Illustration réalisée par Contre7
La liberté d’expression est souvent présentée comme un fondement sacré de notre démocratie. Elle garantit à chacun le droit de s’exprimer, de critiquer, de créer, même si cela dérange. Mais dans la France d’aujourd’hui, ce droit semble de plus en plus conditionné à ce que l’on dit… et à qui on dérange. Le cas du chanteur israélien Eyal Golan, récemment accueilli sans opposition en France malgré des propos haineux (« Gaza doit brûler », « Il faut effacer Gaza »), illustre une liberté à géométrie variable. À l’inverse, Dieudonné, bien que controversé lui aussi, a vu ses spectacles annulés à plusieurs reprises au nom de l’ordre public. Pourquoi deux poids, deux mesures ? Pourquoi certains ont-ils le droit de choquer… et d’autres non ?
Eyal Golan n’est pas un simple chanteur de variété. Il a publiquement tenu des propos violents, notamment contre les Palestiniens, appelant à la haine dans un contexte de guerre. Pourtant, il a été autorisé à se produire 2 fois en France en mai 2025, sans qu’aucune préfecture n’évoque le moindre risque de trouble à l’ordre public. Silence total. Aucune annulation, aucune pression médiatique. Pourtant, ce genre de propos, dans un autre contexte, aurait suffi à interdire tout événement. Ce traitement soulève une question gênante : la France tolère-t-elle certains discours de haine… lorsqu’ils servent une cause jugée légitime ?
À l’inverse, les manifestations pro-palestiniennes sont régulièrement interdites, au nom de la sécurité. Le simple fait d’arborer un drapeau palestinien peut entraîner des interpellations. On prétend maintenir l’ordre, mais ce que l’on cherche surtout, c’est à faire taire. Toute critique de la politique israélienne est scrutée, suspectée, étouffée. Même lorsqu’elle vise à défendre des civils, à dénoncer un massacre, ou à appeler à la paix. Cette répression sourde alimente un sentiment croissant d’injustice.
Pire, des publications sur les réseaux sociaux pour défendre la Palestine peuvent vous conduire à des poursuites pour apologie du terrorisme !
En parallèle, des artistes ou humoristes jugés « problématiques » sont de plus en plus souvent mis à l’écart. Blanche Gardin, connue pour son humour acide, a été discrètement effacée des médias après avoir pris position pour les Palestiniens dans un sketch. Une parole qui n’a pas plu, notamment au CRIF, et qui semble avoir suffi à la marginaliser médiatiquement. Guillaume Meurice a été suspendu de France Inter pour avoir comparé Benyamin Netanyahou à « un nazi sans prépuce ». Une satire provocante, mais relevant pleinement de la tradition humoristique française. Dans les deux cas, les réactions ont été immédiates, brutales, et révélatrices : l’humour n’est toléré que s’il reste dans les clous idéologiques dominants. Pourtant, la satire est protégée par la loi. Ou du moins, elle devrait l’être.
Alors oui, la France reste une démocratie (défaillante). Mais une démocratie où la liberté d’expression semble filtrée à travers un prisme politique. Quand un artiste appelle à la haine contre les Palestiniens, ça passe. Mais quand d’autres dénoncent ces mêmes violences, ils sont censurés. Ce deux poids deux mesures mine la confiance dans les institutions et abîme les principes mêmes qu’elles prétendent défendre.
Si la liberté d’expression ne s’applique qu’à certains, ce n’est plus une liberté. C’est un privilège. Et dans une démocratie, les privilèges n’ont pas leur place.
Avoir autorisé le concert d’un chanteur israélien connu pour ses appels à la haine, et lui avoir offert une protection policière renforcée, tout en interdisant dans le même temps des manifestations pacifiques pro-palestiniennes, démontre une nouvelle fois à quel point la France manque de nuance et prend clairement parti pour Israël. C’est une dérive grave. Notre pays doit retrouver ce qui faisait sa force : son sens de la diplomatie. Et surtout, il doit renouer avec un principe fondamental du gaullisme : le non-alignement. Une voix indépendante, équilibrée, capable de dialoguer avec tous — même lorsque cela dérange.
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