Alors que nos chaînes d’informations déplacent des journalistes au canal Saint-Martin pour parler d’Hamza, un ado de 13 ans qui asperge les passants avec son pistolet à eau, un événement important qui devrait les inquiéter passe à la trappe : le colis piégé à Monaco.
La cible visée
Vadym Iermolaiev est un homme d’affaires et investisseur d’origine ukrainienne, né en 1968 à Dnipro. Fondateur du groupe Alef dans les années 1990, il a bâti une fortune dans la promotion immobilière, les centres commerciaux, la construction, l’agroalimentaire et les boissons. Longtemps classé parmi les plus grandes fortunes d’Ukraine, il s’est installé à Monaco après avoir obtenu la nationalité chypriote en 2019 et renoncé à sa nationalité ukrainienne. Depuis décembre 2023, il fait toutefois l’objet de sanctions imposées par les autorités ukrainiennes, qui l’accusent d’avoir maintenu des activités économiques dans la Crimée occupée par la Russie, des accusations qu’il conteste. C’est cet homme d’affaires installé en Principauté qui a été grièvement blessé lors de l’explosion d’un colis piégé à Monaco, une affaire qui fait désormais l’objet d’une enquête criminelle.
Le souffle de l’explosion a provoqué des blessures d’une extrême gravité. Vadym Yermolaiev a été brûlé et touché par des éclats, mais ses jours ne sont plus en danger. Sa compagne, Anna Nasobina, a en revanche été très grièvement blessée : selon les informations rendues publiques, les médecins ont dû procéder à l’amputation de ses deux jambes.
Leur fils de 13 ans a également été blessé, souffrant notamment de brûlures et de blessures à une jambe, tandis que plusieurs autres personnes présentes à proximité ont été plus légèrement touchées. L’ampleur des dégâts laisse penser que le colis contenait un dispositif explosif particulièrement puissant.
La fugitive
Face à lui, les enquêteurs ont rapidement identifié une principale suspecte : Anastasiia Berezovska, une ressortissante ukrainienne de 39 ans installée dans la région de Francfort, en Allemagne. D’après les éléments de l’enquête, elle aurait soigneusement préparé son opération avant de se rendre à Monaco, où les caméras de vidéosurveillance l’ont filmée déguisée en homme afin de dissimuler son identité. Les autorités monégasques la soupçonnaient d’avoir déposé le sac contenant l’engin explosif et avaient émis à son encontre une notice rouge d’Interpol pour tentative d’assassinat, association de malfaiteurs et usage d’explosifs. En revanche, son parcours personnel demeure largement méconnu : aucune information fiable n’a été rendue publique sur sa profession, ses motivations ou d’éventuels liens avec une organisation criminelle ou un service de renseignement, laissant encore de nombreuses zones d’ombre autour de son rôle exact dans cette affaire.
A peine identifiée, déjà éliminée
Deux jours après la publication de son avis de recherche par Interpol, Anastasiia Berezovska est retrouvée assassinée en Ukraine, près de Kiev. Son corps, criblé de plusieurs balles à la tête, est découvert dans la soirée du 6 juillet. L’enquête progresse rapidement : les autorités ukrainiennes interpellent deux suspects, un officier en activité du renseignement militaire ukrainien (HUR) et un ancien policier. Selon le Service de sécurité ukrainien (SBU), l’officier a reconnu avoir participé au meurtre, tout en affirmant avoir agi de sa propre initiative, sans en informer sa hiérarchie. Les enquêteurs ont également indiqué que les deux hommes entretenaient des liens financiers avec la fugitive, notamment par des transferts d’argent et de cryptomonnaies. Lors des perquisitions, une pièce aménagée comme une présumée chambre de torture a par ailleurs été découverte dans le sous-sol du domicile de l’ancien policier, ajoutant une dimension encore plus troublante à une affaire qui ne cesse de s’épaissir.
Une tentative d’assassinat à l’explosif en plein Monaco. Une principale suspecte ukrainienne identifiée puis recherchée par Interpol. Deux jours plus tard, cette même suspecte est retrouvée assassinée en Ukraine, tandis que deux hommes, dont un officier du renseignement militaire ukrainien selon les autorités de Kiev, sont interpellés. Pris isolément, chacun de ces événements constituerait déjà un fait divers majeur. Réunis dans une même affaire, ils dessinent un scénario digne d’un roman d’espionnage. Pourtant, en France, cette affaire n’a suscité qu’un écho médiatique limité. Un tel enchaînement de faits mériterait un traitement beaucoup plus approfondi.
Cette discrétion interroge : pourquoi une affaire mêlant un attentat, une traque internationale, la mort de la principale suspecte et l’implication présumée d’un agent d’un service de renseignement étranger n’occupe-t-elle pas davantage le débat public ? Tant que toutes les zones d’ombre n’auront pas été éclaircies, cette affaire continuera de soulever des questions auxquelles le public est en droit d’attendre des réponses.