Ce 22 janvier 2026, en marge du Forum économique mondial de Davos, Donald Trump a signé la charte fondatrice du Board Of Peace, une nouvelle organisation internationale qu’il présidera à vie, avec des pouvoirs étendus rarement observés dans l’histoire diplomatique contemporaine.
Présentée comme un outil destiné à restaurer la stabilité, la gouvernance et une paix durable dans les zones de conflit, cette structure trouve son origine dans un projet de supervision de la reconstruction et de l’administration de la bande de Gaza après plus de deux années de guerre. Très vite, son périmètre a été élargi à d’autres théâtres de crise, bien au-delà du seul conflit israélo-palestinien.
Le Board of Peace a été politiquement endossé par la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies en 2025, mais il ne constitue ni une agence onusienne ni un organe dépendant de l’ONU. Il fonctionne sur la base d’une charte autonome, définie hors du cadre multilatéral classique, sans contrôle de l’Assemblée générale, sans mécanisme de responsabilité démocratique international et sans obligation de conformité au droit international public tel qu’il est traditionnellement appliqué.
Sa gouvernance constitue l’un des points les plus controversés. Donald Trump en est le président inaugural à vie. Il dispose d’un droit de veto sur les décisions, du pouvoir de nomination des membres et de la maîtrise totale de l’agenda politique.
L’adhésion repose sur un principe financier assumé : pour devenir membre permanent, un État doit verser au moins un milliard de dollars. Les pays ne remplissant pas cette condition peuvent être invités de manière temporaire, à la discrétion exclusive du président du Board. Le modèle rompt ainsi avec le principe d’égalité souveraine des États, pilier fondateur du système onusien.
Lors de la cérémonie de signature à Davos, les pays ayant officiellement signé la Charte sont les suivants :
les États-Unis, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Bahreïn, le Pakistan, la Hongrie, l’Argentine, le Paraguay, le Salvador, l’Inde, l’Égypte, le Maroc, la Serbie, les Philippines, le Brésil, la Turquie et Israël.
Plusieurs pays ont indiqué envisager une adhésion prochaine ou étudier l’invitation : le Japon, l’Indonésie et le Mexique demeurent officiellement indécis. La Russie a évoqué une possible contribution d’un milliard de dollars une fois la guerre en Ukraine terminée, sans engagement ferme à ce stade. À l’inverse, plusieurs pays européens ont refusé de rejoindre l’initiative, dont la France, le Allemagne, la Suède, la Espagne et la Pays-Bas, invoquant des doutes profonds sur la légitimité et la philosophie du projet.
Derrière le discours officiel sur la paix, la stabilité et la coopération internationale, le raisonnement de Donald Trump est radicalement différent. Dans sa vision du monde, l’ONU et le multilatéralisme classique ont échoué. Trop de résolutions sans effet, trop de vetos paralysants, trop de pays sans capacité réelle de contrainte mais disposant pourtant d’un droit de blocage symbolique. Trump ne croit ni à la morale internationale ni aux déclarations de principe. Il raisonne en termes de rapport de force, de dissuasion et d’intérêts matériels.
Pour lui, la paix ne repose pas sur les droits de l’homme ou le consensus, mais sur trois leviers : l’argent engagé, la puissance militaire et la peur de perdre. Le Board of Peace est pensé comme l’exact inverse de l’ONU : non pas une assemblée universelle, mais un conseil restreint de décideurs solvables, financièrement impliqués, donc politiquement responsables. Le principe est simple : celui qui paie s’implique, celui qui s’implique assume, celui qui trahit perd son influence.
La présidence à vie s’inscrit dans cette logique. Trump considère que les institutions sans chef fort sont condamnées à l’inaction.
La rotation des présidences, les compromis permanents et les équilibres fragiles sont, à ses yeux, des mécanismes de paralysie. En se plaçant au sommet de l’architecture, il engage son nom, sa réputation et son héritage politique. En cas d’échec, la responsabilité sera personnelle, et non diluée dans un comité technocratique anonyme.
Officiellement, Trump affirme que le Board of Peace travaillera avec l’ONU. En réalité, sa stratégie est plus subtile : ne pas détruire l’ONU, mais la rendre obsolète. Si les conflits majeurs sont réglés en dehors du système onusien, si la reconstruction, la sécurité et les flux financiers passent par une structure alternative, alors l’ONU restera un espace de discours, vidé de sa capacité d’action réelle.
Dans cette logique, Gaza n’est qu’un laboratoire. Un territoire détruit, politiquement ingérable, symboliquement explosif. Si le Board de Peace parvient à y imposer gouvernance, sécurité et reconstruction, le message est limpide : faire en quelques années ce que l’ONU promet depuis des décennies sans jamais y parvenir. Une fois ce précédent installé, le modèle peut être étendu à d’autres zones post-conflit : Ukraine, États faillis, régions africaines ou moyen-orientales.
La fracture observée entre les pays signataires et les pays réfractaires illustre cette opposition de visions. Les États qui rejoignent le Board acceptent un monde dur, instable, fondé sur la puissance et le pragmatisme. Ceux qui refusent restent attachés à un ordre international normatif, juridique et moral, de plus en plus déconnecté des rapports de force réels. Trump, lui, ne prépare pas un monde idéal, mais le monde tel qu’il est.
Le Board of Peace n’est donc pas un simple projet de paix. C’est une reconfiguration profonde de la gouvernance mondiale, un déplacement du centre de gravité du multilatéralisme vers un ordre fondé sur l’autorité, l’argent et la dissuasion. Reste à savoir si cet ordre, plus brutal mais potentiellement plus efficace, parviendra à s’imposer… ou s’il accélérera encore davantage la fragmentation du monde.
(Note : les pays listés sont cohérents avec les rapports disponibles sur les signataires initiaux et les refus européens, centrés sur des alliés pragmatiques, du Golfe, d’Amérique latine, d’Asie du Sud et quelques européens « non-alignés » sur Bruxelles.)