Enquête – Guerre en Iran

« Nous avons été manipulés pour entrer dans cette guerre » : les révélations d’un haut responsable américain du contre-terrorisme ! »

Joe Kent, ancien directeur du Centre national de contre-terrorisme (NCTC) et ex-béret vert de la CIA, a rompu le silence dans une interview de deux heures avec Shawn Ryan. Il décrit en détail la mécanique d’influence israélienne sur l’administration Trump, les mensonges sur le nucléaire iranien, et les risques d’un enlisement militaire catastrophique.

MooN de SystemDEAL – D’après l’interview Joe Kent – His Message to President Trump on Ending the War With Iran, Shawn Ryan Show #291 – Publiée fin mars 2026

Joe Kent :
ancien directeur du NCTC, démissionnaire.
Béret vert, officier paramilitaire de la CIA, 11 déploiements en combat, 6 étoiles de bronze.
Veuf de guerre (Shannon Kent, tuée en opération).
Ex-candidat au Congrès pour le clan Trump. A quitté ses fonctions publiquement pour dénoncer la guerre en Iran.

Shawn Ryan :
animateur du Shawn Ryan Show.
Ancien Navy SEAL et officier paramilitaire de la CIA.
Son podcast rassemble plusieurs millions d’abonnés, principalement dans la communauté des vétérans et la base électorale MAGA.
Lui-même critique de la guerre en Iran.

Une démission publique, un geste calculé

Une semaine après sa démission fracassante, Joe Kent choisit le Shawn Ryan Show, l’une des émissions les plus écoutées de la sphère vétérans américaine pour s’expliquer. Ce n’est pas un accident de calendrier. Kent connaît son audience : des hommes et des femmes qui ont combattu, qui ont perdu des camarades, et que le slogan « no new wars » de Trump avait mobilisés en 2024.

« Après un an à essayer d’avancer sur ce que nous croyions être l’agenda, en particulier nous maintenir hors des guerres sans fin, je n’étais plus efficace. Je ne voulais pas rester juste pour le titre. Une fois que les cercueils ont commencé à revenir du théâtre d’opérations, je ne pouvais plus en faire partie. »
Joe Kent, Shawn Ryan Show #291

Kent résume sa thèse centrale dès les premières minutes : le président Trump a été « influencé par les médias, mais aussi par des officiels du gouvernement israélien », dans un environnement de décision délibérément compartimenté, sans voix discordantes autour de lui.

La mécanique du « red line shift » : comment Israël a changé les règles du jeu

C’est l’élément le plus structuré et le plus documentable de l’interview. Kent décrit avec précision comment la ligne rouge américaine a été déplacée, non pas par Trump lui-même, mais par un travail d’influence systématique.

Au départ, la position de Trump était claire : l’Iran ne peut pas avoir la bombe nucléaire. Les Iraniens, selon Kent, avaient accepté ce principe. Un accord en cours de négociation via l’envoyé Steve Witkoff semblait possible. Mais la ligne rouge a ensuite été progressivement redéfinie par d’autres : pas de bombe nucléaire est devenu pas d’enrichissement, ce qui n’est pas la même chose.
Élément vérifiable :
Tulsi Gabbard, directrice du Renseignement national (DNI), a confirmé devant le Congrès, deux fois, dont une récemment que les 18 agences de renseignement américaines s’accordaient sur un point : la fatwa religieuse iranienne contre la fabrication d’une arme nucléaire tenait depuis 2004, et l’Iran ne fabriquait pas de bombe. Seul Mike Pompeo, sous le premier mandat Trump, avait officiellement posé « zéro enrichissement » comme politique américaine.

Selon Kent, les Israéliens ont recyclé cette position Pompeo comme si c’était la politique permanente de Trump, en la faisant répéter par leurs interlocuteurs officiels, puis par des relais médiatiques proches de la Maison Blanche, Mark Levin, des contributeurs de Fox News, des think tanks comme la Foundation for Defense of Democracies, jusqu’à ce qu’elle devienne la norme admise dans les cercles de décision.
« Ce n’était même pas du renseignement. C’étaient des éléments de langage. Les Israéliens sont très forts pour ça : ils présentent une information en disant « ce n’est pas encore passé par les canaux officiels du renseignement », ce qui court-circuite tout le processus de vérification analytique. »
Joe Kent

Le rôle de Lindsey Graham et Ted Cruz : documenté et assumé.

Kent ne spécule pas sur ce point : il cite des sources publiées.
Sources citées par Kent dans l’interview :
Wall Street Journal : Lindsey Graham s’est rendu plusieurs fois en Israël pour rencontrer les services de renseignement israéliens. Il a déclaré : « Ils me disent des choses que mon propre gouvernement ne me dit pas. »
Il a coaché Netanyahu sur la façon de faire pression sur Trump pour déclencher l’action militaire. Netanyahu a ensuite présenté à Trump des renseignements qui l’ont convaincu d’agir.
Reuters (moins de 48h avant la frappe) : Netanyahu a appelé Trump personnellement pour argumenter en faveur du déclenchement d’une guerre que Trump avait lui-même promis d’éviter pendant sa campagne.
Marco Rubio, secrétaire d’État, a publiquement déclaré que les États-Unis avaient dû frapper l’Iran parce qu’Israël s’apprêtait à le faire de toute façon. Ted Cruz était à bord de l’avion.

« Comment est-ce une théorie du complot ? Le sénateur Graham se vante lui-même de ce qu’il a fait. » Joe Kent

Opération Midnight Hammer : une guerre de 12 jours qui n’était que le début !

Kent retrace la chronologie qu’il a vécue de l’intérieur. La « guerre de 12 jours » lancée par Israël – baptisée Opération Midnight Hammer avait été présentée comme une série de frappes limitées sur les capacités nucléaires iraniennes. Mais selon Kent, les partisans d’un changement de régime à Téhéran au sein du gouvernement israélien n’avaient jamais eu l’intention de s’arrêter là.

« Nous avions évalué, moi et d’autres, que même si ces frappes étaient réalisées, les Israéliens reviendraient nous voir quelques mois plus tard pour dire : « Maintenant, c’est le moment du changement de régime. » C’est exactement ce qui s’est passé. »
Joe Kent

Kent décrit comment, après Midnight Hammer, le cercle de décision de Trump s’est drastiquement rétréci autour de voix pro-israéliennes, Graham, Cruz, Levin à la télévision, au détriment d’analystes comme lui qui portaient une lecture différente.

Qui paye ? La question des 18 à 25 milliards de dollars

Kent donne des chiffres bruts. Depuis le début du conflit en mars, Israël a dépensé 6,4 milliards de dollars. Les États-Unis : entre 18 et 25 milliards, avec une nouvelle demande de 200 milliards soumise au Congrès. La majeure partie des opérations offensives à longue portée, nécessitant des packages aériens déployés sur plusieurs milliers de kilomètres, repose sur la logistique et les capacités américaines.

« Les Israéliens ont leur objectif. Ils convainquent des officiels américains que c’est aussi le leur. Si les Américains ne sont pas d’accord, les Israéliens déclenchent une série d’actions qui nous forcent à réagir. Et c’est notre sang et notre argent qui y passent. C’est le même mode opératoire depuis l’Irak. »
Joe Kent

L’effet « rally around the flag » : comment les frappes renforcent les durs.

Kent articule ici un argument classique de la théorie des relations internationales, mais nourri de son expérience de terrain. En frappant l’Iran de l’extérieur, les États-Unis et Israël ont produit exactement l’effet inverse de celui recherché si l’objectif était un changement de régime populaire : les Iraniens se sont rassemblés derrière leur gouvernement. Les modérés qui négociaient ont perdu du terrain face aux durs.
Le mouvement de protestation interne, alimenté par la pression économique américaine et visible encore en janvier 2026, s’est évaporé.

Kent va plus loin : en tuant le Guide suprême Ali Khamenei, les frappes ont mécaniquement renforcé les factions les plus radicales de l’IRGC.
Son pronostic : le prochain dirigeant sera plus dur, pas plus modéré.

Le plan Kharg Island : « une catastrophe »

Kent commente dans l’interview un article qu’il vient de publier dans le Washington Post, dans lequel il qualifie de désastre le projet de déployer des troupes américaines sur l’île de Kharg, principal hub pétrolier iranien dans le Golfe.

« Ça reviendrait à offrir à l’Iran des otages sur une île qu’ils pourraient pilonner avec des drones et des missiles. Ce n’est plus 2003. On ne peut plus juste poser des gars quelque part et les faire occuper un territoire. Les Iraniens diraient probablement : « Allez-y, installez-vous, on déroule le tapis rouge. » »
Joe Kent

Les trades boursiers juste avant l’annonce Trump

Kent et Ryan mentionnent dans l’interview une information qui circulait sur X au moment de l’enregistrement : quelques minutes avant l’annonce par Trump d’une pause de 5 jours dans les frappes contre l’Iran, des ordres massifs ont été passés sur les marchés. 1,5 milliard de dollars en futures S&P 500 achetés en un seul mouvement, faisant monter l’indice de 0,3% en une minute. 192 millions de dollars en futures pétroliers vendus dans la même fenêtre. Les volumes étaient 4 à 6 fois supérieurs à la normale.

À vérifier :

Ces données, citées par Kent d’après des publications virales sur X, n’avaient pas encore fait l’objet d’une investigation journalistique formelle au moment de l’enregistrement. Kent appelle lui-même à une enquête, sans affirmer l’identité des donneurs d’ordre. Dossier à suivre.

L’enquête FBI sur Kent : les failles de la thèse officielle

Kent répond aux accusations de fuite de renseignements classifiés qui ont émergé dans les médias au moment précis où il passait chez Tucker Carlson. Il soulève plusieurs incohérences : son habilitation n’a jamais été suspendue jusqu’à sa démission volontaire ; personne du FBI n’est venu l’interroger ni lui signifier officiellement une enquête ; et la « fuite » concernant son enquête a elle-même été obtenue par… une fuite vers les médias.

« Ils ont dû faire fuiter que j’étais un « leaker ». Un autre leaker. C’est le jeu. Je prends ça au sérieux, le FBI a détruit des vies innocentes comme celle du général Flynn sur une simple accusation. Mais si j’avais vraiment laissé fuiter des informations importantes, ils auraient au moins retiré mon habilitation. »
Joe Kent

Butler, Charlie Kirk, Crooks : les investigations bloquées

Ce qui suit relève des déclarations personnelles de Joe Kent. Il ne dispose pas de preuves directes établissant un lien entre les événements qu’il décrit, et lui-même le précise explicitement. Ces éléments sont rapportés pour ce qu’ils sont : les témoignages d’un ancien responsable du renseignement américain estimant que des pans entiers d’enquêtes n’ont pas été menés à leur terme.

Déclarations de Joe Kent, non vérifiées indépendamment :

Kent affirme que le NCTC a cherché à examiner d’éventuels liens entre l’affaire Asif Merchant, un homme recruté par l’Iran pour assassiner Trump, arrêté deux jours avant la tentative de Butler et Thomas Matthew Crooks, le tireur de Butler. Cette investigation aurait été bloquée au motif que le procès Merchant était en cours.
Il affirme également que des connexions étrangères dans le dossier de l’assassinat de Charlie Kirk qui s’opposait publiquement à la guerre en Iran ont été identifiées mais non investiguées à fond.
Il précise ne pas accuser un gouvernement étranger, mais signaler des pistes non exploitées.
Le FBI dément et dit que ses enquêtes sont complètes.

La Syrie, l’Irak, l’Iran : le même narratif depuis 20 ans

Kent replace le conflit actuel dans une continuité historique qu’il a observée de l’intérieur depuis deux décennies. Il décrit comment Netanyahu a activement mis la pression sur le Congrès américain pour l’invasion de l’Irak en 2003, présentant Saddam comme en possession d’armes de destruction massive. La chute de Saddam a produit l’effet inverse de celui espéré par Israël : elle a renforcé l’Iran et créé le croissant chiite Téhéran-Bagdad-Damas. Pour briser ce croissant, Israël a poussé à l’intervention en Syrie. De cette intervention est né ISIS, une organisation que les États-Unis ont dû combattre à nouveau, et lors de laquelle Shannon Kent, épouse de Joe Kent, a été tuée. La phase actuelle contre l’Iran est, selon lui, le troisième acte du même scénario.

« Nous avons renversé Saddam, l’homme fort contre Israël. Nous avons ensuite renversé Assad, l’homme fort contre Israël. Maintenant nous allons contre l’Iran pour Israël. Et qui avons-nous mis à la tête de la Syrie ? Un ancien chef d’Al-Qaïda. On lui a serré la main. »
Joe Kent

Comment sortir de cette guerre : la feuille de route Kent

Contrairement à beaucoup de critiques qui s’arrêtent au diagnostic, Kent propose une sortie concrète en trois étapes.

Première étape : contraindre Israël. Pas par des demandes polies,  Kent juge cette phase dépassée, mais en conditionnant l’aide militaire américaine à une autorisation préalable pour toute opération offensive. Si Israël frappe sans accord américain, les États-Unis réduisent progressivement le financement du Dôme de fer et des systèmes défensifs, jusqu’à ce qu’Israël ne puisse plus conduire que des opérations défensives.

Deuxième étape : utiliser les pays du Golfe, Oman, Qatar etc. comme intermédiaires pour amener l’Iran à la table. La réouverture du détroit d’Ormuz, qui concerne 20 à 25% du pétrole mondial, est l’intérêt commun qui peut créer les conditions d’un accord.

Troisième étape : offrir à l’Iran la levée partielle des sanctions pétrolières. Ce qui, en retour, fera baisser les prix à la pompe pour les Américains, l’argument politique le plus immédiatement compréhensible pour Trump.

« Je sais que Trump est en colère contre moi. Mais j’espère qu’il va regarder les conseillers qui l’ont mené là où nous en sommes. Il faut qu’il commence à écouter des gens capables de lui offrir une voie de sortie claire. Chaque jour qui passe, c’est exponentiellement plus difficile. »
Joe Kent

Les fractures MAGA : élections de mi-mandat et 2028

Kent et Ryan s’accordent sur un point : la coalition qui a élu Trump en 2024, populisme économique, anti-establishment, « no new wars », MAGA Healthcare est en train de se désintégrer.
Les petits donateurs qui faisaient le travail de terrain pour Trump ne le referont pas.
Les promesses sur les fichiers Epstein, sur la santé (glyphosate, immunité accordée aux fabricants), sur la lutte contre l’État profond, aucune n’a été tenue.
Et la guerre en Iran fait exploser les prix de l’énergie, réinstallant l’inflation que Trump avait promis d’éradiquer.

Note éditoriale : cet article résume et contextualise les déclarations de Joe Kent lors de son interview avec Shawn Ryan.
Les éléments signalés « vérifiables » s’appuient sur des sources publiques citées par Kent lui-même (Wall Street Journal, Reuters, auditions du Congrès).
Les éléments signalés « à vérifier » ou « déclarations de Joe Kent » relèvent du témoignage personnel d’un ancien responsable dont les affirmations n’ont pas encore été confirmées ou infirmées par des investigations indépendantes.
Le principe de précaution journalistique s’applique.
Les versions officielles, notamment du FBI contestent plusieurs des points soulevés par Kent.