Surveillance algorithmique : des JO 2024 à… l’éternité!

Les Jeux Olympiques, ce grand spectacle de sport et de fraternité ? Ou plutôt l’occasion rêvée pour le gouvernement de faire passer en douce une surveillance massive et permanente ? Le 17 décembre 2025, l’Assemblée nationale a adopté les dispositions sécuritaires du projet de loi pour les JO d’hiver 2030 dans les Alpes. Au menu : la prolongation jusqu’à fin 2027 au minimum de la vidéosurveillance algorithmique (VSA), cette IA qui scrute nos moindres gestes en temps réel. Ce qui était présenté comme une mesure « expérimentale » et strictement limitée aux JO de Paris 2024 s’étend désormais tranquillement, sous prétexte olympique. Et personne n’est vraiment surpris : dès l’origine, les signes d’une généralisation étaient là.

Une expérimentation qui n’en finit pas de finir

Rappelons les origines. La loi du 19 mai 2023, taillée pour les JO 2024, autorisait pour la première fois l’usage d’algorithmes sur les flux vidéo : détection de mouvements de foule suspects, d’objets abandonnés, de chutes ou d’intrusions. Pas de reconnaissance faciale, promettait-on – pour l’instant. L’expérimentation s’est terminée en mars 2025 avec des résultats pour le moins mitigés : utile pour repérer un sac oublié, mais incapable de prévenir les vrais risques majeurs. Qu’à cela ne tienne : le gouvernement veut « plus de données » et relance la machine pour 2026-2027, en invoquant les spécificités des JO en montagne.

Les JO 2030, prétexte idéal pour une surveillance durable

Pourquoi les Alpes justifieraient-elles une telle prolongation ? Moins de forces de l’ordre sur place, argue la majorité. Mais le calendrier parle de lui-même : on réactive la VSA des années avant les Jeux. Le vrai objectif semble clair : habituer la population à une surveillance algorithmique banalisée, avant de la rendre définitive. Dès 2023-2024, des déclarations officielles laissaient entendre que ces outils ne disparaîtraient pas avec les anneaux olympiques. Fuites, rapports, propositions gouvernementales : tout était déjà sur la table.

Des arguments officiels qui ne convainquent personne

La rapporteure Véronique Riotton (Renaissance) et la ministre des Sports Marina Ferrari répètent que ces caméras « aident les agents à identifier rapidement les risques ». Un discours rodé, mais qui ne résiste pas à l’analyse. Les associations de défense des libertés dénoncent depuis des années une mesure liberticide, inefficace et dangereuse : un premier pas vers une surveillance généralisée à la chinoise, avec le risque de cibler militants écologistes, syndicalistes ou simples contestataires.

Un arsenal sécuritaire qui s’étoffe dangereusement

La VSA n’est pas seule. Le texte adopté autorise aussi les agents de sécurité privée à inspecter visuellement les coffres de véhicules (avec le « consentement » du propriétaire, bien sûr) et instaure une « interdiction de paraître » jusqu’à deux mois, décidée par le ministre de l’Intérieur pour toute personne jugée à risque terroriste. Des outils disproportionnés, qui s’ajoutent à un arsenal déjà fourni et qui pourraient être détournés contre toute forme de contestation.

Vers une société sous contrôle permanent ?

Des JO 2024 à ceux de 2030, et ensuite ? La logique est limpide : utiliser chaque grand événement comme marchepied pour grignoter un peu plus nos libertés. Le vote solennel du 6 janvier 2026 pourrait enterrer ce texte, mais le signal est déjà envoyé.

Notre média, attaché à la défense des libertés fondamentales, refuse cette dérive sécuritaire qui transforme la France en laboratoire de la surveillance de masse. Résister n’est pas une option : c’est un devoir. Car une société où chaque geste est scruté par une machine n’est plus une démocratie – c’est une prison high-tech, décorée de flocons et de médailles.

Sources :

  • Loi n° 2023-380 du 19 mai 2023 relative aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024.
  • Débats et comptes rendus de l’Assemblée nationale, séance du 17 décembre 2025.
  • Rapports et communiqués de La Quadrature du Net, Amnesty International et autres associations de défense des libertés numériques (2023-2025).
  • Articles et analyses parus dans Le Monde, Le Figaro, Clubic et Mediapart sur l’évaluation de la VSA post-JO 2024 et les projets de prolongation.