L’emploi illégal et répété du phosphore blanc par Israël sur des zones résidentielles au Liban

Depuis le 3 mars 2026, l’armée israélienne a recours à des munitions au phosphore blanc tirées en explosion aérienne au-dessus de zones résidentielles dans le sud du Liban. L’incident initial documenté concerne la localité de Yohmor, où des images vérifiées et géolocalisées montrent les nuages de fumée caractéristiques en forme de « poing », produits par des obus d’artillerie de 155 mm contenant cette substance incendiaire. Ces tirs ont provoqué des incendies dans au moins deux habitations et un véhicule, obligeant les équipes locales de défense civile à intervenir pour maîtriser les flammes.

Cette pratique ne s’est pas arrêtée là. Des tirs supplémentaires au phosphore blanc ont été signalés les jours suivants, notamment le 8 mars sur les localités frontalières de Khiam et Tal Nahas, selon des sources officielles libanaises. Ces incidents s’inscrivent dans une escalade continue des hostilités, marquée par des bombardements d’artillerie intensifs et des ordres d’évacuation massifs qui ont déjà forcé des centaines de milliers de personnes à fuir leurs foyers depuis le début du mois.

Une arme indiscriminée aux conséquences inhumaines

Le phosphore blanc s’enflamme spontanément au contact de l’oxygène et atteint des températures supérieures à 800 °C. Il cause des brûlures profondes jusqu’à l’os, des lésions respiratoires sévères et des souffrances durables, souvent irréversibles. En mode explosion aérienne sur une zone habitée, les fragments se dispersent sur un rayon de 125 à 250 mètres, rendant l’attaque indiscriminée : elle ne permet ni de distinguer les civils des combattants, ni de limiter les dommages collatéraux. Cette pratique viole les principes essentiels du droit international humanitaire – distinction, proportionnalité et précautions – qui s’imposent à tous les États.

Un recours répété et documenté

Cet emploi depuis le 3 mars 2026 s’inscrit dans une série d’utilisations similaires observées dans le sud du Liban depuis plusieurs années, notamment entre fin 2023 et mi-2024 dans de multiples municipalités. Le recours persistant à cette munition, malgré l’existence d’alternatives fumigènes non incendiaires depuis longtemps, intervient dans un contexte d’intensification des opérations militaires. Ces tirs aggravent la crise humanitaire, contribuent aux déplacements forcés et posent des risques environnementaux durables pour les terres agricoles et les populations.

Le silence officiel et la responsabilité des alliés

Aucune réaction officielle n’a été formulée à ce jour face à ces faits précis et répétés depuis le 3 mars. Les États qui fournissent des armes et des munitions à Israël – en particulier les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne – portent une responsabilité directe : ils doivent suspendre sans délai les transferts susceptibles d’être utilisés dans de telles opérations et envisager des sanctions ciblées contre les responsables.

L’impératif de justice et de sanctions

L’emploi répété du phosphore blanc sur des habitations civiles depuis le 3 mars 2026 constitue une atteinte majeure à la protection des populations en temps de conflit. Il expose les civils libanais à des risques inutiles et cruels, tout en aggravant une crise humanitaire déjà profonde. Une enquête indépendante est indispensable, y compris par le biais de la Cour pénale internationale, dont la compétence rétroactive depuis octobre 2023 est demandée par le Liban. Les violations répétées ne peuvent continuer sans conséquences.

La justice n’est pas une faveur accordée aux victimes ; elle est une exigence du droit international. La communauté internationale doit passer des déclarations aux actes concrets pour mettre fin à cette impunité.

Source :

Human Rights Watch – Liban : Israël a illégalement utilisé des munitions au phosphore blanc