Patrick Drahi, l’homme aux mille casseroles, s’apprête à solder SFRAlors que les négociations exclusives sur la vente de SFR touchent à leur fin (prolongées jusqu’au 5 juin 2026), Patrick Drahi tente de sortir « par le haut » d’un empire qu’il a largement essoré. Mais derrière l’opération à 20,35 milliards d’euros se cache un milliardaire aux pratiques contestables, poursuivi par son ex-associé, accusé d’avoir saigné son groupe via la dette et accusé d’optimisation fiscale agressive, y compris via des dons controversés.
Une vente salvatrice pour un empire étranglé par la dette
Douze ans après avoir racheté SFR pour 13,5 milliards d’euros largement financés par emprunt, Drahi cède l’opérateur à un consortium Orange-Bouygues-Free. L’actif, plombé par une dette colossale (près de 15 milliards d’euros restants après restructuration), est démantelé au profit des trois concurrents. Pour Drahi, c’est une « sortie par le haut » : il empoche une belle plus-value tout en laissant derrière lui des abonnés incertains et un marché moins concurrentiel.
Critiques et observateurs parlent d’une « acrobatie financière » plutôt que d’une saga entrepreneuriale. SFR a été saignée pour financer l’expansion d’Altice, avec des milliards de dettes qui ont pesé sur les investissements et la qualité de service. Aujourd’hui, les clients risquent des hausses de prix et des perturbations lors de la redistribution des actifs.
Saisie de biens en Suisse : l’ex-associé Pereira réclame son dû
Au même moment, la justice suisse a saisi deux propriétés de luxe de Drahi (maison à Cologny et chalet à Zermatt) sur demande d’Armando Pereira, son ex-bras droit et cofondateur d’Altice. Pereira réclame au moins 1,2 à 1,4 milliard de francs suisses, estimant avoir été lésé dans le partage des fruits de l’empire. Cette escalade judiciaire tombe pile pendant les négociations sur SFR et ajoute à la pression sur le milliardaire.
Drahi balaie ces poursuites d’un revers de main (« gesticulation judiciaire »), mais le timing est embarrassant. Pereira, lui-même visé par des enquêtes pour corruption dans l’entourage Altice, révèle les tensions internes d’un groupe où les fortunes se sont bâties dans l’opacité.
Le « mécène » qui finance Tsahal pour alléger ses impôts
Parmi les casseroles les plus symboliques : en 2021, via sa fondation suisse (Patrick & Lina Drahi Foundation), le milliardaire a versé 7,7 millions de dollars au Libi Fund pour construire le centre « Polynom », un complexe de bien-être et loisirs pour soldats de Tsahal sur une base navale militaire à Haïfa.
Cette fondation, domiciliée en Valais, bénéficie d’une exonération fiscale totale en Suisse pour des « buts d’utilité publique ». Le don permettrait aussi des avantages fiscaux contestés en France. Le ministère de l’Économie a d’ailleurs rappelé qu’une armée étrangère ne rentre pas dans les catégories caritatives classiques. Pour beaucoup, c’est un exemple classique d’optimisation : on finance une cause personnelle (soutien à Israël) tout en réduisant la note fiscale. La fondation a par ailleurs été épinglée pour des transferts opaques vers des entités liées à Altice.
Un parcours jalonné de scandales et d’opacité
Drahi cumule les controverses : dette abyssale d’Altice (plus de 50 milliards d’euros au plus fort), restructurations douloureuses qui ont fait perdre des milliards aux créanciers, soupçons de corruption autour des achats du groupe (enquêtes en France et au Portugal), et une stratégie d’endettement agressive qui a fragilisé SFR. Il a réussi à conserver le contrôle malgré la dilution de capital, tout en protégeant son patrimoine personnel (immobilier, etc.).
Ses médias (BFM, RMC, i24 News) sont souvent accusés de partialité, notamment sur les sujets liés à Israël. L’homme, installé en Suisse puis en Israël, incarne pour ses détracteurs un capitalisme financier déconnecté : on endette les entreprises, on optimise fiscalement, on vend quand ça chauffe, et on continue à s’enrichir.
Vers la fin d’une ère ?
La vente de SFR pourrait marquer la fin d’un chapitre pour Drahi, mais les casseroles restent. Les autorités de concurrence doivent encore valider le démantèlement, et les clients SFR s’inquiètent d’un service dégradé. Quant à Drahi, il sort probablement plus riche, mais avec une image durablement écornée.Un milliardaire qui a transformé un opérateur historique en machine à dette, tout en soignant son image de philanthrope sélectif. L’actualité récente rappelle que, derrière les gros chèques et les deals mirobolants, les questions éthiques et fiscales persistent.