Le 15 mai 2026, un décret publié au Journal officiel a distingué, sur proposition expresse de la ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, deux figures emblématiques : Sarah Aizenman, présidente du collectif « Nous vivrons », et le chanteur Amir Haddad. Rien d’anormal en apparence.
Sauf quand on gratte le vernis républicain.
Commençons par Amir
Le décret lui attribue benoîtement « 20 ans de services » en qualité d’auteur-compositeur-interprète. Or, le chanteur s’est fait connaître du public français en 2014, lors de sa participation à The Voice. Avant cela ? Une carrière modeste en Israël, avec une participation à Kokhav Nolad en 2006, après avoir servi dans Tsahal et soutenu cette armée lors de galas caritatifs. En clair : une douzaine d’années d’activité notable sur le sol français, gonflées à 20 ans en intégrant des débuts israéliens. Fait rare, et peut-être unique : Amir est le seul candidat de The Voice France à avoir reçu cette distinction d’État.
Des artistes aux carrières hexagonales bien plus longues, avec des engagements culturels tout aussi notables, attendent encore leur tour. Le message est limpide : la notoriété française compte moins que le profil et les réseaux.
Continuons avec Sarah
Sarah Aizenman, elle, est récompensée pour « 18 ans de services » en tant que présidente d’une association de lutte contre l’antisémitisme.
Sauf que le collectif « Nous vivrons » n’existe que depuis novembre 2023. Deux ans et demi d’activité militante très visible, post-7 octobre, transformés par décret en 18 années de sacerdoce.
Le reste ?
Un parcours associatif antérieur à l’UEJF et une activité professionnelle dans la communication. De quoi faire pâlir d’envie des centaines de militants associatifs qui cumulent 30, 40 ans de terrain sans jamais voir leur nom au Journal officiel.
Le procédé est le même dans les deux cas : on additionne généreusement des années « étrangères » ou antérieures pour justifier une promotion rapide de figures alignées sur une ligne politique précise.
Aurore Bergé, qui a fait de la lutte contre l’antisémitisme son cheval de bataille personnel, et qui n’hésite pas à afficher son soutien appuyé à Israël, signe ici une promotion thématique qui sent le clientélisme.
L’Ordre national du Mérite, créé pour récompenser des services distingués rendus à la Nation, n’est pas un ruban de convenance communautaire. Il doit incarner l’universalisme républicain, pas la reconnaissance d’un lobby ou d’une cause particulière.
Or, ici, tout concourt à donner l’image inverse : deux nominations simultanées, deux profils franco-israéliens, deux comptages acrobatiques des « années de services », et une ministre qui coche toutes les cases de son agenda personnel.
Pendant ce temps, de nombreux acteurs de terrain – éducateurs en banlieue, militants associatifs de longue date contre toutes les formes de racisme, bénévoles anonymes – continuent leur action sans tambour ni trompette, et sans décoration.
La République une et indivisible mérite mieux que cette République des copains et des causes sélectives.Aurore Bergé voulait sans doute envoyer un signal. Elle l’a fait. Mais ce signal ressemble furieusement à une dérive communautariste travestie en combat républicain.
Et c’est bien cela, au fond, qui fait honte à la France.