Il y a des décisions qui en disent plus long que des discours. La sanction prise par l’Union européenne à l’encontre de Xavier Moreau en fait partie. Non pas parce qu’elle viserait un oligarque, un chef de guerre ou un responsable politique impliqué dans des crimes, mais parce qu’elle frappe un homme pour ses analyses. Un analyste géopolitique. Un ancien militaire français. Un citoyen né en France, formé en France, dont les racines sont françaises — et à qui l’on explique aujourd’hui qu’il ne peut plus rentrer chez lui
Sans jugement.
Sans procès.
Sans possibilité de se défendre.
Xavier Moreau n’est pas journaliste au sens classique du terme. Il n’est pas membre d’une rédaction, il ne détient pas de carte de presse française, il n’est pas soumis à une ligne éditoriale institutionnelle. Il est spécialiste en géopolitique, diplômé en relations internationales, ancien officier de l’armée française, fondateur du site d’analyse Stratpol. Son tort ? Avoir développé, depuis plusieurs années, une lecture du conflit ukraino-russe qui ne correspond pas au narratif dominant des médias européens et des institutions occidentales.
C’est précisément là que le problème commence.
Une guerre de la communication, pas une affaire judiciaire
Ce qui se joue ici n’est pas une question pénale. Aucune infraction n’a été établie par un tribunal. Aucune condamnation judiciaire n’existe. Aucune procédure contradictoire n’a été engagée. Nous ne sommes pas face à un dossier judiciaire, mais à une sanction politique, décidée dans le cadre d’une guerre informationnelle assumée.
L’Union européenne reproche implicitement à Xavier Moreau de relayer une vision du monde jugée “pro-russe”. Mais depuis quand une analyse géopolitique, aussi discutable soit-elle aux yeux de certains, devient-elle un motif d’exclusion, de bannissement territorial, voire d’exil forcé ?
Depuis quand une opinion stratégique, une lecture alternative d’un conflit, suffit-elle à priver un citoyen de son droit fondamental de circuler, et plus encore, de rentrer dans son pays d’origine ?
Français de naissance, interdit de France
C’est là que la mesure devient profondément choquante. Xavier Moreau est né français. Il a servi sous l’uniforme français. Il a vécu, étudié, travaillé en France. Le fait qu’il ait acquis la nationalité russe il y a quelques années — ce qui est légal — ne supprime ni son histoire, ni ses racines, ni son lien avec son pays natal.
Et pourtant, l’Union européenne a décidé qu’il ne pouvait plus fouler le sol européen. Une décision administrative lourde, prise au nom d’une logique de sanctions, sans débat public, sans contrôle judiciaire réel, sans que l’intéressé puisse se défendre.
Ce type de mesure devrait être exceptionnel, réservé à des situations extrêmes. Or ici, il ne s’agit ni de terrorisme, ni de criminalité, ni de violence. Il s’agit d’idées.
Une dérive dangereuse pour le pluralisme
Le cas Xavier Moreau pose une question qui dépasse largement sa personne :
peut-on encore, en 2025, exprimer une analyse dissidente sans être puni politiquement ?
Car aujourd’hui, ce n’est pas un journaliste qui est sanctionné, mais un analyste. Demain, ce pourra être un universitaire, un chercheur, un ancien diplomate, un essayiste. La frontière est déjà floue. Et c’est précisément ce flou qui inquiète.
Sanctionner un individu pour avoir une lecture différente d’un conflit international, c’est acter que le pluralisme d’analyse n’est plus toléré lorsqu’il dérange. C’est transformer la géopolitique en dogme. C’est substituer le débat par la punition.
On peut contester Xavier Moreau. On peut critiquer ses analyses. On peut démonter ses arguments. C’est cela, le débat démocratique. Mais le bannir sans procès, c’est autre chose. C’est un acte autoritaire, qui rappelle davantage des logiques d’exception que des principes démocratiques européens.
Un précédent inquiétant
En soutenant Xavier Moreau, Contrecept ne demande pas l’adhésion à ses analyses. Nous défendons un principe bien plus fondamental : le droit de penser autrement sans être banni, sanctionné ou effacé.
Aujourd’hui, un analyste est puni pour ses positions. Demain, qui ?
Lorsque l’Union européenne commence à décider quelles analyses sont acceptables et lesquelles doivent être sanctionnées, elle ne protège plus la démocratie. Elle la fragilise.
Et c’est précisément pour cela que cette affaire mérite d’être regardée de près. Non pas comme un simple épisode du conflit ukraino-russe, mais comme un symptôme inquiétant d’une guerre de la communication où l’opinion dissidente devient une cible.
En 2025, sanctionner une analyse, c’est déjà renoncer au débat.
Xavier Moreau nous explique les sanctions dont il fait l'objet.
— Contre7 Officiel (@LeMediaContre7) December 20, 2025
Nous vous tiendrons informés des formalités pour soutenir @stratpol_site
L'union européenne interdit à un français de rentrer chez lui, sans procès, c'est une dictature. pic.twitter.com/J5mTSsjZx7