chômage des jeunes : c’est une attaque idéologique contre leurs droits fondamentaux. Elle transforme l’entrée dans la vie active en parcours précaire, avec salaires au rabais et épée de Damoclès permanente. La jeunesse mérite un vrai CDI, un vrai salaire au SMIC, une vraie protection – pas un contrat jetable conçu pour les intérêts des patrons. Vingt ans après la victoire contre le CPE, la mobilisation doit être au rendez-vous pour dire non à ce retour en arrière. Le MEDEF n’a pas changé : il veut toujours plus de flexibilité pour eux, plus de précarité pour nous.
🚨ALERTE INFO
— Tribune Populaire🌐 (@TribunePop23) February 2, 2026
Le MEDEF propose la création d’un CDI pour jeunes adultes qui permet à l’employeur de le rompre sans motif avec une rémunération inférieure au Smic.
La destruction du droit du travail et la précarisation de la jeunesse, c’est le projet ! pic.twitter.com/atQWE4c5oq