Ce dimanche des Rameaux, la police israélienne a fermé le Saint-Sépulcre au Patriarche latin de Jérusalem. La France a « condamné. » Comme d’habitude. Pendant ce temps au Liban : 1 189 morts en vingt-six jours. Et Paris se contente de publier sur X.
1536 : le jour où la France a signé un contrat moral
Pour comprendre l’ampleur de la trahison, il faut remonter à François Ier. En 1536, le roi de France et Soliman le Magnifique signent les Capitulations ottomanes. La France obtient officiellement le droit de protéger les sujets chrétiens de l’Empire ottoman. C’est écrit. C’est signé. C’est une politique d’État.
Pendant près de quatre siècles, la France va exercer ce rôle sans discontinuer. Protection des communautés chrétiennes du Levant, influence culturelle, présence diplomatique permanente. Le Liban moderne lui-même porte cette empreinte directement : le mandat français de 1920, la Constitution qui garantit une place aux maronites, les universités francophones de Beyrouth.
Ce n’est pas de la nostalgie coloniale. C’est une dette morale contractée sur cinq siècles. Macron la solde en quelques caractères sur le réseau social X.
2024-2026 : l’abandon documenté
Pendant les bombardements israéliens au Liban-Sud, des villages chrétiens ont été frappés. Rachaya. Kfar Kila. Des zones à population mixte ou à majorité chrétienne, documentées par les ONG et les Nations Unies.
Les chiffres publiés par le ministère libanais de la Santé au 28 mars 2026 sont sans ambiguïté : 1 189 morts et 3 427 blessés entre le 2 et le 28 mars. Pour la seule journée du 28 mars : 47 morts et 112 blessés. Les frappes se concentrent dans le Sud, la Nabatieh, la Bekaa et le Nord-Est du pays.
Le secteur médical paie un prix particulièrement documenté : 51 membres du personnel de santé tués, 126 blessés, 48 véhicules sanitaires touchés, 5 hôpitaux contraints à la fermeture, 75 attaques contre les services d’urgence recensées. L’association SOS Chrétiens d’Orient documente sur le terrain la destruction des infrastructures, ponts, routes qui compromet directement l’acheminement de l’aide alimentaire dans les zones les plus touchées.
Ce n’est plus un dommage collatéral ponctuel. C’est un trait structurel de cette séquence de guerre.
La réaction officielle française face à tout cela ?
Alignée sur Washington. Aucune prise de position ferme. Aucune protection diplomatique sérieuse.
Le tweet de Macron du 24 mars, après sa conversation avec le président Herzog, résume tout en matière de proportions. Un paragraphe entier de solidarité inconditionnelle avec Israël. Un paragraphe sur l’Iran et le détroit d’Ormuz.
Et pour le Liban, ce pays que la France est censée protéger depuis François Ier, quelques mots noyés entre une condamnation du Hezbollah et la sécurité de la FINUL.
Les populations civiles libanaises ? Absentes. Les villages chrétiens bombardés ? Absents.
Ce n’est pas un oubli. C’est un choix éditorial. Et il dit tout sur les priorités réelles du gouvernement français.
29 mars 2026 : le Saint-Sépulcre fermé, Paris tweete
Ce dimanche des Rameaux, la police israélienne a franchi un nouveau seuil. Le cardinal Pierbattista Pizzaballa, Patriarche latin de Jérusalem, et le Custode de Terre Sainte Francesco Ielpo ont été arrêtés en chemin et contraints de rebrousser chemin. Pour la première fois depuis des siècles, les chefs de l’Église catholique ont été empêchés de célébrer la messe du dimanche des Rameaux dans le lieu le plus sacré du christianisme.
Netanyahu a justifié la décision par des raisons de « sécurité », assurant qu’il n’y avait « absolument aucune intention malveillante. » La même rhétorique que pour les hôpitaux bombardés. La même rhétorique que pour les 48 véhicules sanitaires touchés au Liban.
La réponse française ? Macron a « condamné » sur X, assurant le Patriarche de son « plein soutien. »
L’Italie est allée légèrement plus loin : Giorgia Meloni a parlé d' »offense aux croyants » et a convoqué l’ambassadeur israélien. Mais soyons lucides, Israël ne sera pas sanctionné.
Ni par Rome. Ni par Paris. La convocation d’un ambassadeur sans suite concrète est un geste diplomatique de façade. Un signal sans conséquence.
Condamner sans sanctionner, c’est autoriser. C’est envoyer le message qu’il n’y aura pas de conséquences. C’est précisément le message qu’Israël reçoit depuis dix-huit mois de la part des capitales européennes.
La droite française : l’instrumentalisation sans les actes
Qui agite le drapeau des chrétiens d’Orient en France ?
La droite. Le RN. Reconquête.
Des conférences, des déclarations solennelles sur la civilisation chrétienne menacée.
Marion Maréchal en est l’exemple le plus éloquent. Il y a quelques mois, elle se déplaçait en Arménie pour déclarer qu’il ne fallait pas se taire face aux persécutions des chrétiens d’Orient, citant elle-même l’association SOS Chrétiens d’Orient comme référence.
Un déplacement. Un discours. Des photos, des vidéos.
Depuis ? Silence radio.
Pourtant SOS Chrétiens d’Orient est aujourd’hui sur le terrain au Liban, documentant les destructions de villages et d’infrastructures, tentant d’acheminer de l’aide alimentaire dans des zones où les ponts ont été détruits par les frappes israéliennes. La même association qu’elle citait en Arménie.
La différence entre l’Arménie et le Liban ?
En Arménie, les chrétiens faisaient face à des milices islamistes.
Au Liban, ils font face aux frappes israéliennes.
Et visiblement, pour Marion Maréchal, pour Jordan Bardella, pour Éric Zemmour et Sarah Knafo de Reconquête, la solidarité avec les chrétiens d’Orient a une condition non formulée : que leurs persécuteurs soient musulmans.
Quand la menace change de nature, le courage disparaît.
C’est Laurent Ozon, écrivain et figure de la droite souverainiste qui l’a dit sans ménager personne dans sa propre famille politique sur la chaîne YouTube TVL !
« Ces gens-là, qui nous parlent des chrétiens d’Orient depuis des années en nous disant qu’il faut les aider, le jour où le pays est rasé par l’armée israélienne, vous n’avez pas entendu un seul de ces responsables politiques à droite. De Ciotti à Marion Maréchal, en passant par Bardella et autres, tous ces gens n’ont pas pipé mot. »
Même Jean-Luc Mélenchon, à l’opposé de l’échiquier politique a été parmi les premiers ce dimanche à nommer les choses clairement, accusant Netanyahu de « persécuter les chrétiens d’Orient au Liban, en Palestine occupée et même à Jérusalem dans la semaine centrale du christianisme » et rappelant que « le Saint-Sépulcre est sous protection française. »
Quand un souverainiste de droite et le chef de file de la gauche « radicale » disent la même chose, et que le RN, Reconquête et la droite mainstream se taisent, c’est que ce silence n’est pas une position morale. C’est une position politique.
Ce que « condamner » veut dire
Macron condamne l’interdiction faite au Patriarche. Il avait condamné les frappes sur les hôpitaux de Gaza. Il avait condamné les destructions au Liban-Sud. Les condamnations s’accumulent. Les actes n’arrivent pas.
La France a les moyens diplomatiques, la légitimité historique et les réseaux pour peser dans cette région. Elle choisit systématiquement de ne pas s’en servir. L’alignement atlantiste a pris le dessus sur cinq siècles de politique étrangère indépendante.
François Ier avait compris que protéger les chrétiens d’Orient était une politique étrangère. Pas un slogan. Pas un tweet. Une politique. Avec des actes, des traités, des engagements durables.
Cinq siècles de contrat moral. Soldés en quelques caractères.
Par MooN de SystemDEAL — 29 mars 2026
Sources : Ministère libanais de la Santé / PHEOC (28 mars 2026) — 20 Minutes / AFP (29 mars 2026) — Patriarcat latin de Jérusalem et Custodie de Terre Sainte — Tweet Emmanuel Macron du 24 mars 2026 — SOS Chrétiens d’Orient — Capitulations ottomanes de 1536